L’autorité des médias turcs frappe les réseaux pro-opposition avec des interdictions de diffusion et des amendes
Le régulateur des médias turcs a imposé des interdictions de diffusion et des amendes à trois chaînes de télévision affiliées à l’opposition, alimentant les inquiétudes sur la liberté de la presse dans un contexte de répression accrue après l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu.
Le Conseil Supérieur de la Radio et de la Télévision (RTÜK) a annoncé mercredi avoir infligé une interdiction de diffusion de 10 jours et une amende équivalant à 3% des revenus du mois précédent à Halk TV, accusée d’avoir incité à la haine et à l’hostilité parmi le public.
Tele 1 et SZC TV ont également été sanctionnées et se voient interdire temporairement toute diffusion, a déclaré Tuncay Keser, membre du conseil du RTÜK.
« Halk TV sera réduite au silence pendant 10 jours », a écrit Keser sur les réseaux sociaux. « Le motif invoqué est l’incitation à la haine et à l’inimitié. Avec cette dernière sanction, Halk TV — tout comme SZC TV — risque désormais le retrait de sa licence. »
Keser, qui a voté contre ces sanctions, les a qualifiées de « coup porté à la liberté de la presse » et a averti que la Turquie glissait vers un « média unanime » sous couvert de promotion de valeurs « locales et nationales ».
Cette décision intervient dans un contexte de tensions persistantes depuis l’arrestation d’İmamoğlu le 23 mars, qui a provoqué d’importantes manifestations et des rassemblements hebdomadaires du Parti Républicain du Peuple (CHP). Les critiques dénoncent des sanctions visant délibérément les médias ayant couvert ces mobilisations et amplifié les voix critiques.
Cafer Mahiroğlu, président de Halk TV, a condamné cette décision et accusé le gouvernement d’instrumentaliser le RTÜK pour étouffer le journalisme indépendant.
« Le RTÜK a tranché : ‘Je ne laisserai pas Halk TV diffuser’ », a déclaré Mahiroğlu. « Ils veulent un paysage médiatique à une seule voix, sous un seul pouvoir. Ils feignent d’oublier que la Turquie reste, du moins sur le papier, un État de droit. »
Mahiroğlu a également révélé que Halk TV attend depuis plus de trois mois une réponse du RTÜK concernant le renouvellement de sa licence, pourtant déposé et payé en mars. Il soupçonne un blocage politique.
« Pourquoi cette procédure normale traîne-t-elle autant ? Cherchent-ils un prétexte pour nous refuser la licence ? Rien ne reste caché éternellement », s’est-il interrogé.
Les sanctions du RTÜK s’appuient sur l’article 8/1(b) de la Loi sur les médias audiovisuels, interdisant l’incitation à la haine fondée sur la classe, l’ethnie, la religion, la secte ou des divisions régionales. En cas de nouvelle violation après la suspension, la licence de Halk TV pourrait être définitivement révoquée.
Keser a dénoncé une procédure arbitraire aux conséquences bien plus larges :
« Ce ne sont pas seulement des écrans qu’on éteint. C’est la démocratie elle-même, le droit du public à l’information et le pluralisme médiatique qui sont en jeu. »
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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