Erdoğan rétrograde son chef de la propagande alors que des tensions avec le chef des renseignements sont évoquées
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a écarté Fahrettin Altun, son directeur de la communication de longue date, pour le nommer à la tête de l’agence des droits de l’homme et de l’égalité du pays. Cette décision alimente les spéculations sur une possible fracture entre Altun et le chef du MIT, İbrahim Kalın.
Altun, qui dirigeait la Direction de la communication de la présidence depuis sa création en 2018, était considéré comme le principal stratège médiatique et « chef de la propagande » d’Erdoğan. Il est crédité d’avoir construit l’appareil de communication gouvernemental qui façonne le discours public dans les médias d’État et pro-gouvernementaux.
Son remplacement a été annoncé au Journal officiel jeudi matin. Il occupera désormais la présidence de l’Institut turc des droits de l’homme et de l’égalité (TİHEK), un poste largement honorifique sans influence politique. Burhanettin Duran, secrétaire général adjoint aux affaires étrangères et ancien directeur du think tank pro-gouvernemental SETA, a été nommé pour lui succéder.
Altun a publié une déclaration remerciant Erdoğan pour sa confiance, saluant Duran comme un collègue de longue date et lui souhaitant succès dans ses nouvelles fonctions. « Je suis très heureux de lui passer le relais », a-t-il déclaré.
La soudaineté de ce remaniement alimente cependant les spéculations dans les cercles politiques ankariotes. Des critiques et initiés suggèrent que cette décision pourrait être liée à une brouille supposée entre Altun et Kalın, ancien conseiller diplomatique et porte-parole présidentiel d’Erdoğan.
Le journaliste Serdar Akinan, qui a révélé ce changement avant son officialisation citant des sources anonymes, a affirmé dans une émission qu’Altun serait à l’origine de la fuite d’images sécuritaires montrant l’attaque d’un militant kurde contre le siège de Turkish Aerospace Industries en octobre 2024. Selon lui, cette fuite visait à discréditer les services de renseignement et à nuire à Kalın. Ce dernier aurait documenté l’incident auprès d’Erdoğan, précipitant le remplacement.
Ces allégations n’ont pas été vérifiées indépendamment. Ni la présidence ni le MIT n’ont réagi officiellement. Altun n’a pas commenté publiquement ces accusations, ayant précédemment dénoncé des « campagnes de diffamation » visant à perturber l’unité gouvernementale.
Ömer Faruk Gergerlioğlu, député pro-kurde du Parti démocratique des peuples (DEM), a ironisé sur cette nomination à la tête d' »une institution inactive et inutile », en référence au bilan controversé de la Turquie en matière de droits humains.
Burhanettin Bulut, député CHP, a qualifié la fin du mandat d’Altun de clôture d' »une période sombre » marquée par la désinformation et la répression médiatique. « C’était une époque où les journalistes d’opposition étaient pris pour cible et où des armées de trolls étaient déployées », a-t-il déclaré au quotidien BirGün.
« Toute information déplaisant au palais était étiquetée ‘fausse’ ou muselée judiciairement. Le journalisme était criminalisé, des enquêtes lancées contre des reporters », a ajouté Bulut sur l’héritage d’Altun.
Sous sa direction, le budget de la Direction de la communication a été multiplié par 12, alimentant les critiques sur son rôle dans la coordination des médias pro-gouvernementaux. Altun avait aussi été controversé en 2023 pour une « application de signalement de désinformation » accusée d’inciter à la dénonciation après les séismes meurtriers de février 2023.
Malgré ce changement, des critiques soulignent que cette institution reste structurellement au service de la présidence plutôt que du public. « Le problème n’est pas individuel mais systémique », a insisté Bulut.
La nomination de Duran, proche des mêmes cercles idéologiques qu’Altun, suggère une continuité dans la stratégie médiatique d’Erdoğan malgré les changements de visage.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




