67 % des Turcs souhaitent la fin de « l’ère Erdoğan », selon un sondage
Soixante-sept pour cent des Turcs s’opposent à une nouvelle candidature présidentielle de Recep Tayyip Erdoğan, selon un nouveau sondage national.
Une enquête récente du Centre de recherche politique et sociale Saros, menée du 16 au 23 juin, reflète une inquiétude croissante de l’opinion publique face à la détérioration économique, aux problèmes du système judiciaire et aux doutes sur la responsabilité gouvernementale.
Saros a interrogé 11 102 personnes dans 26 provinces et 162 districts. Selon les résultats, 87,9 % des répondants estiment que le système judiciaire turc pose un grave problème. Parmi eux, 79,1 % jugent la situation très grave, tandis que 8,8 % la considèrent comme partiellement défaillante.
Ce sondage téléphonique et via WhatsApp présente une marge d’erreur d’environ plus ou moins 1 point de pourcentage.
L’étude révèle également que 71,8 % des personnes interrogées souhaitent des élections générales anticipées avant la date prévue de 2028. Interrogés sur le problème le plus urgent du pays, 40,1 % citent l’économie, suivie par les questions de justice (20,8 %).
Ces résultats suggèrent qu’une insatisfaction généralisée envers la situation économique et le système judiciaire alimente une demande de changement politique.
Le sondage met aussi en lumière une méfiance envers les contrôles institutionnels. Au total, 79,6 % des répondants pensent que les municipalités dirigées par le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir ne font pas l’objet d’enquêtes sérieuses. Par ailleurs, 72,5 % estiment que la volonté d’Erdoğan de rédiger une nouvelle constitution vise surtout à lui permettre de se représenter plutôt qu’à engager de vraies réformes.
Les résultats de Saros corroborent d’autres sondages nationaux récents.
Une enquête distincte d’ORC Research en juillet 2025, qui suit régulièrement l’opinion politique en Turquie, montre une course serrée entre les deux principaux partis. Selon ORC, le Parti républicain du peuple (CHP) recueille 30,5 % des intentions de vote contre 30,0 % pour l’AKP. Le Parti démocratique des peuples (DEM, pro-kurde) obtient 7,6 %, tandis que le Parti d’action nationaliste (MHP), allié de l’AKP, atteint 7,4 %.
Interrogés sur le parti le plus apte à résoudre les problèmes du pays, 15,6 % citent le CHP, 13,9 % l’AKP et 47,7 % affirment ne faire confiance à aucun parti — signe d’une forte désillusion politique.
Dans une éventuelle présidentielle, le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, figure clé du CHP, semble largement devancer Erdoğan. Un sondage Ank-Ar de juin 2025 lui accorde 58,6 % des voix contre 41,4 % à Erdoğan, soit une avance de 17,2 points. Selon plusieurs analyses, cet écart s’est creusé de plus de 15 points depuis octobre 2024.
Ces chiffres interviennent alors qu’İmamoğlu fait face à des poursuites judiciaires. Mis en détention provisoire en mars 2025 pour corruption, son cas a été dénoncé par l’Union européenne et des ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch.
De nombreux observateurs y voient une motivation politique. Malgré — ou peut-être à cause — de ces pressions, la popularité d’İmamoğlu grimpe, surtout chez les jeunes et les citadins.
Si Erdoğan conserve un noyau dur de soutiens (environ 40 % des électeurs), les sondages récents montrent un basculement de l’opinion. Si la pression pour des élections anticipées persiste, la Turquie pourrait connaître une transformation politique majeure.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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