Des milliers de manifestants protestent après la destitution des dirigeants d’İstanbul du principal parti d’opposition par la justice
Des milliers de personnes ont manifesté à İstanbul mercredi après qu’un tribunal a destitué la direction provinciale du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, une décision qualifiée de « coup d’État judiciaire » par le parti.
Le 45e tribunal civil de première instance a annulé les résultats du congrès provincial d’İstanbul du CHP en octobre 2023, révoqué son président provincial Özgür Çelik et 195 délégués, et nommé une équipe intérimaire de cinq membres. Cette décision a provoqué une forte chute de la Bourse, l’indice BIST 100 perdant jusqu’à 5,5% mardi.
Le CHP, qui a infligé un sérieux revers au Parti de la justice et du développement du président Recep Tayyip Erdoğan lors des élections locales de 2024 et gagne du terrain dans les sondages, a fait appel mercredi.
Le chef du parti Özgür Özel s’est adressé à ses partisans dans le district de Zeytinburnu, un bastion traditionnel d’Erdoğan, tandis que la foule agitait des drapeaux turcs et scandait « Gouvernement, démission ! ». « Ils pensent pouvoir nous réduire au silence et créer une opposition qui leur convienne, mais nous ne plierons pas », a-t-il déclaré. « Il ne s’agit pas seulement de notre parti. C’est le système multipartite lui-même qui est attaqué. »
Cette décision s’ajoute à une série de procédures judiciaires visant le CHP. La plus marquante remonte à mars, lorsque le maire d’İstanbul Ekrem İmamoğlu – considéré par beaucoup comme le seul politicien capable de battre Erdoğan lors d’une élection nationale – a été emprisonné suite à une condamnation controversée.
La semaine dernière, des procureurs ont inculpé Çelik et neuf autres figures du CHP pour fraude électorale lors du congrès provincial de 2023, réclamant des peines allant jusqu’à trois ans de prison. Un autre procès à Ankara conteste le congrès national du parti en novembre 2023 qui a élu Özel à sa tête. Ce dossier reprendra le 15 septembre et pourrait invalider les résultats de l’élection à la direction.
L’analyste Berk Esen a déclaré aux journalistes que la décision d’İstanbul devait être vue comme une « répétition générale » pour le procès d’Ankara. « Ceci marque un virage vers l’autocratie totale et sonne le glas du système multipartite tel que nous le connaissons », a-t-il estimé. « Le gouvernement effectue des calculs pour réduire le CHP à une opposition contrôlée. »
Depuis octobre 2024, des centaines de membres du CHP ont été arrêtés pour des allégations de corruption, dont 17 maires, dans ce que les critiques décrivent comme des enquêtes politiquement motivées visant à affaiblir le parti.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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