La mort d’une influenceuse turque relance le débat sur l’image corporelle et les pressions en ligne
Le décès récent de l’influenceuse turque Nihal Candan, qui luttait contre l’anorexie mentale, a relancé le débat national sur les troubles alimentaires, les idéaux d’image corporelle et l’impact de la culture internet sur la santé mentale, particulièrement chez les jeunes femmes, rapporte le quotidien BirGün.
Candan avait fait ses débuts télévisés en 2014 dans l’émission de compétition mode « Bu Tarz Benim » (Ceci est mon style) avant de gagner en notoriété grâce à sa participation à « Survivor » en 2016. Son poids serait tombé à environ 23 kilogrammes avant son hospitalisation. Elle est décédée le 21 juin à l’âge de 30 ans.
Sa mort a provoqué un vaste débat en Turquie sur les effets des standards de beauté véhiculés par les réseaux sociaux et les pressions croissantes exercées sur les jeunes pour se conformer à des idéaux irréalistes.
L’anorexie mentale est un trouble alimentaire grave, fréquent chez les jeunes femmes, caractérisé par une peur intense de prendre du poids et une perception déformée de son corps. Les personnes atteintes réduisent drastiquement leur alimentation tout en maintenant un mode de vie actif sans nutrition ni repos adéquats, entraînant une détérioration physique et psychologique.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 9 millions de personnes dans le monde sont diagnostiquées chaque année avec des troubles alimentaires. Les plus courants sont l’anorexie mentale, la boulimie nerveuse et l’hyperphagie boulimique, touchant disproportionnellement les adolescentes.
Les experts soulignent que la prolifération d’images retouchées, de standards de beauté algorithmiques et de harcèlement en ligne a contribué à une recrudescence des troubles alimentaires ces dernières années.
La psychologue clinicienne Beste Hasırcı explique que l’anorexie n’est pas qu’un problème alimentaire, mais l’expression de luttes psychologiques profondes où les individus manifestent leur souffrance émotionnelle par leur corps.
« Pour vraiment comprendre l’anorexie, il faut regarder au-delà des comportements alimentaires et examiner les émotions sous-jacentes comme le besoin de contrôle, les sentiments d’inutilité, la honte, le stress et le désir d’être vu », a-t-elle déclaré.
Hasırcı note que l’idéal du « corps parfait » promu sur les réseaux sociaux exerce une pression intense sur les jeunes, les amenant souvent à mesurer leur estime de soi à des standards inatteignables.
Elle ajoute que la guérison est possible, mais seulement si le traitement va au-delà de la prise de poids pour aborder la guérison émotionnelle, la reconstruction de l’image de soi et le développement de stratégies d’adaptation saines.
Candan avait été arrêtée avec sa sœur Bahar en 2023 pour des accusations incluant blanchiment d’argent et fraude. Elle aurait subi de graves problèmes psychologiques et physiques durant sa détention. Son poids était tombé à environ 37 kg avant sa libération sous contrôle judiciaire.
La psychologue Zeynep Karataş souligne que les femmes sont particulièrement ciblées par le harcèlement en ligne concernant leur apparence.
« Même si une femme est une athlète de niveau mondial et médaillée olympique, quelqu’un se sentira obligé de commenter des caractéristiques que les femmes ne peuvent facilement changer comme leur poids, la forme de leur nez, la taille de leurs lèvres ou de leurs jambes », explique-t-elle.
Karataş remet aussi en question la croyance répandue selon laquelle les maladies mentales peuvent être surmontées par la seule force de volonté, une idée reçue qui contribue à la stigmatisation et à des traitements inadéquats.
La mort de Candan est citée comme exemple des conséquences de cette culture en ligne. Des dizaines de publications dans les médias turcs et forums en ligne pointent les pressions qu’elle aurait subies pour maintenir une silhouette mince, présentée comme clé de succès et de beauté dans les milieux d’influenceurs.
Le professeur associé en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent Hakan Öğütlü a déclaré au journal Türkiye que l’idée selon laquelle « la minceur égale la beauté » s’est répandue sur les réseaux sociaux, entraînant une augmentation du body shaming.
« Cela pousse souvent les gens à des régimes et efforts de perte de poids constants, qui peuvent rapidement devenir incontrôlables et laisser place à l’anorexie mentale », a-t-il expliqué.
Öğütlü avertit que les cas non traités peuvent s’aggraver rapidement, avec des patients abaissant continuellement leurs objectifs de poids à des niveaux mortels.
« Imaginons quelqu’un pesant 50 kg : l’objectif devient 45, puis 40, 35, 30 et finalement 25. Malheureusement, en dessous de 25, cela se termine souvent par la mort », a-t-il déclaré.
Il insiste sur l’importance de l’acceptation de soi, qui commence selon lui dans la famille.
« L’éducation d’un enfant est cruciale. L’amour, le respect et le temps qu’on lui accorde sont inestimables. Les parents doivent accepter leurs enfants avec amour et les soutenir sans jugement », a-t-il souligné.
Par ailleurs, la campagne publique turque récente contre l’obésité, impliquant des mesures d’Indice de Masse Corporelle (IMC) dans les espaces publics, a déclenché des débats sur la vie privée et les pressions sociétales. Les experts avertissent que ces évaluations publiques pourraient humilier les individus plutôt que promouvoir des modes de vie sains.
Dans un pays déjà confronté à des difficultés économiques généralisées et à un accès limité à une nutrition abordable, de nombreux experts estiment que des changements systémiques, et non des pressions publiques, sont essentiels pour améliorer la santé et le bien-être à long terme.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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