Des journalistes devant le siège du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d'opposition en Turquie, à Ankara le 24 octobre 2025. Photo par ADEM ALTAN / AFP
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Des délégués du CHP atteignent le seuil de signatures pour un congrès extraordinaire après la réintégration de l’ancien leader par la justice

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Par Bosphorama

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Les délégués du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition en Turquie, ont atteint lundi le nombre requis de signatures pour convoquer un congrès extraordinaire. Cette démarche intervient après qu’un tribunal a annulé l’élection à la direction du parti en 2023, évincant Özgür Özel et rétablissant l’ancien président Kemal Kılıçdaroğlu.

Le seuil de signatures a été atteint à 16h00 le 1er juin, a rapporté l’agence de presse ANKA, tandis que la collecte se poursuivait.

Cette évolution fait suite à l’appel lancé le 12 juillet par 111 députés du CHP, dont Özel, pour un congrès extraordinaire. Une nouvelle manœuvre d’Özel et de ses partisans pour contester le retour de Kılıçdaroğlu à la tête du parti, ordonné par la justice.

Dans une déclaration écrite signée par les parlementaires, les députés du CHP ont rejeté les tentatives de modeler le parti par des décisions judiciaires qu’ils jugent contraires à la constitution et à l’État de droit.

« La seule instance habilitée à décider de l’orientation, de la trajectoire, du destin et de la gestion de notre parti reste nos délégués, issus des rangs de nos membres par le biais d’élections », affirme la déclaration.

Parmi les signataires figurent l’ancien vice-président du groupe parlementaire Engin Altay, qui s’était distancié de la direction Özel avant la décision d’annulation, et Uğur Bayraktutan, revenu à la présidence du Conseil supérieur de discipline du parti suite au jugement. Les trois hommes n’avaient pas non plus assisté à la réunion du groupe parlementaire où Özel avait été élu président.

La collecte de signatures a été annoncée par le député d’Istanbul Zeynel Emre après une réunion au parlement dimanche.

Özel, président du groupe parlementaire du CHP – qui continue à se présenter comme le « président élu » du parti – a rencontré des membres dont les fonctions avaient été révoquées par la direction Kılıçdaroğlu après le jugement. Ces derniers ont également participé à la réunion.

Selon des informations divulguées après la réunion, le parti a décidé que la structure organisationnelle en place avant l’annulation, y compris le bureau du candidat à la présidence, poursuivrait ses activités.

Selon les statuts du CHP, un congrès extraordinaire doit être convoqué dans les 45 jours si une majorité absolue de délégués signe une pétition.

Özel a déclaré lundi que la collecte avait commencé peu après 8h00 et que le nombre requis était « un peu plus de 550 ».

Il a précisé que la première signature venait d’un délégué de Kayseri qui s’était opposé à lui lors du précédent congrès et l’avait vivement critiqué au sein du parti. Il a qualifié ce geste de symboliquement important, montrant que même d’anciens opposants internes considéraient la décision judiciaire comme une attaque contre la volonté du congrès.

Özel a également indiqué que toutes les signatures de Rize, province natale du président Recep Tayyip Erdoğan, avaient été recueillies en 10 minutes, et que la collecte progressait rapidement à travers le pays.

Incertitude juridique autour du congrès

Cependant, Kılıçdaroğlu, s’exprimant samedi au siège du CHP, a conditionné la tenue d’un congrès à l’achèvement de ce qu’il a appelé un processus de « reddition de comptes et de purification ».

Des sources proches de Kılıçdaroğlu affirment qu’aucun congrès ordinaire ou extraordinaire ne peut se tenir avant que la décision d’annulation ne devienne définitive devant la Cour de cassation. Selon elles, même si l’équipe d’Özel recueille les signatures requises, la demande de congrès ne pourra être traitée.

Le député d’Istanbul Emre a rejeté cette position, estimant que le CHP n’avait d’autre choix que de tenir immédiatement un congrès, car le jugement ramenait le dernier congrès valide du parti à celui de juillet 2020.

Il a soutenu que l’annulation du congrès de novembre 2023 et des congrès ultérieurs signifiait que le CHP pouvait être considéré comme n’ayant pas tenu ses congrès ordinaires dans les délais légaux.

« C’est très clair », a déclaré Emre, arguant que si le délai de six ans expire en juillet 2026, le parti pourrait perdre son droit de participer aux élections.

Une modification en 2022 de la Loi sur les partis politiques a changé les règles d’éligibilité, stipulant que les partis ne tenant pas deux fois de suite leurs congrès de district, provinciaux et généraux perdent leur droit de se présenter aux élections.

Emre a ajouté que le processus d’appel pourrait être résolu rapidement s’il existait une volonté politique de débloquer la voie vers un congrès.

Il a précisé que tout obstacle juridique pourrait être levé si la procédure d’appel devant la Cour de cassation aboutissait, rendant le jugement définitif et levant la mesure provisoire.

La crise de direction a commencé le 21 mai lorsque la 36e chambre civile de la Cour régionale d’Ankara a annulé le 38e congrès ordinaire du CHP, lors duquel Özel avait battu Kılıçdaroğlu en novembre 2023 pour devenir président du parti.

Le tribunal a jugé le congrès juridiquement invalide et ordonné le retour de Kılıçdaroğlu et des organes du parti élus sous sa direction à titre provisoire. La décision a également écarté temporairement Özel et l’administration actuelle.

L’affaire concerne des allégations d’irrégularités lors du vote de 2023, notamment des accusations d’achat de voix et de manipulation. Le CHP nie tout méfait et affirme que ces procédures s’inscrivent dans une campagne judiciaire plus large visant à affaiblir le parti après ses succès aux élections locales de mars 2024.

Le CHP subit une pression judiciaire et politique croissante depuis ces élections, avec plus de 20 de ses maires et des centaines d’élus municipaux placés en garde à vue ou arrêtés dans des enquêtes que le parti qualifie de politiquement motivées.

Le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, principal rival politique d’Erdoğan et candidat présidentiel du CHP, a été arrêté en mars 2025 pour des accusations de corruption et de terrorisme qu’il rejette.

Kılıçdaroğlu a dirigé le CHP de 2010 à 2023, avant de perdre la direction au profit d’Özel suite à sa défaite face à Erdoğan lors de l’élection présidentielle. Özel a ensuite mené le parti à son meilleur résultat aux élections locales depuis des décennies en 2024.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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