Le chef du CHP promet des mesures face aux allégations de corruption dans une municipalité du sud
Özgür Özel, le leader de la principale opposition turque, a dénoncé des allégations de corruption au sein de la municipalité de Manavgat, dirigée par le Parti républicain du peuple (CHP) dans le sud de la Turquie, promettant des comptes si les malversations sont confirmées, dans le cadre d’une enquête élargie ayant conduit à l’arrestation de 41 personnes.
Özel a évoqué l’affaire lors d’une interview en direct sur Halk TV lundi soir, réagissant à la diffusion d’une vidéo montrant apparemment le maire adjoint de Manavgat, Mehmet Engin Tüter, acceptant un pot-de-vin de 110 000 euros dissimulé dans une boîte de pâtisseries.
« Si ces images sont authentiques, qu’Allah le punisse mille fois », a déclaré Özel. « Il n’y a pas de pardon pour quelqu’un qui compromettrait l’avenir de ce parti. Si les allégations sont avérées, nous couperons tout lien avec cette personne sans hésitation. »
Özel a ajouté que des inspecteurs du CHP avaient été dépêchés sur place et que les premières conclusions internes étaient « peu rassurantes ». Il a affirmé que le CHP s’imposait les mêmes exigences qu’il impose aux autres. « Aucun compromis n’est acceptable sur la transparence ou l’éthique », a-t-il insisté.
Ses déclarations interviennent dans le cadre d’une vaste enquête sur des soupçons de corruption, d’abus de fonction et de détournement de fonds au sein de la municipalité de Manavgat, située dans la province méridionale d’Antalya. L’enquête, menée par le parquet de Manavgat, repose sur des accusations selon lesquelles des responsables municipaux exigeaient des paiements illégaux pour des permis de construire et autres autorisations d’urbanisme.
C’est la première fois qu’Özel reconnaît publiquement la possibilité de corruption dans une municipalité dirigée par le CHP. Jusqu’à présent, il décrivait les vagues d’enquêtes et d’arrestations visant des élus de l’opposition comme politiquement motivées, faisant partie selon lui d’une tentative du gouvernement d’affaiblir l’élan grandissant du CHP avant de possibles élections anticipées.
Mardi, sept personnes supplémentaires ont été arrêtées dans le cadre de cette affaire, portant le nombre total de détenus à 41. L’enquête à Manavgat a débuté vendredi dernier avec l’interpellation de 34 personnes, dont le maire Niyazi Nefi Kara et plusieurs adjoints. Un tribunal local a depuis ordonné l’incarcération de six suspects, dont un conseiller municipal et plusieurs hommes d’affaires.
Le maire Kara, toujours en détention, a été déféré devant un tribunal lundi avec 24 autres suspects après quatre jours de garde à vue. Son sort, comme celui des autres interpellés, est désormais entre les mains de la justice.
Kara, ancien député du CHP pour Antalya pendant deux mandats, avait été élu maire de Manavgat lors des élections locales du 31 mars dernier avec 44,94 % des voix.
Cette enquête s’inscrit dans un contexte plus large de surveillance accrue des municipalités dirigées par l’opposition en Turquie et de tensions politiques croissantes entre le gouvernement et le principal parti d’opposition, qui ont culminé avec l’arrestation en mars du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu.
İmamoğlu, candidat du CHP à la prochaine élection présidentielle, est considéré comme le principal rival politique du président Recep Tayyip Erdoğan. Son arrestation a provoqué d’importantes manifestations, les plus massives depuis 2013.
Malgré ce contexte, Özel a affirmé qu’aucun responsable reconnu coupable de corruption ne serait protégé par le parti. « Nous ne tolérerons pas les actes qui compromettent la confiance publique », a-t-il martelé.
Le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) affirme que les arrestations visant les maires et responsables du CHP reposent sur des bases légales, tandis que des critiques accusent Erdoğan d’utiliser la justice pour museler toute dissidence.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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