Des youtubeurs turcs libérés après une condamnation pour une blague sur le prophète Mahomet
Un tribunal d’Istanbul a condamné vendredi un animateur YouTube et son invité à sept mois de prison mais a ordonné leur libération pour temps déjà purgé, mettant fin à leur détention suite à une blague que les procureurs ont qualifiée de moquerie envers un hadith attribué au prophète Mahomet, rapporte le site d’information T24.
Boğaç Soydemir, animateur de l’émission YouTube populaire « Soğuk Savaş » (Guerre froide), et son invité Enes Akgündüz étaient incarcérés depuis fin septembre pour « incitation à la haine et à l’hostilité ou insulte envers une partie de la population » en vertu de l’article 216 du code pénal turc.
Le tribunal stambouliote a reconnu les deux hommes coupables mais a estimé que leur détention provisoire devait être déduite de leur peine et a ordonné leur libération.
Lors de l’audience, Soydemir a déclaré s’être excusé publiquement après avoir réalisé que la phrase utilisée dans l’émission était un hadith et a nié toute intention d’offenser. « Il n’y a eu aucun acte prémédité ou délibéré avant ou après », a-t-il affirmé.
Akgündüz a également nié toute faute, expliquant au tribunal qu’il ignorait le caractère religieux de la citation. « Si j’avais su que c’était un hadith, je n’aurais jamais participé à l’émission. Je suis musulman et je ne me moquerais jamais de ma foi », a-t-il déclaré.
Les procureurs avaient requis jusqu’à quatre ans et demi de prison pour les deux hommes après leur interpellation le 23 septembre et leur arrestation ultérieure. L’affaire concernait un segment où Soydemir lisait une blague d’un spectateur jouant sur le hadith « L’alcool est la mère de tous les maux ». La chute ajoutait un calembour sexuel perçu comme une insulte envers Mahomet.
Soydemir s’est ensuite excusé sur les réseaux sociaux et a supprimé le clip, expliquant avoir mal interprété la phrase comme un jeu de mots plutôt qu’une référence religieuse.
Soydemir, connu en ligne sous le pseudonyme « Educatedear », est un influenceur. Comme lui, Akgündüz est un créateur de contenu connu.
« Soğuk Savaş » compte environ 1,5 million d’abonnés sur YouTube.
La Turquie, majoritairement musulmane mais officiellement laïque, poursuit fréquemment des personnalités publiques pour des commentaires sur l’islam, la charia ou le prophète.
Début l’été, cinq employés du magazine satirique LeMan avaient été arrêtés pour une caricature du 26 juin représentant les prophètes Mahomet et Moïse, jugée insultante. Quatre avaient été libérés sous contrôle judiciaire fin septembre.
Ces dernières années, la Turquie a renforcé son contrôle sur les plateformes numériques via des lois élargissant la surveillance étatique. Les autorités bloquent régulièrement des sites, enquêtent sur des publications et sanctionnent les plateformes ne respectant pas les demandes de suppression.
Selon un rapport de Freedom House (Washington) en octobre dernier, la Turquie est le pays européen le moins bien noté pour les libertés en ligne, avec un score de 31/100 (« non libre »).
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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