Inscriptions record en Turquie pour les cours facultatifs de kurde malgré les obstacles persistants
Près de 60 000 élèves en Turquie se sont inscrits cette année aux cours facultatifs de kurde au collège, un record qui reflète l’intérêt croissant pour l’éducation en langue maternelle malgré les barrières persistantes imposées par l’État, selon un rapport du média Serbestiyet publié mardi.
Selon les données partagées par Hüdai Morsümbül, professeur de turc militant pour ces inscriptions, 59 372 élèves ont choisi le kurde pour l’année scolaire 2025-2026 (50 809 en dialecte kurmandji et 8 563 en zazaki). Ce chiffre marque une nette progression par rapport à la moyenne annuelle précédente d’environ 25 000. Ces cours facultatifs ont été introduits en 2012 dans le cadre de réformes liées à la candidature turque, aujourd’hui au point mort, à l’Union européenne.

Morsümbül souligne l’importance des initiatives locales dans cette progression : « Avec le soutien d’ONG, de syndicats et de partis politiques ces cinq dernières années, nous avons réussi à porter ce nombre à près de 60 000 », explique-t-il.
« C’est encore loin du compte, mais nous y voyons un développement positif car c’est plus du double des chiffres précédents. Nous espérons que l’enseignement du kurde se généralisera davantage dans les années à venir », ajoute-t-il.
Des obstacles structurels persistants
Malgré la demande croissante, l’enseignement du kurde en Turquie se heurte à d’importants obstacles. Le ministère de l’Éducation n’a attribué que 10 postes sur 20 000 nouveaux enseignants au kurde en 2024, contre 50 l’année précédente. De nombreux établissements ne proposent pas ces cours ou orientent les élèves vers d’autres options, invoquant un manque de professeurs qualifiés ou des difficultés administratives.
Les militants et associations dénoncent un manque de volonté politique réelle. Pour les critiques, ces demi-mesures trahissent une réticence plus large à reconnaître les droits linguistiques kurdes.
Une répression historique
Le kurde a longtemps été réprimé en Turquie. Contrairement aux minorités arménienne, grecque et juive – dotées de droits culturels limités par le traité de Lausanne (1923) – les Kurdes, première minorité ethnique du pays, n’ont obtenu aucune reconnaissance officielle. La langue fut criminalisée pendant des décennies, jusqu’à un assouplissement progressif dans les années 2000 sous la pression des réformes européennes.
Les avancées restent inégales. De nombreux médias, centres culturels et programmes éducatifs en kurde ont fermé après la tentative de coup d’État de 2016, déclenchant une répression massive contre la société civile kurde. Parler kurde en public suscite encore souvent la méfiance, parfois assimilée à des activités séparatistes ou à des liens avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), interdit.
En décembre 2024, Human Rights Watch a exhorté les autorités turques à cesser les poursuites contre les initiatives éducatives et culturelles en kurde, dénonçant des abus de lois antiterroristes et des atteintes à l’identité culturelle.
Soutien populaire et craintes persistantes
Un sondage de février 2025 du Centre de recherches socio-politiques révèle que 97,8 % des Kurdes interrogés soutiennent l’enseignement en langue maternelle pour leurs enfants. Près de la moitié craignent des discriminations pour avoir parlé kurde. Beaucoup citent l’absence de cours de kurde à l’école comme principale menace pour la survie de la langue chez les jeunes générations.
Si la hausse des inscriptions est perçue positivement, les observateurs alertent : sans réformes structurelles et reconnaissance officielle, ces cours restent symboliques et insuffisants face aux demandes historiques d’un enseignement complet du kurde dans les écoles publiques.
Incertitudes politiques
En mai 2025, le PKK – classé comme « organisation terroriste » par la Turquie et ses alliés occidentaux – a annoncé sa décision de déposer les armes après 40 ans de conflit. Cette initiative, faisant suite à un appel du fondateur emprisonné Abdullah Öcalan, résulterait de négociations discrètes engagées fin 2024 par le gouvernement.
Le PKK réclamait historiquement une reconnaissance constitutionnelle de l’identité kurde, des droits linguistiques élargis et une représentation politique. Reste à voir si Ankara répondra à ces demandes après la dissolution du groupe.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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