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Une guerre entre la Russie et l’Europe n’est plus à exclureDiplomatie
Une guerre entre la Russie et l’Europe n’est plus à exclureDiplomatie
Diplomatie•Opinion•7 min de lecture

Une guerre entre la Russie et l’Europe n’est plus à exclure

S. Rumi Ünal

Par S. Rumi Ünal

Publié le 9 septembre 2026

Les points importants

  • Une confrontation directe entre la Russie et l’Europe n’est plus à exclure, la multiplication des opérations hybrides et la réaction de plus en plus ferme des Européens réduisant progressivement la distance entre tension et conflit ouvert.
  • Le temps pourrait ne pas jouer en faveur de l’Europe sur le plan politique, car la montée de partis d’extrême droite plus réservés sur le soutien à l’Ukraine risque d’affaiblir à terme l’unité européenne face à Moscou.
  • Pour la Turquie, une guerre OTAN-Russie mettrait fin à la politique d’équilibre actuelle et obligerait Ankara à choisir clairement entre ses engagements au sein de l’Alliance et sa relation stratégique avec Moscou.

La décision de l’Allemagne d’accuser officiellement la Russie d’être derrière l’attaque au drone chargé d’explosifs survenue à l’aéroport de Leipzig/Halle marque une nouvelle étape dans la détérioration des relations entre Moscou et l’Europe.

Berlin avait déjà mis en cause la Russie à plusieurs reprises pour des cyberattaques, des tentatives de sabotage et des opérations de désinformation. Mais l’affaire de Leipzig a une portée différente. Cette fois, le gouvernement allemand affirme directement qu’une opération hybride menée sur son propre territoire porte la signature de Moscou. Dans la foulée, il a décidé de fermer le consulat général de Russie à Bonn et de mettre fin aux activités de la Maison russe à Berlin. L’OTAN, l’Union européenne et la Turquie ont également exprimé leur solidarité avec l’Allemagne.

La réponse de Moscou a été tout aussi dure. Plusieurs responsables russes ont commencé à accuser l’Allemagne de se diriger vers une confrontation directe avec la Russie.

Il y a encore quelques années, ce type de déclaration aurait pu être relégué au rang de guerre de communication. Aujourd’hui, il devient plus difficile de les prendre à la légère.

Dans le même temps, les contacts de haut niveau entre Washington et Moscou se sont intensifiés. Des représentants de l’administration américaine se rendent au Kremlin pour de longues discussions avec Vladimir Poutine avant de poursuivre leurs consultations à Kiev. Les échanges directs entre Donald Trump et le président russe se poursuivent également.

Le maintien du dialogue diplomatique est évidemment positif. Mais la situation sur le terrain incite beaucoup moins à l’optimisme.

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, ses effets débordent de plus en plus largement des frontières ukrainiennes. Les deux camps ne s’affrontent pas encore ouvertement. Mais la frontière entre guerre hybride et confrontation militaire directe devient chaque jour plus ténue.

Si une opération comparable à celle de Leipzig devait provoquer des morts ou frapper une cible militaire importante, rien ne garantit que la réponse européenne se limiterait une nouvelle fois à quelques sanctions diplomatiques.

Le temps joue-t-il en faveur de l’Europe ?

Pour l’Europe, le problème ne se résume pas aux capacités militaires russes. Le calendrier politique compte désormais presque autant.

En temps normal, les Européens auraient tout intérêt à repousser le plus longtemps possible une éventuelle confrontation avec la Russie. Après des décennies de réduction des budgets militaires, nombre d’armées européennes sont encore en pleine reconstruction. Les stocks de munitions, les capacités de production et l’aptitude à soutenir une guerre longue restent sujets à débat.

L’Allemagne évoque régulièrement l’échéance de 2029. Berlin estime que la Russie pourrait, d’ici quelques années, disposer de moyens lui permettant de représenter une menace militaire beaucoup plus sérieuse pour l’OTAN. La Bundeswehr se prépare désormais en fonction de cette perspective.

Militairement, l’Europe a donc besoin de temps.

Politiquement, le calcul est moins évident.

Les partis d’extrême droite progressent rapidement dans plusieurs pays européens. En Allemagne, l’AfD poursuit son ascension. En France, le Rassemblement national remet de plus en plus ouvertement en cause l’ampleur de l’aide accordée à l’Ukraine. Des tendances similaires sont visibles ailleurs sur le continent.

Tous ces partis ne peuvent évidemment pas être mis dans le même panier. Mais une grande partie d’entre eux se montrent plus réservés que les partis traditionnels à l’égard du soutien à Kiev et plus favorables à une normalisation des relations avec Moscou.

Aujourd’hui, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Pologne, les pays baltes et les pays nordiques suivent encore une ligne relativement convergente face à la Russie. Dans quelques années, cette unité pourrait être beaucoup plus fragile si l’AfD arrivait au pouvoir à Berlin, le RN à Paris ou si des formations comparables progressaient ailleurs.

Cela ne signifie pas que l’Europe souhaite une guerre rapide avec la Russie.

Mais pour les responsables qui considèrent qu’un affrontement est devenu difficilement évitable à moyen terme, l’Europe d’aujourd’hui pourrait sembler moins défavorable que celle de demain. Une confrontation avant que Moscou n’ait entièrement reconstitué une armée éprouvée par la guerre en Ukraine, et avant que l’unité politique européenne ne s’érode davantage, pourrait être perçue comme un scénario moins mauvais qu’un conflit repoussé de plusieurs années.

Pas nécessairement une troisième guerre mondiale

Je ne pense pas qu’un affrontement militaire direct entre l’OTAN et la Russie signifierait automatiquement le début d’une troisième guerre mondiale.

Un scénario plus probable serait celui d’une guerre que les deux camps chercheraient à contenir autour des pays baltes et de l’Europe orientale.

Le fait que l’OTAN compte 32 membres ne signifie pas non plus qu’une attaque entraînerait automatiquement une mobilisation militaire identique de tous les alliés. L’article 5 considère une attaque contre l’un comme une attaque contre tous, mais il laisse à chaque pays une marge de manœuvre importante sur la nature de sa contribution.

Il serait donc imprudent de penser que la Pologne, la Finlande ou le Royaume-Uni réagiraient à une guerre dans les pays baltes de la même manière que l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou la Hongrie.

La Russie n’a toujours pas obtenu en Ukraine les résultats qu’elle espérait après plus de quatre années de guerre, malgré le fait qu’elle affronte un seul pays soutenu par l’Europe et les États-Unis. Ses chances de remporter une guerre conventionnelle contre une alliance militaire de 32 États seraient naturellement beaucoup plus faibles.

L’équilibre nucléaire demeure

Je ne pense pas non plus qu’une guerre OTAN-Russie conduirait nécessairement à l’emploi de l’arme nucléaire.

L’équilibre de la terreur qui a empêché une confrontation directe entre les deux blocs pendant la guerre froide reste, pour l’essentiel, en place.

Moscou sait qu’une frappe nucléaire ne resterait pas sans réponse. De son côté, l’OTAN considère toujours ses capacités nucléaires avant tout comme un instrument de dissuasion.

Le risque n’est évidemment jamais nul. Il augmenterait notamment si l’un des deux camps se trouvait confronté à une défaite militaire majeure dans une guerre conventionnelle.

Mais la perspective d’une destruction mutuelle reste précisément le principal facteur poussant les deux parties à maintenir un éventuel conflit en dessous du seuil nucléaire.

Jusqu’où la Turquie peut-elle jouer les équilibristes ?

Pour la Turquie, les conséquences d’un tel scénario seraient beaucoup plus immédiates.

Depuis des années, Ankara tente de poursuivre simultanément deux politiques qui deviennent de plus en plus difficiles à concilier.

D’un côté, la Turquie dispose de l’une des armées les plus importantes de l’OTAN. Elle contrôle la rive sud de la mer Noire, les détroits turcs et occupe une position stratégique sur le flanc sud de la Russie. Ankara continue par ailleurs d’accorder une importance particulière à son appartenance à l’Alliance.

La présence actuelle de F-16 turcs dans le cadre de la mission de police du ciel de l’OTAN dans les pays baltes montre bien que cette appartenance n’est pas seulement symbolique. En cas d’incursion aérienne russe sérieuse dans la région, un avion russe pourrait très bien se retrouver face à un chasseur turc parmi les premiers appareils alliés engagés.

De l’autre côté, Ankara s’efforce de préserver autant que possible ses relations économiques et politiques avec Moscou. Sa dépendance énergétique demeure importante. Le dossier des S-400 n’a toujours pas été réglé. Recep Tayyip Erdoğan et Vladimir Poutine entretiennent des contacts réguliers. Dans le même temps, Ankara considère le développement de ses relations avec des plateformes non occidentales, comme l’Organisation de coopération de Shanghai, comme un élément à part entière de sa politique étrangère.

En temps de paix, cette stratégie d’équilibre peut être comprise, et dans une certaine mesure acceptée, par les alliés.

En temps de guerre, elle deviendrait extrêmement difficile à maintenir.

Une autre difficulté s’ajoute à cette équation. À mesure que la Turquie s’éloigne du système politique européen par son évolution autoritaire, tandis que le soutien de sa propre population au projet européen s’affaiblit, il devient également plus difficile d’imaginer Ankara contribuer pleinement à la défense de l’Europe.

Recep Tayyip Erdoğan l’a lui-même résumé en déclarant que « l’Union européenne n’est pas notre priorité ».

Du côté européen, la méfiance est tout aussi réelle. Une partie importante des responsables européens considère aujourd’hui que la Turquie ne partage plus pleinement leurs valeurs et qu’elle n’est pas un partenaire totalement fiable.

À ce stade, Ankara et les Européens semblent se diriger vers une forme de mariage forcé : aucun des deux ne le souhaite vraiment, mais les circonstances pourraient finir par l’imposer.

Le choix qu’Ankara repousse depuis des années

Le sommet de l’OTAN organisé à Ankara a ouvert une nouvelle phase, dans laquelle les pays européens et le Canada doivent assumer une part plus importante de la défense de l’Alliance. La Russie continue d’être considérée comme une menace à long terme pour la sécurité euro-atlantique, tandis que le soutien militaire à l’Ukraine devient de plus en plus européen.

La Turquie appartient pleinement à cette alliance et continue d’y attacher de l’importance.

Tant que la confrontation entre la Russie et l’OTAN reste au niveau de la guerre hybride, Ankara peut continuer à parler aux deux camps, préserver ses relations économiques avec Moscou, jouer les médiateurs et profiter de l’ambiguïté stratégique.

Mais le jour où un missile russe frappera une base de l’OTAN ou qu’un appareil allié sera abattu par les forces russes, cet espace de manœuvre se réduira brutalement.

Si la Turquie se range clairement aux côtés de l’OTAN, elle risque de payer un prix élevé dans ses relations économiques, énergétiques et politiques avec Moscou.

Si, au contraire, elle tente de limiter ses engagements au sein de l’Alliance afin d’éviter une confrontation avec la Russie, c’est sa crédibilité au sein de l’OTAN et, plus largement, ses relations avec l’Europe qui pourraient être sérieusement affectées.

Depuis des années, la Turquie profite de la zone grise entre la Russie et l’Occident.

Mais les zones grises sont un luxe des temps de paix.

Si la guerre éclate, Ankara devra faire un choix clair et en assumer le prix.

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Publié le 9 septembre 2026

Les points importants

  • Une confrontation directe entre la Russie et l’Europe n’est plus à exclure, la multiplication des opérations hybrides et la réaction de plus en plus ferme des Européens réduisant progressivement la distance entre tension et conflit ouvert.
  • Le temps pourrait ne pas jouer en faveur de l’Europe sur le plan politique, car la montée de partis d’extrême droite plus réservés sur le soutien à l’Ukraine risque d’affaiblir à terme l’unité européenne face à Moscou.
  • Pour la Turquie, une guerre OTAN-Russie mettrait fin à la politique d’équilibre actuelle et obligerait Ankara à choisir clairement entre ses engagements au sein de l’Alliance et sa relation stratégique avec Moscou.

La décision de l’Allemagne d’accuser officiellement la Russie d’être derrière l’attaque au drone chargé d’explosifs survenue à l’aéroport de Leipzig/Halle marque une nouvelle étape dans la détérioration des relations entre Moscou et l’Europe.

Berlin avait déjà mis en cause la Russie à plusieurs reprises pour des cyberattaques, des tentatives de sabotage et des opérations de désinformation. Mais l’affaire de Leipzig a une portée différente. Cette fois, le gouvernement allemand affirme directement qu’une opération hybride menée sur son propre territoire porte la signature de Moscou. Dans la foulée, il a décidé de fermer le consulat général de Russie à Bonn et de mettre fin aux activités de la Maison russe à Berlin. L’OTAN, l’Union européenne et la Turquie ont également exprimé leur solidarité avec l’Allemagne.

La réponse de Moscou a été tout aussi dure. Plusieurs responsables russes ont commencé à accuser l’Allemagne de se diriger vers une confrontation directe avec la Russie.

Il y a encore quelques années, ce type de déclaration aurait pu être relégué au rang de guerre de communication. Aujourd’hui, il devient plus difficile de les prendre à la légère.

Dans le même temps, les contacts de haut niveau entre Washington et Moscou se sont intensifiés. Des représentants de l’administration américaine se rendent au Kremlin pour de longues discussions avec Vladimir Poutine avant de poursuivre leurs consultations à Kiev. Les échanges directs entre Donald Trump et le président russe se poursuivent également.

Le maintien du dialogue diplomatique est évidemment positif. Mais la situation sur le terrain incite beaucoup moins à l’optimisme.

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, ses effets débordent de plus en plus largement des frontières ukrainiennes. Les deux camps ne s’affrontent pas encore ouvertement. Mais la frontière entre guerre hybride et confrontation militaire directe devient chaque jour plus ténue.

Si une opération comparable à celle de Leipzig devait provoquer des morts ou frapper une cible militaire importante, rien ne garantit que la réponse européenne se limiterait une nouvelle fois à quelques sanctions diplomatiques.

Le temps joue-t-il en faveur de l’Europe ?

Pour l’Europe, le problème ne se résume pas aux capacités militaires russes. Le calendrier politique compte désormais presque autant.

En temps normal, les Européens auraient tout intérêt à repousser le plus longtemps possible une éventuelle confrontation avec la Russie. Après des décennies de réduction des budgets militaires, nombre d’armées européennes sont encore en pleine reconstruction. Les stocks de munitions, les capacités de production et l’aptitude à soutenir une guerre longue restent sujets à débat.

L’Allemagne évoque régulièrement l’échéance de 2029. Berlin estime que la Russie pourrait, d’ici quelques années, disposer de moyens lui permettant de représenter une menace militaire beaucoup plus sérieuse pour l’OTAN. La Bundeswehr se prépare désormais en fonction de cette perspective.

Militairement, l’Europe a donc besoin de temps.

Politiquement, le calcul est moins évident.

Les partis d’extrême droite progressent rapidement dans plusieurs pays européens. En Allemagne, l’AfD poursuit son ascension. En France, le Rassemblement national remet de plus en plus ouvertement en cause l’ampleur de l’aide accordée à l’Ukraine. Des tendances similaires sont visibles ailleurs sur le continent.

Tous ces partis ne peuvent évidemment pas être mis dans le même panier. Mais une grande partie d’entre eux se montrent plus réservés que les partis traditionnels à l’égard du soutien à Kiev et plus favorables à une normalisation des relations avec Moscou.

Aujourd’hui, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Pologne, les pays baltes et les pays nordiques suivent encore une ligne relativement convergente face à la Russie. Dans quelques années, cette unité pourrait être beaucoup plus fragile si l’AfD arrivait au pouvoir à Berlin, le RN à Paris ou si des formations comparables progressaient ailleurs.

Cela ne signifie pas que l’Europe souhaite une guerre rapide avec la Russie.

Mais pour les responsables qui considèrent qu’un affrontement est devenu difficilement évitable à moyen terme, l’Europe d’aujourd’hui pourrait sembler moins défavorable que celle de demain. Une confrontation avant que Moscou n’ait entièrement reconstitué une armée éprouvée par la guerre en Ukraine, et avant que l’unité politique européenne ne s’érode davantage, pourrait être perçue comme un scénario moins mauvais qu’un conflit repoussé de plusieurs années.

Pas nécessairement une troisième guerre mondiale

Je ne pense pas qu’un affrontement militaire direct entre l’OTAN et la Russie signifierait automatiquement le début d’une troisième guerre mondiale.

Un scénario plus probable serait celui d’une guerre que les deux camps chercheraient à contenir autour des pays baltes et de l’Europe orientale.

Le fait que l’OTAN compte 32 membres ne signifie pas non plus qu’une attaque entraînerait automatiquement une mobilisation militaire identique de tous les alliés. L’article 5 considère une attaque contre l’un comme une attaque contre tous, mais il laisse à chaque pays une marge de manœuvre importante sur la nature de sa contribution.

Il serait donc imprudent de penser que la Pologne, la Finlande ou le Royaume-Uni réagiraient à une guerre dans les pays baltes de la même manière que l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou la Hongrie.

La Russie n’a toujours pas obtenu en Ukraine les résultats qu’elle espérait après plus de quatre années de guerre, malgré le fait qu’elle affronte un seul pays soutenu par l’Europe et les États-Unis. Ses chances de remporter une guerre conventionnelle contre une alliance militaire de 32 États seraient naturellement beaucoup plus faibles.

L’équilibre nucléaire demeure

Je ne pense pas non plus qu’une guerre OTAN-Russie conduirait nécessairement à l’emploi de l’arme nucléaire.

L’équilibre de la terreur qui a empêché une confrontation directe entre les deux blocs pendant la guerre froide reste, pour l’essentiel, en place.

Moscou sait qu’une frappe nucléaire ne resterait pas sans réponse. De son côté, l’OTAN considère toujours ses capacités nucléaires avant tout comme un instrument de dissuasion.

Le risque n’est évidemment jamais nul. Il augmenterait notamment si l’un des deux camps se trouvait confronté à une défaite militaire majeure dans une guerre conventionnelle.

Mais la perspective d’une destruction mutuelle reste précisément le principal facteur poussant les deux parties à maintenir un éventuel conflit en dessous du seuil nucléaire.

Jusqu’où la Turquie peut-elle jouer les équilibristes ?

Pour la Turquie, les conséquences d’un tel scénario seraient beaucoup plus immédiates.

Depuis des années, Ankara tente de poursuivre simultanément deux politiques qui deviennent de plus en plus difficiles à concilier.

D’un côté, la Turquie dispose de l’une des armées les plus importantes de l’OTAN. Elle contrôle la rive sud de la mer Noire, les détroits turcs et occupe une position stratégique sur le flanc sud de la Russie. Ankara continue par ailleurs d’accorder une importance particulière à son appartenance à l’Alliance.

La présence actuelle de F-16 turcs dans le cadre de la mission de police du ciel de l’OTAN dans les pays baltes montre bien que cette appartenance n’est pas seulement symbolique. En cas d’incursion aérienne russe sérieuse dans la région, un avion russe pourrait très bien se retrouver face à un chasseur turc parmi les premiers appareils alliés engagés.

De l’autre côté, Ankara s’efforce de préserver autant que possible ses relations économiques et politiques avec Moscou. Sa dépendance énergétique demeure importante. Le dossier des S-400 n’a toujours pas été réglé. Recep Tayyip Erdoğan et Vladimir Poutine entretiennent des contacts réguliers. Dans le même temps, Ankara considère le développement de ses relations avec des plateformes non occidentales, comme l’Organisation de coopération de Shanghai, comme un élément à part entière de sa politique étrangère.

En temps de paix, cette stratégie d’équilibre peut être comprise, et dans une certaine mesure acceptée, par les alliés.

En temps de guerre, elle deviendrait extrêmement difficile à maintenir.

Une autre difficulté s’ajoute à cette équation. À mesure que la Turquie s’éloigne du système politique européen par son évolution autoritaire, tandis que le soutien de sa propre population au projet européen s’affaiblit, il devient également plus difficile d’imaginer Ankara contribuer pleinement à la défense de l’Europe.

Recep Tayyip Erdoğan l’a lui-même résumé en déclarant que « l’Union européenne n’est pas notre priorité ».

Du côté européen, la méfiance est tout aussi réelle. Une partie importante des responsables européens considère aujourd’hui que la Turquie ne partage plus pleinement leurs valeurs et qu’elle n’est pas un partenaire totalement fiable.

À ce stade, Ankara et les Européens semblent se diriger vers une forme de mariage forcé : aucun des deux ne le souhaite vraiment, mais les circonstances pourraient finir par l’imposer.

Le choix qu’Ankara repousse depuis des années

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La Turquie appartient pleinement à cette alliance et continue d’y attacher de l’importance.

Tant que la confrontation entre la Russie et l’OTAN reste au niveau de la guerre hybride, Ankara peut continuer à parler aux deux camps, préserver ses relations économiques avec Moscou, jouer les médiateurs et profiter de l’ambiguïté stratégique.

Mais le jour où un missile russe frappera une base de l’OTAN ou qu’un appareil allié sera abattu par les forces russes, cet espace de manœuvre se réduira brutalement.

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Si, au contraire, elle tente de limiter ses engagements au sein de l’Alliance afin d’éviter une confrontation avec la Russie, c’est sa crédibilité au sein de l’OTAN et, plus largement, ses relations avec l’Europe qui pourraient être sérieusement affectées.

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