Des procureurs turcs réclament des peines de prison pour 12 accusés dans l’affaire du congrès du CHP
Les procureurs turcs ont inculpé 12 personnes, dont le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, pour des irrégularités présumées lors du congrès 2023 du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, rapporte l’agence étatique Anadolu.
Ils réclament jusqu’à trois ans de prison et une interdiction politique pour tous les accusés.
Les charges ont été déposées par le parquet d’Ankara et concernent le 38e congrès ordinaire du CHP, tenu en novembre 2023. L’acte d’accusation reproche aux suspects d’avoir violé l’article 112 de la loi sur les partis politiques, qui criminalise l’ingérence dans les votes internes.
Ce congrès avait vu le départ du leader historique Kemal Kılıçdaroğlu, remplacé par Özgür Özel après un vote en deux tours.
Des accusés de haut rang, dont İmamoğlu
İmamoğlu, figure populaire du CHP et candidat présidentiel potentiel, présidait le congrès. Les procureurs l’accusent d’avoir tenté de manipuler les résultats via des pots-de-vin et faveurs politiques envers les délégués.
Bien que non condamné dans cette affaire, İmamoğlu est en détention provisoire depuis le 23 mars pour corruption. Son arrestation suscite des critiques de l’opposition et des ONG, qui dénoncent des motivations politiques.
Parmi les autres inculpés figurent le maire d’Izmir Cemil Tugay et le maire emprisonné de Beşiktaş Rıza Akpolat, ainsi que d’anciens et actuels cadres du CHP.
Akpolat avait été suspendu en janvier par le ministère de l’Intérieur dans le cadre d’une enquête anticorruption visant les municipalités du CHP.
Allégations d’achat de voix et de manipulation
L’acte d’accusation évoque des offres d’argent, emplois municipaux, candidatures ou même cartes-cadeaux en échange de votes. Certains délégués auraient dû photographier leurs bulletins comme preuve.
Les procureurs affirment qu’İmamoğlu et ses alliés ont délibérément retardé le second tour et annoncé faussement le retrait de Kılıçdaroğlu pour favoriser Özel.
L’enquête a débuté après une plainte déposée à Bursa en novembre 2023 pour achat de voix. Transférée à Ankara, elle a abouti à des inculpations en janvier 2024.
Kılıçdaroğlu est listé comme victime, tandis que l’ancien maire de Hatay Lütfü Savaş est plaignant. Plusieurs recours visant à annuler les résultats du congrès sont en cours devant le tribunal civil d’Ankara.
Kılıçdaroğlu : « Je ne ferai pas le procès de mon parti »
L’ancien leader du CHP s’est exprimé pour la première fois mardi sur ces inculpations. Refusant de témoigner, il a déclaré au journaliste İsmail Küçükkaya : « Je ne discuterai pas de mon parti – celui qui a fondé la république – dans les couloirs des tribunaux. Je ne permettrai pas qu’on le juge. »
Cette enquête fait suite aux déclarations du président Erdoğan qui, en février 2024, avait qualifié le congrès d' »entaché » et accusé un « processus frauduleux » contre Kılıçdaroğlu.




