La Turquie vise 2032 pour l’intégration d’un moteur national dans le chasseur KAAN
Turkish Aerospace Industries (TAI) prévoit d’intégrer un moteur à réaction développé localement dans son avion de chasse de cinquième génération KAAN d’ici 2032, une étape majeure dans la quête d’autosuffisance défensive de la Turquie.
Dans son magazine interne Gökvatan de juillet, TAI a annoncé que les premiers tests au sol du turboréacteur TF-35000, spécialement conçu pour le KAAN, débuteront en 2026. L’intégration du moteur à l’avion est prévue pour 2032.
Ce programme marque un virage stratégique : l’abandon des moteurs F110 de General Electric (utilisés pour les premières versions du KAAN) au profit d’un système de propulsion entièrement national. En cas de succès, la Turquie rejoindrait ainsi les États-Unis, la Chine et la Russie parmi les rares nations dotées d’un chasseur de 5e génération propulsé par un moteur domestique.
Un calendrier ambitieux, des étapes clés
Lors du Salon du Bourget en juin, Mehmet Demiroğlu, directeur général de TAI, a indiqué que la phase de conception conceptuelle du TF-35000 touchait à sa fin, avec des premiers prototypes attendus fin 2025. Les tests au sol sont programmés pour 2026, les essais hybrides pour 2029 et l’intégration finale sur les avions de série en 2032.
Le TF-35000 est développé par TUSAŞ Engine Industries (TEI), une entreprise publique. Son PDG Mahmut Akşit a confirmé une poussée de 35 000 livres (158 kN), classant ce moteur parmi les plus puissants de sa catégorie. Il permettrait également au KAAN d’atteindre le « super cruise » (vol supersonique sans postcombustion).
Selon TEI, le moteur intègre des superalliages résistants aux hautes températures, des technologies avancées de refroidissement et de revêtement, ainsi qu’une optimisation de la consommation. Ces innovations visent à augmenter l’autonomie et réduire la signature infrarouge – un impératif pour les missions furtives.
Une étape intermédiaire consistera à construire un prototype hybride du KAAN, équipé d’un TF-35000 et d’un F110. Si les essais en vol sont concluants, la production en série avec le moteur national débutera en 2032.
Parallèles historiques et risques
Ce calendrier rappelle celui d’autres programmes de 5e génération. Par exemple, le F119 de Pratt & Whitney (équipant le F-22 Raptor américain) a nécessité 14 ans de développement entre sa conception (1983) et son premier vol (1997).
Le TF-35000, dont le développement a débuté au début des années 2020, suivrait ainsi une courbe similaire de 10 à 12 ans. Mais comme le souligne Akşit, l’intégration des composants d’un turboréacteur moderne reste extrêmement complexe. Retards possibles : approvisionnement en matériaux, prolongation des tests, ou blocages réglementaires. Un simple défaut de conception des ailettes ou de stabilité thermique peut entraîner des années de retard.
Capacités stratégiques et avancées technologiques
Les chasseurs de 5e génération se définissent par leur furtivité, soutes à armement internes, capacité de super cruise, radar AESA avancé et fusion de capteurs. Les systèmes de propulsion doivent donc allier puissance, faible signature radar/infrarouge et modularité.
La Turquie a progressé sur plusieurs technologies clés. En collaboration avec le TÜBİTAK, elle a produit en 2017 ses premières aubes de turbine en superalliage monocristallin, suivies de disques compresseurs en titane (2018). Le pays dispose désormais de laboratoires et fonderies spécialisés – essentiels pour les pièces résistant aux hautes températures.
Cependant, les informations publiques restent limitées concernant l’autosuffisance en revêtements furtifs et matériaux composites.
Avec 35 000 livres de poussée et une configuration bimoteur, le KAAN devrait bénéficier d’un excellent rapport poussée/poids et d’une signature infrarouge réduite. Restent à valider en vol : géométrie furtive des tuyères, facilité de maintenance et fiabilité opérationnelle.
La feuille de route de TAI demeure ambitieuse. Si les récentes avancées techniques sont prometteuses, le succès dépendra aussi de facteurs externes : chaînes d’approvisionnement, restrictions technologiques et contexte géopolitique.
Si le calendrier est respecté, le TF-35000 entamera ses tests au sol en 2026 avant de propulser le KAAN en version 100% turque dès 2032.




