Des YouTubeurs risquent jusqu’à quatre ans et demi de prison pour une blague sur le prophète Mahomet
Des procureurs turcs ont requis des peines allant jusqu’à quatre ans et demi de prison contre un animateur YouTube et son invité, arrêtés cette semaine pour une blague accusée de tourner en dérision une parole du prophète Mahomet, rapporte l’agence de presse étatique Anadolu ce vendredi.
L’acte d’accusation, déposé auprès du tribunal pénal d’Istanbul, inculpe les deux hommes – l’animateur Boğaç Soydemir et son invité Enes Akgündüz – pour « incitation à la haine et à l’hostilité ou insulte envers une partie de la population » en vertu de l’article 216 du code pénal turc (TCK).
Cette procédure fait suite à leur interpellation le 23 septembre, après l’ouverture d’une enquête sur un segment de l’émission « Soğuk Savaş » (Guerre froide) où Soydemir avait lu une blague soumise par un spectateur jouant sur la phrase « L’alcool est la mère de tous les maux », souvent citée comme un hadith (parole attribuée au prophète). La chute de la blague ajoutait un jeu de mots sexuel que des critiques ont qualifié d’insulte envers Mahomet.
Soydemir a ensuite présenté des excuses publiques sur les réseaux sociaux, affirmant ne pas avoir eu l’intention d’offenser les valeurs religieuses et qu’il avait découvert cette blague pendant l’émission. « Je pensais que c’était juste un jeu de mots, mais j’aurais dû y réfléchir davantage », a-t-il écrit, précisant que le passage avait été supprimé après la diffusion.
Les YouTubeurs ont été placés en détention sur ordre du parquet avant d’être mis en détention provisoire par un tribunal après audition.
Soydemir, connu sous le pseudonyme « Educatedear », est un influenceur des réseaux sociaux. Tout comme lui, Enes Akgündüz est un créateur de contenu renommé.
« Soğuk Savaş » compte environ 1,5 million d’abonnés sur YouTube.
Bien que majoritairement musulmane, la Turquie est officiellement laïque. Les autorités engagent cependant fréquemment des poursuites contre des personnalités publiques pour des propos concernant l’islam, la charia ou le prophète.
Dans un cas similaire cet été, cinq membres de la rédaction du magazine satirique LeMan avaient été arrêtés pour une caricature du 26 juin représentant les prophètes Mahomet et Moïse, jugée insultante pour les valeurs religieuses. Quatre d’entre eux ont été libérés sous contrôle judiciaire vendredi.
Ces dernières années, la Turquie a renforcé son contrôle sur les plateformes numériques via des lois élargissant la surveillance étatique des contenus en ligne. Les autorités bloquent régulièrement l’accès à des sites, enquêtent sur des publications et sanctionnent les plateformes ne respectant pas les demandes de suppression.
Selon un rapport de l’ONG Freedom House basée à Washington (octobre 2023), la Turquie est le pays d’Europe où les libertés numériques sont les plus faibles. Avec un score de 31 sur 100 (0 = moins libre, 100 = plus libre), elle est classée comme « non libre ».
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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