La Turquie fait pression sur la Grèce pour extrader des personnes liées au mouvement Gülen
Les points importants
- Pression diplomatique : Ankara exige l'extradition de personnes liées au mouvement Gülen, mais Athènes nie l'existence d'une branche organisée de ce mouvement sur son sol et refuse d'assimiler les demandeurs d'asile à une organisation criminelle.
- Obstacles judiciaires : Les demandes d'extradition doivent passer par un processus judiciaire indépendant en Grèce, impliquant parquets et tribunaux, et une décision ministérielle ne peut les court-circuiter.
- Contexte répressif : La désignation du mouvement Gülen comme Organisation terroriste par la Turquie n'est reconnue ni par l'Union européenne ni par les États-Unis, et les accusations politiques motivent souvent les demandes d'extradition.
La Turquie fait pression sur la Grèce pour extrader des personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen, tandis que les autorités grecques démentent que la présence de demandeurs d’asile turcs constitue un réseau organisé, a rapporté lundi le site d’information grec iefimerida.
Le ministre de l’Intérieur turc, Mustafa Çiftçi, a soulevé la question lors d’une visite à Athènes le 8 octobre, où il a rencontré le ministre grec de la Protection du citoyen, Michalis Chrysochoidis, et le ministre de la Migration et de l’Asile, Thanos Plevris.
Çiftçi a demandé le retour des membres du mouvement Gülen, les accusant d’abuser des protections accordées aux réfugiés. Il a également réclamé une procédure d’extradition accélérée pour 60 personnes qu’il a décrites comme étant sous la garde des autorités grecques, affirmant que certaines d’entre elles étaient membres d’organisations criminelles et faisaient l’objet de notices rouges d’INTERPOL.
Des sources du ministère grec de la Protection du citoyen ont démenti les allégations d’Ankara selon lesquelles une branche organisée du mouvement existerait en Grèce, et ont refusé d’assimiler des ressortissants turcs demandant une protection internationale à une organisation criminelle, écrit iefimerida.
Une source proche des dossiers d’extradition a expliqué au site qu’aucune demande formelle récente ne semblait avoir été soumise pour une personne poursuivie en raison de liens avec le mouvement Gülen ou pour d’autres motifs politiques. Les demandes reçues concernaient des accusations telles que meurtre, vol et enlèvement.
La source a expliqué que les extractions nécessitent un examen par les procureurs et les tribunaux, avec possibilité d’appel devant la Cour suprême de Grèce. Une réunion ministérielle ne peut autoriser le retour d’une personne, et toute approbation finale par le ministre de la Justice doit suivre la procédure judiciaire.
Une notice rouge d’INTERPOL est une demande de localisation et d’arrestation provisoire d’une personne en vue d’une extradition ou d’une procédure similaire. Elle n’oblige pas un pays à arrêter ou à extrader la personne.
Le président Recep Tayyip Erdoğan a commencé à cibler le mouvement Gülen après les enquêtes pour corruption de décembre 2013, qui l’impliquaient lui, sa famille et ses alliés politiques. Le mouvement s’inspire du défunt savant islamique Fethullah Gülen.
En mai 2016, son gouvernement a designé le mouvement comme Organisation terroriste et a intensifié la répression après l’avoir accusé d’avoir orchestré un tentative de coup d’État en juillet de la même année. Le mouvement nie avoir orchesteré la tentative de coup d’État et se livrer au terrorisme.
Les États-Unis et l’Union européenne ne reconnaissent pas cette designation. Des milliers de personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen ont été emprisonnées, et beaucoup d’autres ont fui la Turquie pour demander l’asile à l’étranger.
Les demandes d’extradition avaient déjà tendu les relations entre la Turquie et la Grèce après que huit officiers militaires turcs se soient enfuis en Grèce par hélicoptère à la suite de la tentative de coup d’État de 2016. La Cour suprême de Grèce a rejeté leur extradition en janvier 2017, invoquant des inquiétudes concernant leur sécurité et l’accès à un procès équitable.
Les dernières discussions coïncidaient également avec les efforts de la Turquie pour obtenir le retour de l’homme d’affaires Murat Gülibrahimoğlu, qui fait face à des accusations liées à une affaire de corruption impliquant le maire d’Istanbul emprisonné, Ekrem İmamoğlu, le principal rival politique d’Erdoğan.
La police grecque a démenti les informations des médias turcs selon lesquelles Gülibrahimoğlu aurait été arrêté. Il a demandé une protection internationale en juillet et sa demande est en cours d’examen. La police a confirmé avoir reçu des documents d’extradition de la part de la Turquie, tandis que Gülibrahimoğlu maintient que l’affaire est motivée politiquement.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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