La Turquie devient un repaire pour les barons de la drogue
Levent Kenez/Stockholm
L’arrestation du ressortissant néerlandais Wilhelmus Adrianus Leijdekkers à Istanbul ce mois-ci a relancé les interrogations sur la gestion par la Turquie des figures du crime organisé international. Des documents judiciaires révèlent que plusieurs membres du même réseau de trafic de cocaïne avaient été arrêtés puis libérés avant de disparaître.
Les autorités turques ont annoncé que Leijdekkers a été interpellé le 16 mai dans le district d’Istanbul Pendik lors d’une opération conjointe de la police stambouliote et du MIT (renseignement national). Les Pays-Bas réclamaient son extradition via un mandat rouge Interpol pour blanchiment d’argent.
La police l’a identifié comme le frère de Joseph Johannes Leijdekkers, fugitif néerlandais surnommé « Bolle Jos », l’un des criminels les plus recherchés d’Europol. Les enquêteurs affirment que Wilhelmus Adrianus Leijdekkers participait au trafic de cocaïne avec son frère et avait acquis des biens avec les profits de ce commerce.

Cette arrestation n’était pas sa première confrontation avec les autorités turques. Wilhelmus Adrianus Leijdekkers avait déjà été interpellé lors d’opérations précédentes visant le même réseau en 2023 et 2024. Les procureurs avaient demandé sa ré-arrestation après sa libération, mais il avait disparu avec d’autres suspects sous le coup de demandes d’extradition.
Cette séquence d’arrestations, libérations, disparitions et nouvelles interpellations soulève des questions sur la capacité des trafiquants internationaux à opérer en Turquie malgré les mandats Interpol et les surveillances.
Les autorités turques avaient lancé une vaste opération contre le réseau Leijdekkers en juin 2023, saisissant des biens d’une valeur de 1,1 milliard de livres turques. L’opération fut présentée comme preuve de la lutte contre les réseaux transnationaux.
Parmi les interpellés figuraient Isaac Bignan, alias « Black Mamba », et le Néerlandais Jurean Anthony Finix, tous deux recherchés internationalement.

Joseph Johannes Leijdekkers n’a jamais été capturé. En juillet 2024, un tribunal stambouliote a libéré 15 accusés malgré des réquisitions allant jusqu’à 82 ans de prison. Plusieurs faisaient l’objet de demandes d’extradition.
Quatre jours plus tard, les procureurs ont obtenu des mandats d’arrêt contre sept suspects, dont Wilhelmus Adrianus Leijdekkers, mais ceux-ci avaient déjà disparu.
Le conseil judiciaire turc a suspendu les juges ayant ordonné ces libérations. La nouvelle arrestation pose la question : Leijdekkers avait-il fui ou était-il resté à Istanbul malgré les recherches internationales ?
Un document gouvernemental turque indique qu’une villa achetée par Leijdekkers au complexe Vogue Bodrum Supreme Hotel a servi à sa demande de citoyenneté turque le 17 novembre 2020 :
L’affaire révèle l’ancrage du réseau en Turquie. Joseph Johannes Leijdekkers serait entré en 2020 sous sa vraie identité et un faux passeport allemand, obtenant des titres de séjour et vivant dans des villas de luxe à Bodrum et Istanbul.
Des rapports financiers mentionnent des dépôts en cash, dont 500 000 euros peu après son arrivée.
Le réseau avait tissé des liens locaux. Le Turc Abdullah Alp Üstün fut identifié comme une figure clé, avec des liens familiaux avec les Leijdekkers.
Malgré des années de surveillance, le réseau a pu opérer longtemps avant les raids de 2023.
L’affaire devint sensible quand les Pays-Bas auraient alerté sur des menaces visant la famille royale néerlandaise, basées sur des communications SKY-ECC utilisées par les trafiquants.
Ces opérations coïncidaient avec les efforts turcs pour sortir de la liste grise du GAFI (Groupe d’action financière) en juin 2024.
La Turquie est devenue une destination pour les criminels des Balkans, d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient. Le chef serbe Jovan Vukotić y fut abattu en 2022 sous une fausse identité.
En janvier 2023, la police turque arrêta l’Australo-Néo-Zélandais Duax Hohepa Ngakuru, figure des Comanchero, qui prétendait avoir assez d’influence en Turquie pour éviter l’arrestation.

Les programmes turcs de citoyenneté par investissement sont critiqués. Leijdekkers a ainsi acheté une propriété de luxe à Bodrum pour obtenir la nationalité.
Ces activités se déroulaient alors que la Turquie promouvait à la fois des opérations anti-drogue et des amnisties fiscales facilitant les flux financiers opaques.
Europol identifie les réseaux basés en Turquie comme des intermédiaires croissants dans le trafic de cocaïne et le blanchiment.
Malgré les dénégations turques, la chronologie des événements – titres de séjour, acquisitions, libérations et réapparitions – confirme que la Turquie est devenue un refuge récurrent pour les grands trafiquants internationaux.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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