L’Université d’Istanbul révoque le master du maire d’opposition emprisonné
L’Université d’Istanbul a révoqué le diplôme de master d’Ekrem İmamoğlu, maire incarcéré d’Istanbul et candidat à la présidentielle, invoquant des irrégularités procédurales dans son inscription académique, selon un rapport du Stockholm Center for Freedom citant des médias locaux.
La décision a été émise par l’Institut des sciences sociales de l’université le 24 juillet, suite à un examen concluant qu’İmamoğlu ne satisfaisait pas aux conditions d’admission pour son programme de master en gestion des ressources humaines. Les responsables universitaires ont affirmé qu’il ne possédait pas de licence valide au moment de son admission, en violation des règles académiques énoncées dans le règlement étudiant de 1987.
L’université a également ordonné la suppression des dossiers de diplôme d’İmamoğlu du Système d’information académique (AKSİS) et du Système national d’information sur l’enseignement supérieur (YÖKSİS), ainsi que le retrait de son mémoire du Centre national des thèses, placé sous l’autorité du Conseil de l’enseignement supérieur (YÖK).
Cette annulation fait suite à la révocation de sa licence le 18 mars, que l’université a qualifiée d' »erreur manifeste ». Les autorités ont argué que son transfert en 1990 de l’Université américaine de Girne (Chypre du Nord) vers l’Université d’Istanbul ne respectait pas les standards légaux de l’époque.
L’équipe juridique d’İmamoğlu n’a pas commenté cette dernière décision, mais avait précédemment dénoncé une instrumentalisation politique du dossier universitaire.
La loi turque exige qu’un candidat à la présidentielle soit titulaire d’une licence valide, ce qui pourrait disqualifier İmamoğlu pour l’élection de 2028. Le Parti républicain du peuple (CHP) maintient cependant son soutien à sa candidature.
Ces mesures surviennent alors qu’İmamoğlu fait face à une escalade judiciaire. Début juillet, un tribunal l’a condamné à 19 mois de prison pour insultes envers le procureur général d’Istanbul. Cette peine s’ajoute à une précédente condamnation en décembre 2022 pour avoir traité de « fous » les membres du conseil électoral suprême.
Le maire, considéré comme le principal rival politique du président Erdoğan, est également visé par plusieurs enquêtes sensibles. Son arrestation le 23 mars pour corruption – perçue comme politique – avait provoqué d’importantes manifestations.
Les procureurs enquêtent par ailleurs sur des allégations de coordination avec le PKK (qualifié d' »organisation terroriste ») via son alliance avec le parti pro-kurde DEM, ainsi que sur des soupçons de corruption liés au congrès interne du CHP en novembre 2023.
Ces mesures ont suscité des critiques internationales, de nombreux observateurs y voyant une campagne politique contre le principal opposant turc. Ses soutiens dénoncent une tentative d’élimination de la course présidentielle de 2028, où il est perçu comme le plus sérieux challenger d’Erdoğan.
Malgré les accusations, le CHP réaffirme sa candidature, dénonçant une offensive judiciaire orchestrée pour museler l’opposition démocratique.
İmamoğlu s’était imposé sur la scène nationale en remportant la mairie d’Istanbul en 2019 face au candidat de l’AKP, infligeant un revers majeur à Erdoğan. Il était auparavant maire de l’arrondissement de Beylikdüzü.
Une audience dans le dossier pénal lié aux diplômes est prévue le 11 septembre. İmamoğlu reste en détention provisoire à la prison de Marmara à Silivri. Ses avocats ont annoncé leur intention de faire appel des décisions universitaires et judiciaires.




