Des membres d’un groupe de rock turc emprisonnés pour « insultes à la religion »
Cinq membres d’un groupe de rock turc ont été arrêtés pour « insulte aux valeurs religieuses » et « incitation à la haine », a rapporté mardi l’agence de presse étatique Anadolu, citant des procureurs.
Les musiciens du groupe Sarinvomit ont été placés en détention provisoire après l’ouverture d’une enquête par les procureurs d’Istanbul sur des paroles de chansons et des publications sur les réseaux sociaux présumées diffamatoires envers la religion.
Les membres du groupe, identifiés uniquement par leurs initiales B.S., Ç.Y., G.K., İ.A.K. et K.R.Ç., ont été interpellés par la police et déférés devant un juge après audition. Ils ont nié les accusations, affirmant aux procureurs ne pas avoir interprété les chansons incriminées et n’avoir aucun lien avec les publications sur les réseaux sociaux mentionnées dans l’enquête.
Malgré leurs dénégations, un juge a ordonné le placement en détention provisoire des cinq musiciens pour « incitation à la haine et à l’hostilité ou insulte à la population ».
Selon le Code pénal turc (TCK), l’insulte publique aux valeurs religieuses partagées par une partie de la population constitue un délit si l’acte est susceptible de troubler l’ordre public. L’article 216 du TCK prévoit une peine de six mois à un an de prison, selon la gravité des faits.
Sarinvomit, formé à Istanbul en 2013, est connu dans la scène metal underground turque pour son mélange de black et death metal. Le groupe s’est fait remarquer avec son album de 2018 « Malignant Thermonuclear Supremacy » et pour des performances live mettant souvent en avant des thèmes de destruction et de mort.
Ces arrestations s’inscrivent dans une série de poursuites en Turquie fondées sur des lois criminalisant les « insultes » envers la religion, les institutions gouvernementales ou les responsables publics, que les défenseurs des droits humains dénoncent comme un outil croissant de restriction de la liberté d’expression.
Début octobre, les membres du groupe féminin turc Manifest ont été libérés sous contrôle judiciaire avec obligation de se présenter régulièrement à la police, dans le cadre d’une enquête pour « atteinte à la pudeur ». Les membres du groupe font l’objet d’une enquête pour « actes obscènes » et « atteinte à la pudeur » suite à une récente performance à Istanbul.
Dans un cas similaire en juillet, cinq employés du célèbre magazine satirique LeMan avaient été arrêtés pour avoir publié une caricature du prophète Mahomet, considérée comme blasphématoire par de nombreux musulmans.
Le magazine et son équipe ont fermement nié que la caricature publiée représentait le prophète Mahomet.
Un réquisitoire déposé début octobre demande jusqu’à quatre ans et demi de prison pour cinq membres de la rédaction, accusés d’ »incitation à la haine et à l’hostilité et insulte publique aux valeurs religieuses ». L’un des accusés se trouve actuellement à l’étranger.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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