La Turquie forme l’armée syrienne à la défense aérienne avec des munitions turques alors que les liens militaires se renforcent
Levent Kenez/Stockholm
La Turquie a commencé à dispenser une formation officielle en défense aérienne au personnel de l’armée syrienne dans le cadre d’un accord de coopération militaire plus large conclu entre Ankara et Damas plus tôt cette année, selon des responsables de la défense turque.
Lors d’une visite d’inspection en septembre auprès des unités de la Deuxième Armée à Gaziantep, le commandant des forces terrestres, le général Metin Tokel, a confirmé que des soldats syriens recevaient une formation d’instructeurs turcs sur un système modernisé de canon de défense aérienne tracté de 35 mm. Les images diffusées par l’armée turque montrent du personnel syrien manipulant l’équipement sous supervision et assistant à des briefings techniques. Cette formation marque l’une des premières activités conjointes officiellement reconnues depuis que les deux pays ont entamé une formalisation de leur coopération militaire en août.
L’équipement utilisé pour cette formation a été développé par l’entrepreneur turc en électronique de défense Aselsan. Bien que les détails techniques soulignés par les médias spécialisés mentionnent une intégration radar et des munitions programmables, les responsables turcs ont insisté sur l’objectif principal de la formation : garantir une utilisation sûre et efficace par les équipages syriens. Le choix de ce système en phase initiale de coopération illustre la volonté d’Ankara de combler un déficit critique en matière de défense aérienne à courte portée, souvent évoqué dans les discussions sur la préparation militaire syrienne.

Cette formation en défense aérienne s’inscrit dans un ensemble plus vaste de programmes convenus à l’été 2025. Des sources turques décrivent cet accord comme incluant des engagements pour le transfert de certains systèmes d’armes, un soutien logistique et un cadre structuré d’échanges éducatifs. Selon des rapports, Ankara ouvrira ses institutions de formation aux officiers et sous-officiers syriens, avec des projets en discussion pour établir de nouvelles écoles militaires en Syrie avec l’aide turque. Le périmètre couvre à la fois les unités opérationnelles et la formation militaire, reflétant une ambition d’influencer non seulement l’utilisation des équipements mais aussi le développement institutionnel.
Sur le terrain, les forces turques dispensent déjà des formations au-delà de la défense aérienne. Des modules sur les tactiques commando, les manœuvres d’infanterie et la coopération interarmes de base ont été mentionnés dans des comptes rendus publics du cadre de coopération. Ces programmes suivraient les mêmes cursus que ceux des Forces armées turques, avec des périodes prolongées de formation en classe et d’exercices sur le terrain pour le personnel syrien. Selon les médias turcs, certains participants ont été accueillis en Turquie pour suivre des cours, tandis que d’autres reçoivent leur instruction dans des installations contrôlées près de la frontière.
La coopération inclut également le génie militaire, la logistique et le déminage. Des observateurs familiers avec le contenu de l’accord indiquent que la Turquie fournira des conseils en maintenance et soutien, y compris la formation pour l’entretien des véhicules blindés et des systèmes d’artillerie. Des modules de déminage et de neutralisation des explosifs seraient également inclus, répondant aux défis persistants dans les zones syriennes où les munitions non explosées constituent une menace pour les militaires et les civils.
Un autre aspect souligné dans les rapports est le déploiement d’équipes techniques consultatives. Ces équipes ont pour mission d’aider les structures de commandement syriennes dans la planification, l’organisation et la préparation opérationnelle. Bien que les détails restent limités, des sources indiquent que des officiers turcs ont été assignés comme consultants pour les processus d’état-major, la réorganisation des unités et l’intégration du renseignement dans la planification opérationnelle. Ces rôles consultatifs rappellent les expériences précédentes de la Turquie dans la restructuration et la formation d’unités militaires étrangères.
L’accord prévoit également une coopération pour établir ou moderniser des institutions éducatives destinées au personnel syrien. Parmi les propositions à l’étude figurent la création d’académies d’officiers et d’écoles de sous-officiers calquées sur les standards turcs. En attendant, des candidats syriens sélectionnés devraient intégrer directement les académies turques. Les analystes notent que cet élément du programme est significatif car il va au-delà de la formation tactique immédiate pour influencer le développement professionnel à long terme des troupes syriennes.

Le soutien en équipement constitue un autre volet. Bien qu’aucun gouvernement n’ait divulgué de liste précise des transferts, les médias turcs indiquent que les systèmes livrés seront accompagnés d’opérateurs et de formations si nécessaire. Cela reflète une politique délibérée d’associer la fourniture de matériel à une formation structurée, garantissant ainsi la viabilité opérationnelle des équipements. Des sources de l’industrie de défense turque décrivent cette approche comme une pratique standard pour éviter la dépendance et renforcer les capacités locales.
L’accent initial sur la défense aérienne s’inscrit dans ce cadre plus large. En commençant par un système défensif déjà utilisé par la Turquie, Ankara montre sa volonté de partager son expertise tout en comblant une vulnérabilité critique de l’armée syrienne. En intégrant cette activité dans une série plus large de réformes institutionnelles, les responsables turcs semblent présenter cette coopération comme un renforcement global des capacités plutôt que comme de simples transferts d’équipements.
Le programme reflète un partenariat structuré : formation technique pratique, instruction tactique, soutien logistique et ingénierie, développement institutionnel via l’éducation militaire et fourniture d’équipements directement liés à la formation. La présence de soldats syriens formés par des instructeurs turcs souligne la mise en œuvre concrète de l’accord et marque un approfondissement des relations de défense formelles.

Le rapprochement militaire entre la Turquie et la Syrie n’est pas passé inaperçu dans la région. Israël, qui a mené des frappes aériennes répétées en Syrie, suit de près cette coopération. Le 9 septembre 2025, des avions israéliens ont frappé des cibles à Homs, Lattaquié et Palmyre le même jour où Ankara recevait le commandant de l’armée de l’air syrienne. Le timing de l’opération a été largement interprété dans les médias régionaux comme un signal adressé à la Turquie. Des sources israéliennes affirment que les raids ont détruit des missiles et des systèmes de défense aérienne d’origine turque stationnés sur les bases visées. Le ministère turc de la Défense a démenti ces allégations, affirmant que l’attaque n’avait pas affecté les unités turques déployées en Syrie et réitérant qu’Ankara poursuivrait la formation des forces syriennes conformément à l’accord bilatéral du 13 août.
Des médias turcs ont également rapporté des allégations selon lesquelles les frappes israéliennes visaient à endommager des équipements de renseignement et de surveillance exploités par le MIT (Services de renseignement turcs), bien qu’Ankara n’ait fourni aucune confirmation. Plus tôt cette année, en mars et avril, Israël avait mené des frappes aériennes supplémentaires contre la base aérienne T4 dans le centre de la Syrie, un site décrit comme stratégiquement important car relié par route à des villes majeures comme Homs et Damas, et servant de plaque tournante pour les opérations logistiques.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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