Le principal parti pro-kurde de Turquie engage des discussions de haut niveau avec des leaders politiques dans le cadre des efforts de paix
Une délégation du principal parti pro-kurde de Turquie a tenu une série de rencontres de haut niveau à Ankara avec des leaders politiques pour discuter des efforts de paix entre le gouvernement et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit, suite à une cérémonie historique la semaine dernière marquant la remise des armes par le PKK.
Les députés du Parti pour l’égalité et la démocratie du peuple (DEM) Pervin Buldan et Mithat Sancar, accompagnés de l’avocat Faik Özgür Erol, ont rencontré mardi Devlet Bahçeli, leader du Parti d’action nationaliste (MHP, d’extrême droite), dans son bureau au parlement, selon un rapport de l’agence de presse publique Anadolu. Cette rencontre de 45 minutes a marqué une interaction publique rare entre le DEM et le MHP, connu pour sa position traditionnellement ferme sur la question kurde.
La « question kurde », un terme courant dans le discours public turc, fait référence aux revendications de droits égaux pour la population kurde du pays et à sa lutte pour la reconnaissance.
À l’issue de la réunion, Buldan a qualifié les échanges de « très positifs et productifs », indiquant que la délégation avait informé Bahçeli des derniers développements du processus. « Nous avons une nouvelle fois entendu son avis favorable sur cette dynamique », a déclaré Buldan, ajoutant qu’ils poursuivraient les discussions « étape par étape » non seulement avec Bahçeli, mais aussi avec « les leaders des autres partis d’opposition et toutes les composantes de l’alliance au pouvoir ». Buldan s’est engagée à « tenir tous les leaders politiques informés à chaque étape » et à œuvrer pour transformer ce processus en « un véritable processus de paix dès que possible ».
La même délégation s’est également rendue auprès du ministre de la Justice Yılmaz Tunç dans la capitale turque.
Après une réunion d’une heure, Buldan a déclaré aux journalistes qu’il s’agissait d’un échange « important et positif ». « Nous avons passé en revue les dimensions politiques et juridiques de l’étape actuelle ainsi que la voie à suivre », a-t-elle expliqué. « Nous sommes convaincus que le ministre de la Justice jouera un rôle crucial dans la phase de commission à venir. »
La « phase de commission » fait référence à la formation prévue d’une commission parlementaire chargée de superviser les négociations et de rédiger des propositions législatives pour institutionnaliser le processus de paix.
Sancar a également décrit la rencontre comme productive, soulignant le rôle central du ministère de la Justice pour garantir des bases juridiques solides. « Le ministère de la Justice occupe une position clé pour assurer que ce processus avance vers la paix, l’État de droit et la démocratie de manière saine et pérenne », a-t-il affirmé.
Outre ces rencontres avec des figures du pouvoir, la délégation du DEM a également discuté avec Ahmet Davutoğlu, leader du Parti de l’avenir (GP, opposition), selon Anadolu. À l’issue d’une réunion à huis clos au siège du parti, Davutoğlu a souligné la nécessité d’un consensus national pour une « Turquie sans terrorisme » et exprimé son soutien aux efforts de paix. Les députés du DEM ont rappelé l’implication passée de Davutoğlu dans des initiatives de paix lorsqu’il était Premier ministre, insistant sur l’importance de l’engagement parlementaire.
Le parti pro-kurde doit rencontrer jeudi Özgür Özel, leader du Parti républicain du peuple (CHP, principale opposition), poursuivant ainsi sa mobilisation transpartisane pour la paix.
Ces discussions font suite à une série d’événements ravivant l’espoir d’une résolution pacifique de la question kurde. Le processus a été relancé en octobre 2024 lorsque Bahçeli, allié clé du président Recep Tayyip Erdoğan, a appelé Abdullah Öcalan à ordonner au PKK de déposer les armes. Öcalan a répondu en février 2025 par un message public exhortant à mettre fin à des décennies d’insurrection. L’étape la plus marquante a eu lieu la semaine dernière, lorsque des membres du PKK ont organisé une cérémonie symbolique dans le nord de l’Irak, détruisant publiquement leurs armes. Les représentants kurdes et les observateurs y ont vu un « premier pas », conditionnant la suite à des réformes juridiques et des mesures de réintégration.
Cependant, le scepticisme persiste en l’absence d’actions concrètes du gouvernement. Les récents discours d’Erdoğan, dont celui du 15 juillet au parlement, ont salué l’évolution vers une « Turquie sans terrorisme » sans évoquer d’amnistie, de réformes politiques ou la libération des prisonniers. Les responsables du DEM insistent sur la nécessité de négociations institutionnalisées, de réformes législatives et du rétablissement des droits civiques pour garantir des résultats durables.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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