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Des associations d’avocats dénoncent l’inaction de la CEDH dans les dossiers de leurs confrères turcs

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Par Bosphorama

Publié le

Une coalition d’associations d’avocats européennes et internationales a accusé la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) d’inaction concernant les dossiers déposés par des avocats de la défense turcs, dans un communiqué publié vendredi.

Elles dénoncent des années de retard qui maintiennent des personnes en prison et réduisent le droit de recours individuel à une simple formalité.

Les affaires concernent des avocats arrêtés, jugés et condamnés après la tentative de coup d’État de 2016 en Turquie.

Beaucoup ont été poursuivis pour des activités liées à leur travail de défense, notamment la participation à des manifestations, le conseil à leurs clients sur leur droit au silence et la représentation d’opposants politiques.

Les associations affirment que les tribunaux turcs se sont appuyés sur des témoins anonymes, des éléments de renseignement inaccessibles à la défense et l’idée que l’exercice du droit pouvait constituer un facteur aggravant lors des condamnations.

Elles citent des missions d’enquête et rapports d’organisations internationales décrivant des pressions politiques sur les juges et procureurs, ainsi que la négation des droits de la défense.

Le communiqué met en lumière les procès massifs contre les membres de l’Association des avocats progressistes (ÇHD) et du Bureau juridique du peuple (HHB).

Ces procès ont suscité une attention soutenue des barreaux européens, qui ont documenté le refus de convoquer des témoins de la défense et le rejet de dizaines de requêtes sans motivation.

La commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a examiné le procès ÇHD en 2019, constatant que les tribunaux considéraient les activités professionnelles des avocats comme des preuves accablantes.

Les associations estiment que la CEDH n’a pas agi assez vite face à ce bilan.

Les requêtes concernant des détentions ont été déposées en avril 2021, et d’autres sur le droit à un procès équitable en mars 2023.

Beaucoup n’ont pas encore atteint le stade de la communication, première étape où la Cour notifie le gouvernement et demande une réponse.

La Cour de Strasbourg reçoit des dizaines de milliers de requêtes annuellement et n’en communique qu’une petite partie.

La communication ouvre la voie à un arrêt contraignant et à des mesures structurelles protectrices pour d’autres justiciables.

Les groupes d’avocats soutiennent que les dossiers concernant la poursuite de défenseurs devraient être prioritaires.

Ils qualifient ces retards de violation des standards mêmes de la Cour.

Ils citent des arrêts antérieurs où la Cour soulignait que la justice doit être rendue sans délais compromettant son efficacité et sa crédibilité.

Les associations replacent également ces revendications dans le contexte post-coup d’État.

Après juillet 2016, la Turquie a engagé des poursuites massives pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, un groupe religieux inspiré par le prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d’avoir orchestré le putsch. Gülen, en exil volontaire aux États-Unis depuis 1999 jusqu’à son décès en octobre 2024, avait toujours nié toute implication dans cette tentative avortée.

Aucun organe indépendant n’a trouvé de preuve reliant Gülen ou son mouvement au coup d’État.

Les autorités ont pourtant considéré comme signes d’appartenance organisationnelle le simple téléchargement de l’application ByLock, un compte à la Bank Asya ou une adhésion à des associations professionnelles.

Cette approche extensive a aussi piégé des avocats, poursuivis non pour des actes violents mais pour leur travail de défense de clients accusés de tels liens.

Human Rights Watch a documenté en 2019 comment ces poursuites sapent les droits de la défense en dissuadant la représentation juridique.

Les groupes estiment que la lenteur de la CEDH envoie un mauvais signal aux autorités qui continuent ces poursuites.

Le coût humain de la répression contre la profession d’avocat est criant.

Ebru Timtik, avocate impliquée dans les affaires ÇHD, est morte en août 2020 après 238 jours de grève de la faim exigeant un procès équitable.

Son décès a provoqué des réactions des institutions européennes et reste un symbole pour les militants.

Parmi les signataires figurent Avocats européens démocrates, l’Association européenne des avocats pour la démocratie, le Barreau de Barcelone, l’Association internationale des avocats démocrates, le Barreau de New York et d’autres.

Ils pressent la CEDH d’accélérer l’examen des dossiers des avocats turcs et d’ordonner des mesures provisoires si nécessaire.

Les tribunaux turcs continuent de condamner des avocats du ÇHD et du HHB.

En mai 2025, des groupes internationaux ont signalé de nouvelles peines de prison fondées sur des témoins secrets et sur le travail juridique des avocats.

Cette situation maintient la pression sur la CEDH pour qu’elle se penche sur les accusations d’utilisation du métier d’avocat comme preuve de terrorisme.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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