Le ministre de la Justice Akın Gürlek
Turquie•3 min de lecture

Des avocats contestent la nomination du nouveau ministre de la Justice devant le Conseil d’État

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Par Bosphorama

Publié le

Un groupe d’avocats dirigé par Ömer Faruk Eminağaoğlu, président fondateur de l’Union des juges et procureurs (YARSAV) aujourd’hui dissoute, a déposé un recours devant le Conseil d’État turc demandant l’annulation de la récente nomination par le président Recep Tayyip Erdoğan du controversé procureur général d’Istanbul Akın Gürlek au poste de ministre de la Justice.

La requête, déposée par Eminağaoğlu et un groupe d’avocats du barreau d’Ankara, demande l’annulation du décret présidentiel nommant Gürlek et une suspension, arguant qu’il viole les dispositions constitutionnelles interdisant le cumul de fonctions publiques et les garanties accordées aux procureurs.

Erdoğan a nommé Gürlek, qui était procureur général d’Istanbul depuis octobre 2024, comme ministre de la Justice lors d’un remaniement ministériel annoncé la semaine dernière.

Cette nomination a suscité des critiques du Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition, et d’experts juridiques, car elle intervient après que Gürlek a supervisé des affaires politiquement sensibles impliquant des municipalités dirigées par l’opposition, dont une enquête visant le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, considéré comme le principal rival d’Erdoğan.

Ömer Faruk Eminağaoğlu (c)

Devant le Conseil d’État lundi, Eminağaoğlu a affirmé que le poste judiciaire de Gürlek en tant que procureur n’avait pas formellement pris fin au moment de sa nomination comme ministre, rendant cette décision incompatible avec l’article 140 de la constitution, qui interdit aux juges et procureurs d’exercer une autre fonction publique.

Il a précisé que le statut légal d’un ministre commence au moment où la nomination est publiée au Journal officiel, et non lors de la prestation de serment au parlement.

S’appuyant sur une jurisprudence établie de la Cour constitutionnelle, de la Cour de cassation, du Conseil d’État et du Conseil électoral suprême (YSK), Eminağaoğlu a souligné que le statut légal naît de l’acte décisif lui-même plutôt que des étapes procédurales ultérieures.

« Dans ce contexte, le moment de la nomination est celui où commencent les droits et responsabilités ministériels », a-t-il déclaré, ajoutant que la publication au Journal officiel déclenchait la violation constitutionnelle et qu’ils avaient donc demandé une annulation prenant effet dès la nomination.

Eminağaoğlu a également invoqué l’article 139 de la constitution, qui garantit l’inamovibilité des juges et procureurs et interdit leur révocation sauf dans les conditions explicitement prévues par la loi.

Il a argué que si le poste de procureur de Gürlek était considéré comme ayant pris fin automatiquement lors de sa nomination comme ministre, cela équivaudrait à une révocation par acte administratif, ce qu’il juge constitutionnellement inadmissible.

« Personne ne peut être relevé de ses fonctions de procureur par une décision administrative », a-t-il affirmé. « Même si cela s’appelle une ‘nomination’, ce qui a été fait constitue une violation de la constitution. »

Le recours soulève également des inquiétudes quant au nouveau rôle de Gürlek en tant que président du Conseil des juges et procureurs (HSK), l’organe judiciaire suprême chargé des nominations, promotions et mesures disciplinaires au sein du pouvoir judiciaire. Dans le système turc, le ministre de la Justice préside automatiquement le HSK.

Eminağaoğlu a indiqué que de nombreuses plaintes avaient été déposées contre Gürlek concernant des actes posés durant son mandat dans la magistrature et a soutenu qu’en tant que président du HSK, il serait de fait impliqué dans les mécanismes de contrôle le concernant.

La requête demande une suspension au motif que les actions de Gürlek comme ministre de la Justice et président du HSK pourraient créer des conséquences juridiques irréversibles.

Ancien vice-ministre de la Justice et juge, Gürlek est accusé par l’opposition de s’en prendre aux rivaux d’Erdoğan.

Depuis sa nomination comme procureur général d’Istanbul en octobre 2024, plus de 15 maires du CHP ont été arrêtés, la plupart pour des accusations de corruption qu’ils rejettent.

Il a également ordonné des enquêtes contre des centaines de membres du CHP pour des chefs allant de la corruption aux liens terroristes et à l’insulte au président.

İmamoğlu, 54 ans, fait actuellement face à une série de procédures judiciaires, dont une où il est accusé d’avoir mis en doute l’intégrité de Gürlek.

Les procureurs ont également ouvert une enquête sur le dirigeant du CHP Özgür Özel pour des allégations de menaces et d’insultes envers Gürlek.

Les responsables gouvernementaux rejettent les affirmations selon lesquelles les procédures judiciaires contre des figures de l’opposition seraient politiquement motivées, insistant sur l’indépendance de la justice turque.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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