Özgür Özel, chef du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d'opposition turc, s'exprime lors d'un rassemblement protestant contre les 100 jours de détention du maire d'Istanbul Ekrem İmamoğlu, sur la place Saraçhane à Istanbul, le 1er juillet 2025. (Photo de Yasin AKGUL / AFP)
Turquie•2 min de lecture

Erdoğan percevait des jetons de présence de 7 entreprises lorsqu’il était maire d’Istanbul, selon l’opposition citant une lettre municipale de 1995

B

Par Bosphorama

Publié le

Le principal parti d’opposition turc affirme qu’une lettre municipale de 1995 révèle que le président Recep Tayyip Erdoğan, alors maire d’Istanbul, percevait des jetons de présence mensuels de sept entreprises appartenant à la municipalité, en plus de son salaire gouvernemental de l’époque.

L’allégation s’appuie sur une lettre d’une page en en-tête de la municipalité métropolitaine d’Istanbul listant des versements à Erdoğan à partir du 1er mars 1995.

Le document a refait surface dans une publication du député du Parti républicain du peuple (CHP) Deniz Yavuzyılmaz et a été cité par le président du CHP Özgür Özel lors d’un rassemblement mercredi.

La lettre mentionne des versements nets mensuels de 16 000 000 de livres turques chacun pour cinq entreprises municipales et 9 060 000 livres pour la société du World Trade Center, plus un montant annuel distinct pour l’entreprise culturelle municipale. Une autre ligne fait référence à l’unité de béton İSTON.

Pour donner une échelle, le salaire minimum mensuel pour les travailleurs de 16 ans et plus était de 4 173 750 livres entre septembre 1994 et août 1995, puis est passé à 7 087 500 livres à partir de septembre 1995. Un seul jeton de présence de 16 000 000 de livres équivalait ainsi à environ quatre salaires minimum avant cette augmentation.

Les totaux confirment l’argument du parti selon lequel ces jetons représentaient l’équivalent d’environ 24 salaires minimum mensuels sur cette période, bien qu’une ligne mentionne un montant annuel plutôt que mensuel.

En Turquie, les grandes villes possèdent des filiales gérant des services comme la distribution de gaz, les routes ou des boulangeries industrielles. Les membres de leurs conseils d’administration peuvent percevoir des jetons de présence (board fees). Le code de commerce turc autorise ces versements lorsqu’ils sont approuvés par l’assemblée générale.

La présidence et le parti d’Erdoğan n’avaient pas réagi jeudi à ces allégations.

Cette révélation s’inscrit dans un débat récurrent en Turquie sur le cumul de rémunérations publiques par des responsables.

En octobre 2023, les députés du parti d’Erdoğan et de son allié ont rejeté une motion de l’opposition visant à enquêter sur ces cumuls. Un sondage MetroPOLL de 2021 montrait que plus de 61% des électeurs d’Erdoğan désapprouvaient que des responsables perçoivent plusieurs salaires publics.

Le document ne permet pas à lui seul de déterminer la légalité de ces versements. Les jetons de présence sont légaux lorsqu’approuvés par les actionnaires. Le débat porte politiquement sur leur opportunité pour un maire en exercice et leur comparaison avec les pratiques actuelles à Istanbul.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

À lire également

Amnesty International exhorte à agir sur le bilan des droits de l’homme en Turquie avant la COP31Turquie

Amnesty International exhorte à agir sur le bilan des droits de l’homme en Turquie avant la COP31

Amnesty International a exhorté l’Allemagne et la communauté internationale à soulever le bilan des droits de l’homme de la Turquie au plus haut niveau politique avant et pendant la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP31), qui s’ouvre lundi dans la ville méditerranéenne d’Antalya. L’organisation de défense des droits de l’homme a accusé le gouvernement turc d’intensifier une campagne systématique contre les voix indépendantes, […]

La Turquie élargit son enquête sur une présumée entente sur les prix de la noisette impliquant FerreroTurquie

Ferrero sous enquête pour entente sur les prix

La Turquie a élargi une enquête sur une suspicion d’entente sur les prix de la noisette à sept entreprises, dont Ferrero, le fabricant italien du Nutella, a annoncé vendredi l’Autorité de la concurrence. Les autres entreprises visées sont Atalay, Balsu, Karaçuha, Ofi, Özyılmaz et Şenocak. Les enquêteurs examineront si les acheteurs ont coordonné les prix et les politiques d’achat pour faire baisser les prix et forcer […]

Un député de l’opposition turque dénonce des pertes publiques de 11,9 millions de dollars dans les marchés de l’éducationTurquie

Éducation : 600 millions de lires de pertes dénoncées

Un député du principal parti d’opposition turc a affirmé que des irrégularités dans les marchés publics du ministère de l’Éducation nationale (MEB) ont causé plus de 11,9 millions de dollars (600 millions de lires turques) de pertes publiques, a rapporté vendredi le quotidien Cumhuriyet. Suat Özçağdaş, député d’Istanbul du principal parti d’opposition, le Nouveau Parti, a formulé ces accusations lors d’une conférence de presse […]

La Turquie bloque l’accès à 9 plateformes de rencontres, dont OkCupidTurquie

Turquie : 9 sites de rencontres bloqués

Un tribunal turc a bloqué mercredi l'accès à neuf plateformes de rencontres et de réseaux sociaux, dont le site de rencontres OkCupid. Les huit autres plateformes concernées par la décision sont Feeld, GROWLR, Zoe, Lex, Bindr, u4Bear, Disco et TheBlowers. La décision a été annoncée mercredi par EngelliWeb, un projet de l'Association pour la liberté d'expression (İFÖD) qui […]