Au moins 770 enfants travailleurs ont perdu la vie dans des accidents du travail en Turquie depuis 2013
Au moins 770 enfants sont morts dans des accidents liés au travail en Turquie ces 12 dernières années, rapporte le Stockholm Center for Freedom, citant de nouvelles données publiées à l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, célébrée le 12 juin.
Les chiffres, compilés par l’Observatoire pour la santé et la sécurité au travail (İSİG), un groupe turc de défense des droits des travailleurs, révèlent des préoccupations persistantes concernant le travail des enfants dans le pays, notamment dans l’agriculture, le bâtiment et les petites industries.
Ces données, recueillies à partir de reportages nationaux et de témoignages de familles, collègues et médias locaux, dressent un portrait alarmant des conditions de travail des enfants. Entre 2013 et mai 2025, le nombre annuel de décès d’enfants travailleurs a varié entre 54 et 71, avec déjà 28 morts rien que sur les cinq premiers mois de cette année.
Parmi les 770 décès recensés, 66% concernaient des adolescents de 15 à 17 ans. Mais 261 victimes (34% du total) avaient entre 5 et 14 ans – une tranche d’âge pourtant légalement protégée. La majorité de ces plus jeunes travaillaient dans l’économie informelle : agriculture saisonnière, vente ambulante ou ateliers textiles, alimentaires et du BTP.
La Turquie interdit officiellement le travail avant 15 ans, avec quelques exceptions pour des « travaux légers ». Mais selon les associations, des dispositifs comme les centres de formation professionnelle du ministère de l’Éducation (MESEM) favoriseraient le travail précoce en plaçant des mineurs dans des environnements professionnels avec un encadrement minimal.
Pour les 15-17 ans, l’emploi se déplace des zones rurales vers les villes, en partie à cause de programmes publics de formation professionnelle qui, selon les critiques, banaliseraient le travail des mineurs. Ces adolescents effectuent souvent de longues heures pour un salaire inférieur au minimum légal, généralement sans couverture sociale ni protection syndicale.
Parmi les 5-14 ans décédés, 20% étaient des filles et 12% des migrants.
Les causes de décès les plus fréquentes incluent les accidents de la route (notamment dans l’agriculture où les enfants sont transportés dans des véhicules surchargés et dangereux). Les noyades sont aussi courantes chez les plus jeunes, qui utilisent canaux d’irrigation et ruisseaux pour se laver ou s’hydrater l’été. Dans l’industrie, les chutes mortelles et les écrasements sont fréquents. Les survivants gardent souvent des séquelles permanentes : amputations, fractures…
Les enfants subissent aussi fréquemment des violences physiques et psychologiques, surtout dans les emplois informels ou la rue. Les défenseurs des droits dénoncent une banalisation des abus.
Géographiquement, les décès sont concentrés dans les provinces de Şanlıurfa, Gaziantep, Konya, İstanbul, Samsun et Adana pour les moins de 14 ans. Pour les 15-17 ans, İstanbul, Şanlıurfa, Adana, Gaziantep, Antalya et Konya sont les plus touchées.
En Turquie, les associations demandent un renforcement des contrôles, une meilleure sécurité et une protection sociale élargie pour les familles vulnérables. Sans ces mesures, préviennent-elles, le cycle pauvreté-exploitation des enfants persistera.
Un rapport annuel de la Confédération syndicale internationale (CSI) classe régulièrement la Turquie parmi les 10 pires pays au monde pour les droits des travailleurs industriels. Selon la CSI basée à Bruxelles, les libertés syndicales se sont encore dégradées depuis la répression des manifestations en 2025.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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