Le maire d’Istanbul emprisonné confronté à une nouvelle accusation d’insulte envers deux procureurs
Les procureurs turcs ont déposé une nouvelle mise en accusation contre le maire emprisonné d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, l’accusant d’avoir insulté deux procureurs dans des déclarations faites avant son arrestation en mars, a rapporté mardi l’agence de presse publique Anadolu.
İmamoğlu, figure de proue de l’opposition du Parti républicain du peuple (CHP) et candidat présidentiel de son parti pour la prochaine élection présidentielle, a été arrêté en mars pour des accusations de corruption largement condamnées comme étant politiquement motivées. Des dizaines d’autres figures de l’opposition, y compris des hauts fonctionnaires municipaux, ont également été arrêtées dans le cadre d’une enquête plus large qui cible les municipalités dirigées par le CHP depuis près d’un an.
La nouvelle mise en accusation, déposée par le bureau du procureur général d’Istanbul, affirme qu’İmamoğlu a insulté deux procureurs impliqués dans son renvoi en détention le 23 mars. Cette accusation entraîne une peine potentielle de prison allant de neuf mois à plus de quatre ans. Les procureurs ont également demandé qu’İmamoğlu soit interdit d’exercer toute fonction publique, en invoquant l’article 53 du code pénal turc.
İmamoğlu a nié ces allégations, affirmant que ses commentaires ne visaient pas les familles ou la vie privée des procureurs mais constituaient une critique légitime faite dans l’intérêt public. Un tribunal pénal d’Istanbul a accepté la mise en accusation.
İmamoğlu et les responsables du CHP critiquent fréquemment et vivement le gouvernement turc pour avoir ordonné aux membres de la magistrature d’utiliser leur pouvoir judiciaire pour réprimer les opposants au gouvernement.
Pression judiciaire croissante sur İmamoğlu
Ce nouveau cas s’ajoute à une série de procédures judiciaires contre İmamoğlu, qui a mis fin au long contrôle du Parti de la justice et du développement (AKP) sur Istanbul lors des élections municipales de 2019. Depuis lors, il a fréquemment été la cible de ce que les critiques appellent des actions judiciaires politiquement motivées.
Il a été réélu maire d’Istanbul lors des élections locales de l’année dernière.
En décembre 2022, İmamoğlu a été condamné à plus de deux ans de prison et interdit de politique après avoir été reconnu coupable d’avoir insulté des membres du Conseil électoral suprême (YSK) de Turquie dans des commentaires suivant l’annulation de sa victoire électorale de 2019. Cette peine fait actuellement l’objet d’un appel.
Malgré son emprisonnement, İmamoğlu reste une figure centrale de la politique d’opposition turque et un potentiel challenger du président Recep Tayyip Erdoğan en 2028 si l’élection présidentielle a lieu comme prévu.
Son arrestation a provoqué des protestations à l’échelle nationale et suscité des inquiétudes internationales. Les groupes de défense des droits et les alliés occidentaux ont exprimé leur alarme face à ce qu’ils perçoivent comme une érosion de l’indépendance judiciaire et de la liberté d’expression en Turquie.




