Une association de journalistes turcs appelle l’ONU à agir contre la suppression algorithmique de contenus d’actualité
Une organisation de journalistes turcs a exhorté les Nations Unies à examiner l’impact des algorithmes des réseaux sociaux sur la liberté de la presse, affirmant que les systèmes de modération de contenu et les restrictions de visibilité sur les grandes plateformes numériques limitent la portée du journalisme indépendant en Turquie.
L’Association internationale des journalistes (IJA) a déclaré dans son communiqué accompagnant un rapport soumis aux mécanismes des droits de l’homme de l’ONU que les journalistes et médias turcs font face à ce qu’elle décrit comme des restrictions algorithmiques de visibilité sur des plateformes incluant Facebook et Instagram (propriété de Meta), X, YouTube et TikTok.
Le rapport affirme que les journalistes indépendants, particulièrement ceux couvrant les politiques gouvernementales, les allégations de corruption et les questions de droits humains, voient la portée de leurs contenus réduite par des pratiques communément appelées « shadow banning », où les publications restent en ligne mais sont montrées à moins d’utilisateurs.
L’association souligne que le manque de transparence entourant les systèmes de modération et de recommandation rend difficile pour les journalistes de déterminer pourquoi leurs contenus sont restreints ou de contester efficacement les décisions des plateformes.
« Le droit du public à l’information est de plus en plus façonné par les décisions d’une poignée d’entreprises technologiques », indique le rapport. « Les plateformes qui servent de portails d’information doivent fonctionner avec plus de transparence et de responsabilité. »
Le rapport avance également que la réduction de visibilité peut avoir des conséquences plus larges pour les journalistes. Il précise que les reporters ciblés par des campagnes en ligne ou dont le travail est étiqueté comme controversé peuvent devenir plus vulnérables au harcèlement, aux pressions judiciaires et, dans certains cas, aux menaces physiques.
Dans sa soumission, l’organisation a appelé les Nations Unies à promouvoir des audits indépendants des algorithmes des réseaux sociaux, à développer des standards internationaux protégeant les contenus journalistiques en ligne, à exiger des plateformes qu’elles assument davantage de responsabilités face aux menaces contre les journalistes et à établir des mécanismes de recours plus efficaces contre les décisions de suppression ou restriction de contenus.
Le rapport se concentre sur la Turquie, où les journalistes indépendants dépendent de plus en plus des réseaux sociaux pour toucher leur audience. Les organisations de défense de la liberté de la presse alertent depuis longtemps sur les poursuites contre les journalistes, les restrictions de contenu ordonnées par les tribunaux et les mesures de censure en ligne, soulignant que les plateformes numériques sont devenues un canal essentiel pour le journalisme indépendant dans un environnement médiatique difficile.
L’IJA affirme que les préoccupations exposées dans le rapport deviennent particulièrement aiguës pendant les périodes électorales et autres moments politiquement sensibles, quand l’accès à une information indépendante est crucial. Le rapport met aussi en lumière les abus en ligne subis par les journalistes femmes, incluant le harcèlement sexiste sur les plateformes numériques.
L’organisation a exhorté les organes de l’ONU et ses États membres à développer des garde-fous visant à garantir que les systèmes algorithmiques ne sapent pas le pluralisme médiatique ni ne restreignent la visibilité du journalisme d’intérêt public.
Cet article est republié depuis le Stockholm Center for Freedom.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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