L’espoir grandit pour la libération du politicien kurde Demirtaş alors que la Turquie fait face à l’échéance de la CEDH
L’espoir grandit quant à une possible libération cette semaine du politicien kurde emprisonné Selahattin Demirtaş, alors que la Turquie approche de l’échéance fixée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour contester une décision qualifiant son emprisonnement d’illégal.
Demirtaş, ancien co-président du Parti démocratique des peuples (HDP) pro-kurde, est détenu à la prison d’Edirne depuis novembre 2016.
Initialement incarcéré pour des accusations liées au terrorisme – perçues comme politiquement motivées -, il avait été libéré brièvement avant d’être de nouveau arrêté en 2019, malgré les précédentes décisions de la CEDH.
En juillet, la CEDH a rendu une troisième décision constatant des violations dans le cas Demirtaş, estimant que son arrestation de 2019 manquait de base légale et était politiquement motivée.
Une cour criminelle d’Ankara a cependant rejeté la dernière demande de libération de la CEDH, invoquant le fait que la décision du 8 juillet n’était pas encore définitive.
Dans sa dernière décision, la CEDH a jugé que la Turquie violait à nouveau l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme garantissant la liberté et la sûreté, et a critiqué la lenteur de la Cour constitutionnelle turque – près de quatre ans – pour examiner le recours individuel de Demirtaş. Il s’agit du troisième arrêt condamnant la gestion turque de cette détention.
La Turquie a jusqu’au 8 octobre pour faire appel. Sans recours, la décision deviendra définitive, ouvrant potentiellement la voie à sa libération après près de neuf ans derrière les barreaux.
Son avocat Mahsuni Karaman a déclaré sur X que cette date constituerait un « test décisif » pour l’engagement d’Ankara envers la « fraternité », en référence à la Commission de la solidarité nationale, de la fraternité et de la démocratie créée pour relancer le processus de paix avec le PKK.
Meclis komisyonunun adı “Milli Dayanışma, Kardeşlik ve Demokrasi komisyonudur”.
“Kardeşlik” sadece komisyonun adında bir sözcük olarak kalmamalı.
Artık kardeşlik zamanıysa turnusol kâğıdı 8 Ekim’dir; Selahattin Demirtaş, Figen Yüksekdağ ve Kobane tutuklularının özgür olmasıdır. pic.twitter.com/oshJJd39lB
— Mahsuni Karaman (@av_mkaraman) October 5, 2025
Il a plaidé pour la libération de Demirtaş, de l’ex-co-présidente du HDP Figen Yüksekdağ (arrêtée en 2016) et de tous les prisonniers politiques kurdes.
Mais des craintes subsistent : même en cas de décision définitive, les tribunaux turcs pourraient refuser de l’appliquer, comme par le passé.
Le barreau de Diyarbakır a relancé son appel pour une libération immédiate, rappelant le caractère contraignant des arrêts de la CEDH. « Selahattin Demirtaş doit être libéré sans condition », a-t-il insisté, avertissant que sa détention prolongée sape l’indépendance judiciaire.
La décision de 2020 de la CEDH concernant les manifestations de Kobani (2014) reste sous examen par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe, après le refus persistant des tribunaux turcs.
En mai 2024, Demirtaş a été condamné à 42 ans de prison pour « atteinte à l’unité de l’État » lors des protestations de Kobani – siège de l’État islamique en 2014 ayant fait 37 morts dans le Sud-Est kurde.
Malgré sa libération temporaire suite à un arrêt de la CEDH, il avait été immédiatement réincarcéré en 2019 sur de nouvelles charges liées aux mêmes événements.
En septembre, le Comité des ministres a rappelé à Ankara que cette détention prolongée visait à étouffer le pluralisme politique, surtout en période électorale, exigeant des mesures concrètes pour les libertés fondamentales.
Le Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM), successeur du HDP, a également exigé vendredi la libération de Demirtaş, Yüksekdağ et des autres détenus du dossier Kobani, conformément aux décisions européennes.
Feti Yıldız (MHP, parti allié d’Erdoğan) a récemment reconnu l’obligation constitutionnelle (article 90) de respecter les arrêts de la CEDH, qui priment sur le droit national.
Demirtaş, privé d’immunité parlementaire en 2016, reste l’un des principaux rivaux politiques d’Erdoğan.
L’emprisonnement prolongé de figures kurdes comme Demirtaş et Yüksekdağ, alors que le gouvernement négocie avec le PKK, interroge sur ses réelles intentions.
Le processus de paix relancé en octobre 2024 par le chef du MHP Devlet Bahçeli – avec le désarmement symbolique du PKK en juillet – suscite des doutes : s’agit-il d’un vrai dialogue ou d’une mise en scène politique, alors que les questions centrales (justice, inclusion) restent en suspens ?
La société civile attend des gestes concrets : protection des combattants déposant les armes et élargissement des droits culturels kurdes. Mais tant que les leaders politiques croupissent en prison, la réconciliation semble illusoire.




