Le président turc Recep Tayyip Erdoğan s’exprime lors d’une conférence de presse en marge du sommet du 75e anniversaire de l’OTAN au Walter E. Washington Convention Center à Washington, DC, le 11 juillet 2024. (Photo de ROBERTO SCHMIDT / AFP)
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La Turquie accusée d’utiliser le sommet de l’OTAN pour réduire au silence les médias et la société civile

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Par Bosphorama

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Les points importants

  • Arrestations massives : 103 personnes, dont des militants, universitaires et journalistes, arrêtées avant le sommet.
  • Accréditations refusées : des médias indépendants critiques d’Erdoğan privés de couverture du sommet.
  • Répression dénoncée : ONG et eurodéputés accusent Ankara d’instrumentaliser l’OTAN pour réduire au silence la société civile.

Des organisations de défense des droits et des responsables politiques européens ont accusé la Turquie d’utiliser le prochain sommet de l’OTAN à Ankara comme prétexte pour réduire au silence les médias indépendants et la société civile, citant des arrestations massives avant la réunion et le refus d’accréditer des médias et journalistes turcs critiques.

Le sommet, prévu les 7 et 8 juillet, devrait rassembler les dirigeants des 32 États membres de l’OTAN dans la capitale turque.

Les autorités turques ont imposé des mesures de sécurité drastiques avant la réunion, notamment des restrictions sur les manifestations, les rassemblements publics et autres événements.

Un tribunal turc a ordonné jeudi l’arrestation de 103 personnes, dont des bénévoles environnementaux, un universitaire, des avocats et un journaliste, dans le cadre d’opérations menées à Ankara avant le sommet.

Le parquet général d’Ankara a ordonné mardi des raids simultanés dans le cadre de ce qu’il a décrit comme une enquête sur des activités liées au terrorisme à travers le pays. Les équipes de police et de gendarmerie ont arrêté 225 personnes, selon les médias locaux.

Après interrogatoire, 135 suspects ont été déférés au palais de justice d’Ankara. Les procureurs en ont libéré six et en ont renvoyé 129 devant le tribunal pour « appartenance à une organisation terroriste armée ». Le tribunal a ordonné l’arrestation de 103 suspects et imposé des mesures de contrôle judiciaire, dont la résidence surveillée, à 26 autres.

Human Rights Watch a dénoncé les arrestations massives avant que le tribunal n’ordonne les mises en détention, estimant que l’opération révélait « l’intolérance impitoyable » de la Turquie envers la liberté d’expression et de réunion.

« L’utilisation abusive des lois antiterroristes pour procéder à des arrestations massives et réduire au silence des gens à l’approche d’un sommet de l’OTAN va à l’encontre des valeurs fondatrices de l’Alliance », a déclaré Benjamin Ward, directeur adjoint pour l’Europe et l’Asie centrale à Human Rights Watch.

Il a appelé les autorités turques à libérer les détenus et exhorté les alliés de la Turquie au sein de l’OTAN à user de leur influence pour faire pression sur Ankara afin qu’elle change de cap.

« Nettoyer les rues d’Ankara des manifestants potentiels ne fait que mettre en lumière la répression croissante du gouvernement turc », a ajouté Ward.

Les détentions ont également été liées par les critiques à une controverse distincte concernant le processus d’accréditation de l’OTAN pour le sommet d’Ankara.

Certains médias turcs indépendants et d’opposition critiques du président Recep Tayyip Erdoğan, ainsi que des journalistes, se sont vu refuser l’autorisation de couvrir l’événement, selon des groupes de presse et les médias eux-mêmes.

European Democrats, un groupe politique européen, a déclaré sur X que l’OTAN avait refusé l’accréditation à des médias turcs indépendants critiques d’Erdoğan et que la répression autour du sommet avait également frappé la société civile.

« Autour du sommet, la répression a également frappé la société civile : 241 mandats et 209 arrestations ciblant des militants, des syndicalistes, des voix LGBTQ+, des avocats et des universitaires, dont Yıldız Tar de Kaos GL », a déclaré le groupe.

« Ce n’est pas ainsi qu’on organise un sommet de l’OTAN. Pas avec la répression. Pas avec un sommet transformé en prétexte de plus pour réduire au silence la démocratie », a-t-il ajouté.

La porte-parole de l’OTAN, Allison Hart, a déclaré jeudi que pour les sommets tenus en dehors de son siège de Bruxelles, l’Alliance s’en remet au pays hôte pour évaluer et approuver les demandes des journalistes locaux.

L’Alliance a indiqué qu’elle était en contact avec les autorités turques et que l’accès des médias aux grands événements de l’OTAN était important.

Le gouvernement turc n’a pas commenté publiquement en détail le différend sur les accréditations.

L’eurodéputé espagnol Nacho Sánchez Amor, rapporteur du Parlement européen sur la Turquie, a également critiqué à la fois les décisions d’accréditation et les arrestations.

« L’OTAN n’a jamais été un club de démocraties… et elle ne l’est pas aujourd’hui », a déclaré Sánchez Amor sur X. « Quand un gouvernement autoritaire accueille le sommet, vous obtenez une accréditation arbitraire des médias et plus de 200 personnes arrêtées dans une opération “préventive”. »

« Malheureusement, rien de tout cela ne semble empêcher Rutte de dormir », a-t-il ajouté, en référence au secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.

Le bureau du gouverneur d’Ankara a également imposé des restrictions sur les rassemblements publics avant le sommet, notamment l’interdiction des manifestations, des rassemblements, des déclarations à la presse, des sit-in, des grèves de la faim et des veillées dans la capitale du 28 juin au 10 juillet.

Les médias turcs ont fait état d’autres restrictions et préparatifs dans la capitale, notamment l’annulation d’événements publics, un renforcement de la sécurité autour des lieux et des itinéraires du sommet, l’éloignement des chiens errants de certaines zones et des travaux d’embellissement le long des routes menant de l’aéroport.

Les critiques affirment que les arrestations, l’interdiction des rassemblements publics et les refus d’accréditation des médias montrent qu’Ankara utilise le sommet de l’OTAN pour se protéger des protestations et des reportages critiques.

Les autorités turques affirment que ces mesures sont nécessaires pour la sécurité avant une réunion internationale de haut niveau.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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