Erdogan continue de soutenir les liens avec les Frères musulmans pour façonner son image parmi les musulmans
Le président turc Recep Tayyip Erdogan continue d’afficher son soutien de longue date aux clercs liés aux Frères musulmans, malgré les efforts en cours pour améliorer les relations avec les puissances régionales qui ont désigné le groupe comme une « organisation terroriste ».
Le 28 août 2025, Erdogan a reçu l’Union internationale des savants musulmans (IUMS) dans le manoir historique Hayreddin Pasha à Istanbul. La réunion a été marquée par la présence d’Ali Erbaş, chef de la Direction des affaires religieuses de Turquie (Diyanet), et de Mehmet Görmez, président de la Fondation internationale de la pensée islamique et de l’Institut de la pensée islamique.
La délégation de l’IUMS était en Turquie pour participer à une conférence sur Gaza, co-organisée avec la Fondation des savants islamiques de Turquie, soutenue par l’État. L’événement a rassemblé 150 érudits islamiques de 50 pays et a mis en lumière le rôle continu d’Ankara comme point de ralliement pour les leaders religieux qui s’alignent sur le positionnement politique d’Erdogan dans le monde musulman.
La relation entre Erdogan et l’IUMS est ancienne et profonde, et a été particulièrement visible lors des moments politiques clés. Un exemple remonte à la dernière élection présidentielle turque en 2023, lorsque l’IUMS a publié une déclaration signée par 55 érudits du monde musulman appelant les musulmans à soutenir Erdogan aux urnes, présentant l’élection comme un devoir islamique mondial. Citant des versets coraniques, les érudits ont affirmé que le leadership d’Erdogan avait renforcé les droits et libertés des musulmans en Turquie et au-delà. Le message soulignait la levée de l’interdiction du voile islamique, l’expansion de l’enseignement coranique et la réintroduction des valeurs islamiques dans la vie publique.
La déclaration a également mis en avant l’ascension de la Turquie comme puissance régionale sous Erdogan, citant des réalisations dans les domaines de la santé, de la défense et de la technologie, notamment le développement de drones et de véhicules électriques.
Cet endorsement a été largement diffusé dans les milieux religieux et politiques. Certains analystes ont suggéré que la déclaration avait été préparée avec des contributions du bureau d’Erdogan, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été donnée.

Malgré des pressions importantes de la part de rivaux régionaux, Erdogan ne s’est pas distancié des groupes et individus associés aux Frères musulmans. Le 10 septembre 2023, il a accueilli une délégation au palais présidentiel d’Ankara menée par Oussama Jammal, secrétaire général du Conseil américain des organisations musulmanes (USCMO) et une figure importante liée aux Frères musulmans aux États-Unis.
Lors de la réunion, Erdogan a souligné l’importance de l’unité de la communauté musulmane mondiale, ou Oumma, face à l’islamophobie et à l’intolérance. Il a également sollicité le soutien de l’USCMO contre ce qu’il a décrit comme des activités de lobbying hostiles aux États-Unis. En outre, il a exprimé son espoir d’un engagement plus fort avec la diaspora turque en Amérique.
Ces rencontres illustrent les efforts d’Erdogan pour maintenir des liens avec les réseaux affiliés aux Frères musulmans à un moment où l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite continuent de désigner le mouvement comme une « organisation terroriste ». Ankara a simultanément poursuivi une normalisation avec ces mêmes pays, rouvrant des canaux commerciaux et restaurant des contacts diplomatiques après des années de tensions.
L’engagement d’Erdogan avec les groupes liés aux Frères musulmans intervient après une période d’ajustement dans la stratégie régionale de la Turquie. Après des années d’hostilité avec Le Caire, Ankara a cherché un rapprochement en limitant les activités des figures des Frères musulmans en exil qui s’étaient installées à Istanbul après le renversement du président égyptien Mohamed Morsi en 2013.
À la demande de l’Égypte, plusieurs chaînes de télévision basées à Istanbul et gérées par des affiliés des Frères musulmans ont été fermées ou ont réduit leurs activités. Certains leaders importants des Frères musulmans ont également été invités à quitter la Turquie, se réinstallant dans d’autres pays de la région. Ces mesures ont été interprétées comme des signes de la volonté d’Ankara de réparer les relations avec Le Caire.
Cependant, Erdogan a depuis équilibré ces concessions par des gestes symboliques et pratiques de soutien envers les érudits alignés sur les Frères musulmans. Les observateurs voient dans ses rencontres avec l’IUMS et d’autres clercs une partie de cet équilibre, destiné à préserver sa stature parmi les mouvements islamistes tout en maintenant les liens nouvellement restaurés avec les gouvernements régionaux.

L’IUMS, qui entretient une coopération étroite avec Erdogan et a des liens idéologiques avec les Frères musulmans, a attiré l’attention internationale plus tôt en 2025 lorsqu’elle a émis un décret religieux global concernant le conflit à Gaza. Le 4 avril, le président de l’IUMS Ali al-Qaradaghi, également connu en Turquie sous le nom d’Ali Karadagi, a déclaré que la situation à Gaza équivalait à un génocide. La fatwa de l’organisation appelait les nations musulmanes à se mobiliser militairement et économiquement pour défendre les Palestiniens.
Les analystes notent que l’association continue d’Erdogan avec l’IUMS et des réseaux similaires coïncide avec son utilisation du Diyanet comme vecteur de sensibilisation. La Direction des affaires religieuses a joué un rôle central dans l’accueil des délégations, l’organisation d’événements et la diffusion de messages alignés sur la vision d’Erdogan de la solidarité musulmane.
En organisant des rassemblements de haut niveau d’érudits religieux, Erdogan renforce son image de leader de la communauté musulmane mondiale. Ces événements s’adressent à la fois aux publics nationaux et internationaux, lui permettant de mettre en avant ses liens avec des clercs influents tout en maintenant des ouvertures diplomatiques envers les gouvernements qui regardent les Frères musulmans avec suspicion.
L’approche duale d’Erdogan souligne la complexité de la politique étrangère actuelle de la Turquie. Tout en cherchant des liens plus étroits avec l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, Ankara continue d’offrir des plateformes aux érudits et institutions liés aux Frères musulmans.
Cette stratégie permet à Erdogan de maintenir sa réputation parmi les réseaux islamistes tout en évitant une rupture complète avec les partenaires régionaux.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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