La Turquie supprime les droits de douane sur le maïs avant la récolte, provoquant la colère des agriculteurs
La Turquie a supprimé un droit de douane de 130 % sur 500 000 tonnes d’importations de maïs quelques semaines avant la récolte nationale, déclenchant la colère des agriculteurs qui dénoncent une menace pour leurs revenus déjà fragilisés.
Cette décision, publiée au Journal officiel le 14 juillet et valable jusqu’au 31 juillet, vise à stabiliser les prix alimentaires et soutenir le secteur de l’élevage. Mais les producteurs agricoles affirment qu’elle pourrait faire chuter les prix du maïs local alors qu’ils s’apprêtent à récolter début août.
« Le quota d’importation à droits nuls pour 500 000 tonnes de maïs juste avant la récolte suscite une vive inquiétude chez les cultivateurs », a déclaré Mutlu Doğru, président de l’Union des agriculteurs d’Adana, une organisation régionale du sud de la Turquie. « Nous subissons déjà la hausse des coûts des intrants et les pénuries d’eau. Qui bénéficie réellement de cette politique ? »
Doğru a également souligné que les prix des aliments pour animaux, fortement dépendants du maïs, n’ont pas baissé malgré les précédentes réductions tarifaires.
Sécheresse, coûts et concurrence : le triple défi des agriculteurs
Cette mesure intervient dans un contexte de forte pression sur l’agriculture turque. La saison 2024-2025 est marquée par l’une des pires sécheresses depuis 65 ans et des gelées dévastatrices en début d’année, ayant causé selon les autorités les plus gros dégâts agricoles en trente ans.
La production céréalière devrait reculer de 5 % au total, avec une récolte de blé estimée entre 15 et 18 millions de tonnes, et celle d’orge entre 5 et 6 millions de tonnes.
Les agriculteurs font également face à l’explosion des coûts des engrais, semences et systèmes d’irrigation. Ils réclament que l’Office des céréales d’État (TMO) annonce des prix d’achat garantis pour les protéger des fluctuations du marché.
Quatrième quota d’importation de maïs en un an
C’est la quatrième fois en moins d’un an que le gouvernement autorise des quotas pour favoriser les importations de maïs, principalement depuis la Russie et l’Ukraine. Ces mesures ont permis l’importation d’environ 3,5 millions de tonnes sur les dix derniers mois.
Si le ministère de l’Agriculture justifie cette politique par la nécessité de contenir l’inflation alimentaire et d’assurer l’approvisionnement en aliments pour bétail, les critiques estiment qu’elle profite surtout aux grands groupes agroalimentaires et aux transformateurs internationaux.
« Les principaux bénéficiaires ne sont ni les consommateurs ni les petits exploitants », analyse Ali Ekber Yıldırım, spécialiste du secteur. « Ce sont les industries d’aliments animaux et d’amidon, y compris des multinationales comme Cargill », a-t-il précisé, faisant référence au géant américain de l’agroalimentaire.
Le maïs est essentiel pour les aliments du bétail et le sirop de glucose-fructose, largement utilisé dans les produits transformés. Malgré un taux d’autosuffisance élevé (entre 88 % et 96,5 % ces dernières années selon l’Institut statistique turc), la Turquie enregistre un déficit commercial agricole important. Rien qu’en 2024, les importations de maïs ont dépassé 862 millions de dollars.
Une dépendance aux importations qui s’aggrave
Le député d’opposition Ayhan Barut (CHP) a qualifié cette baisse tarifaire de « coup dur » pour les agriculteurs de Çukurova, l’un des greniers du pays.
« Le gouvernement abandonne ses propres producteurs au pire moment », a-t-il déclaré, mettant en garde contre une aggravation de la dépendance aux importations agricoles.
Les analystes estiment que sans stratégies à long terme pour renforcer la résilience climatique, maîtriser les coûts et développer les capacités locales, le secteur agricole turc restera vulnérable aux chocs mondiaux et environnementaux.
« Sans réformes structurelles, les solutions court-termistes comme les baisses de droits de douane ne feront qu’aggraver la crise pour les producteurs locaux », conclut Yıldırım.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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