La marche d’Istanbul pour Gaza perçue comme une opération de relations publiques pour le fils d’Erdoğan, critiquée pour avoir exclu les voix dénonçant le commerce gouvernemental avec Israël
Une marche du Nouvel An en solidarité avec Gaza, qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes au centre d’Istanbul, suscite une vague de critiques. L’événement est accusé d’avoir servi de vitrine médiatique pour Bilal Erdoğan, le fils cadet du président Recep Tayyip Erdoğan, tout en marginalisant les voix critiquant les échanges commerciaux turcs profitant à Israël.
L’agence de presse étatique turque Anadolu a estimé la foule à environ 520 000 personnes alors que les manifestants se dirigeaient vers le pont de Galata après les prières de l’aube dans les grandes mosquées.
Les organisateurs, affiliés à la Fondation turque pour la jeunesse (TÜGVA), ont mis en avant Bilal Erdoğan comme figure centrale du rassemblement. Il préside le conseil d’administration de la Fondation İlim Yayma, une organisation caritative éducative pro-gouvernementale.
Les détracteurs décrivent cette marche comme une manifestation soutenue par l’État, habillée en activisme citoyen. Selon eux, elle a surtout servi à mobiliser la base électorale du gouvernement plutôt qu’à exercer une pression indépendante pour Gaza.
Les réactions les plus vives sont apparues sur X, présentant l’événement comme une opération de communication pour Bilal Erdoğan, alimentant les spéculations de l’opposition sur une éventuelle préparation du fils Erdoğan à la succession présidentielle.
De nombreux Turcs ont qualifié la marche de « campagne de relations publiques pour Bilal » et de « mise en scène » sous couvert de solidarité avec Gaza. Ces critiques étaient particulièrement présentes dans les publications en turc, moins fréquentes en anglais.
Le rassemblement a également été critiqué après que certains participants aient affirmé s’être vu refuser l’accès avec des pancartes dénonçant des entreprises accusées de soutenir les opérations israéliennes à Gaza. Un groupe portant les noms de Maersk, ZIM, BP et SOCAR s’est vu interdire l’entrée.
Ces entreprises illustrent un débat plus large en Turquie : le discours pro-Gaza du gouvernement contraste avec des liens commerciaux et logistiques que des activistes estiment bénéfiques à Israël.
Ankara affirme avoir suspendu tout échange commercial avec Israël depuis le 2 mai 2024.
Les critiques contestent cette affirmation de « commerce zéro », arguant que des marchandises parviennent toujours à Israël via des pays tiers.
La marche d’Istanbul intervient alors que Gaza reste en crise après la campagne militaire israélienne consécutive à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Les autorités sanitaires locales rapportent plus de 70 000 morts.
Un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre n’a pas mis fin aux frappes meurtrières israéliennes.



