La Turquie met fin au système douanier simplifié, alourdissant les coûts pour les achats en ligne à l’étranger
La Turquie a mis fin mardi à un système douanier simplifié permettant aux consommateurs d’importer des articles peu coûteux achetés en ligne à l’étranger avec un minimum de formalités. Ce changement devrait augmenter les prix finaux et ralentir les livraisons pour de nombreux petits achats.
Le décret présidentiel n°10813, publié au Journal officiel, supprime la disposition autorisant les colis non commerciaux arrivant par courrier ou fret express à être dédouanés via des déclarations simplifiées. Selon le ministère du Commerce, cette modification entrera en vigueur le 1er février 2026.
Le ministère du Commerce a précisé que les achats en ligne internationaux pourront toujours entrer en Turquie, mais devront désormais passer par les procédures douanières standard au lieu du système simplifié.
Dans le cadre du système simplifié, des taxes forfaitaires de 30% s’appliquaient aux marchandises en provenance de l’Union européenne et de 60% pour les autres pays. Les produits soumis à la loi sur la taxe spéciale de consommation subissaient une majoration supplémentaire de 20%, portant le droit de douane total sur certains articles hors UE jusqu’à 80%.
Cette décision met fin à un système largement utilisé par les consommateurs turcs pour commander des articles peu coûteux sur des plateformes internationales comme Temu, AliExpress et Shein. La Turquie avait déjà réduit le seuil du système simplifié de 150 à 30 euros avant de l’abolir complètement avec cette dernière modification.
Le ministère du Commerce avait déjà restreint le champ d’application des procédures simplifiées ces derniers mois. Une circulaire du 20 octobre 2025 excluait notamment les jouets, chaussures et articles en cuir du système simplifié, invoquant des taux élevés de non-conformité et des préoccupations de santé publique.
Les organisations patronales dénoncent depuis longtemps une exemption qui favoriserait selon elles des importations commerciales déguisées en achats personnels. Şekib Avdagiç, président de la Chambre de commerce d’Istanbul (ITO), avait déclaré en octobre que la Chine visait à porter ses ventes directes aux consommateurs à 35-40% de ses exportations totales d’ici 15-20 ans, représentant une menace croissante pour des pays comme la Turquie.
Face à des exportations chinoises projetées à 5-6 trillions de dollars, Avdagiç avait averti que près de 2 trillions de marchandises pourraient être vendues directement aux consommateurs mondiaux, contournant les procédures d’importation traditionnelles.
« Les achats sur des plateformes comme Temu et Shein ont dépassé les besoins personnels pour devenir commercialisés », avait-il déclaré, plaidant pour une réduction du seuil à zéro.
La politologue Evren Balta Paker estime que cette réglementation affectera disproportionnément les plateformes basées en Chine. Sur X, elle note qu’environ 90% des colis de faible valeur entrant dans l’UE proviennent de Chine, avec une proportion comparable aux États-Unis.
Elle explique que si les États-Unis ont agi pour supprimer leur exemption de minimis ciblant des plateformes comme Temu et Shein, l’UE a opté pour une approche plus graduelle en instaurant des frais douaniers fixes par colis plutôt qu’une suppression totale des exemptions.
Les détracteurs de cette mesure turque estiment que la fin du système simplifié pourrait peser sur des consommateurs déjà sous pression économique, augmentant le coût final des achats même modestes. D’autres soulignent que les importations en conteneurs bénéficient souvent de droits de douane effectifs plus bas, créant des disparités favorisant les gros importateurs au détriment des particuliers et petits vendeurs en ligne.
Dans un communiqué publié le même jour, le ministère du Commerce a précisé que cette réglementation ne constitue pas une interdiction d’importation mais met fin aux déclarations simplifiées pour les achats en ligne transfrontaliers.
Le ministère a indiqué que des tests en laboratoire sur 182 articles achetés sur des plateformes étrangères avaient révélé que 81% ne respectaient pas les normes de sécurité, certains contenant des substances toxiques ou cancérigènes. Ces résultats seraient cohérents avec des études précédentes de groupes de consommateurs européens.




