La Turquie destitue 5 maires supplémentaires dans une répression accrue contre l’opposition
Le ministère turc de l’Intérieur a annoncé jeudi la destitution de cinq maires d’arrondissement du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, suite à leur arrestation dans le cadre d’une répression croissante contre les dissidents.
Les édiles des districts stambouliotes d’Avcılar, Büyükçekmece et Gaziosmanpaşa, ainsi que ceux de Seyhan et Ceyhan à Adana, ont été officiellement suspendus dans l’attente des conclusions des procédures judiciaires en cours. Tous cinq avaient été interpellés le week-end dernier avant d’être placés en détention provisoire mercredi.
Ce coup de force porte à onze le nombre total de maires du CHP destitués, dont le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu – arrêté en mars pour corruption. Parmi les autres élus suspendus figurent Rıza Akpolat (Beşiktaş), Alaattin Köseler (Beykoz), Mehmet Murat Çalık (Beylikdüzü), Resul Emrah Şahan (Şişli) et Ahmet Özer (Esenyurt), ce dernier inculpé dans une enquête distincte pour « appartenance à une organisation terroriste ».
Ces arrestations récentes s’inscrivent dans le cadre de quatre enquêtes distinctes supervisées par le parquet d’Istanbul. Les procureurs affirment se concentrer sur des délits financiers liés à des marchés municipaux, désignant l’homme d’affaires Aziz İhsan Aktaş comme présumé chef d’un réseau criminel impliqué dans des appels d’offres truqués.
Dans cette cinquième vague d’opérations, vingt-deux personnes ont été placées en détention provisoire mercredi – dont les cinq maires, le membre du conseil du CHP Baki Aydöner et l’ex-député Aykut Erdoğdu. Quatorze autres suspects ont été libérés sous contrôle judiciaire.
Cette décision intervient alors que des images montrant des élus du CHP – dont des maires – exhibés menottés devant le tribunal d’Istanbul mardi ont provoqué l’indignation. L’opposition dénonce une humiliation délibérée à motivation politique.
Les enquêtes visant les municipalités du CHP ont débuté en octobre 2024 avec l’arrestation du maire d’Esenyurt Ahmet Özer, avant de s’étendre à d’autres arrondissements d’Istanbul puis récemment à Adana.
Ces arrestations font suite à la victoire écrasante du CHP aux élections locales de mars 2024, où le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir a subi sa pire défaite électorale depuis vingt ans, perdant le contrôle de villes-clés.
Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul et principal rival potentiel du président Recep Tayyip Erdoğan pour la prochaine présidentielle, a été désigné candidat de son parti le 23 mars… jour même de son arrestation. Sa détention a déclenché des manifestations nationales, marquant la plus grande vague de contestation en Turquie depuis dix ans.
Les dirigeants de l’opposition et les défenseurs des droits accusent le gouvernement Erdoğan d’instrumentaliser la justice pour réprimer ses rivaux politiques et annihiler les avancées démocratiques des municipalités d’opposition.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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