Le diplôme universitaire du ministre turc des Affaires étrangères sous examen après des accusations d’irrégularités
Les diplômes universitaires du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan sont remis en question après qu’un député du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a signalé des irrégularités.
Alors qu’il servait dans l’armée turque lors d’une mission de l’OTAN à l’étranger, Fidan a obtenu en 1997 une licence en Sciences politiques et administratives de ce qui s’appelait alors l’University of Maryland University College, après y avoir commencé ses études en 1994.
Bien qu’un diplôme de premier cycle standard en Turquie dure quatre ans, le Conseil de l’enseignement supérieur (YÖK) lui a délivré en janvier 1998 une attestation d’équivalence, reconnaissant son diplôme comme équivalent à une licence turque en science politique.
Namık Tan, vice-président du CHP et ancien ambassadeur, a déposé en août une question parlementaire mettant en doute la légitimité du diplôme universitaire de Fidan, affirmant que ce dernier avait pu commencer ses études de master à l’université de Bilkent (Ankara) en 1997 sans avoir obtenu l’équivalence YÖK pour sa licence.
YÖK’ten HAKAN FİDAN İTİRAFI 👇👇👇
“3 yıllık Lisans, denklik almadan Yüksek Lisansa kabul!”
Kuşkularımızda ne yazık ki haklıymışız. Resmi kayıtlar gösteriyor ki Hakan Fidan, yalnızca 3 yıllık uzaktan ve hatta açık öğretim veren bir lisans programını tamamlamış ve YÖK denkliği… https://t.co/wyRBxdZUSG pic.twitter.com/ZISxueuhxs
— Namık Tan (@NamikTan) November 2, 2025
Dimanche, Tan a partagé sur X la réponse du YÖK à sa question, déclarant qu’elle confirmait ses doutes.
« Malheureusement, nos soupçons étaient fondés. Les documents officiels montrent que Hakan Fidan n’a suivi qu’un programme de licence en trois ans par correspondance et a commencé son master à l’université de Bilkent sans avoir obtenu l’équivalence YÖK », a-t-il tweeté.
Le YÖK, dans sa réponse écrite, a confirmé que Fidan avait terminé ses études de premier cycle entre 1994 et 1997 et obtenu une attestation d’équivalence en 1998. Il a également noté qu’il avait obtenu un master à l’université de Bilkent, où il a étudié entre 1997 et 1999, et un doctorat en relations internationales en 2006.
Tan s’est interrogé sur la manière dont un programme de trois ans pouvait être considéré comme équivalent à une licence de quatre ans selon les normes turques, et pourquoi les études de master de Fidan à Bilkent semblaient avoir commencé avant la reconnaissance officielle de son diplôme.
« Quel règlement, quel privilège pourrait permettre cela ? », a demandé Tan, accusant le gouvernement de saper le mérite et la transparence.
Il a également appelé Fidan à publier ses relevés de notes et autres documents académiques, décrivant cette affaire comme un test d’intégrité institutionnelle plutôt qu’une controverse personnelle.
« Il ne s’agit pas d’un débat biographique mais d’une question de confiance publique et d’État de droit », a déclaré Tan.
Âgé de 57 ans, Fidan a commencé sa carrière dans les forces armées turques avant d’obtenir son diplôme en sciences politiques via la division européenne de l’University of Maryland. Après ses études supérieures à Bilkent, il a travaillé à l’Agence turque de coopération et de développement international (TİKA), dont il a finalement été président.
Fidan est devenu l’un des plus proches alliés du président Recep Tayyip Erdoğan après avoir rejoint le cabinet du Premier ministre dans les années 2000. Il a dirigé les services de renseignement turcs (MİT) de 2010 à 2023, jouant un rôle clé dans la politique étrangère et de sécurité d’Ankara avant d’être nommé ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement d’Erdoğan après les élections de 2023.
Considéré comme l’une des figures les plus influentes de l’entourage d’Erdoğan, Fidan est également perçu par les observateurs politiques comme un possible successeur du président turc.
Controverses passées sur les diplômes universitaires
Cette nouvelle controverse survient dans un contexte de polémiques récurrentes sur les parcours académiques d’autres dirigeants politiques turcs.
Erdoğan est lui-même au centre d’une controverse concernant son diplôme universitaire. Un débat persiste en Turquie depuis son élection en 2014 quant à l’obtention effective de son diplôme, la présidence n’ayant fourni aucun document probant.
Malgré plusieurs demandes pour qu’Erdoğan produise une copie originale de sa licence attestant de son éligibilité à la présidence, aucune preuve tangible n’a été fournie.
De même, le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, principal rival politique d’Erdoğan condamné en mars dans une affaire qualifiée par beaucoup de politiquement motivée, a vu son diplôme obtenu à la faculté d’administration des affaires de l’université d’Istanbul annulé cette année.
L’université a invalidé en mars le diplôme d’İmamoğlu, invoquant des irrégularités dans son transfert en 1990 depuis une université privée de Chypre du Nord. Cette annulation, perçue comme une manœuvre pour empêcher İmamoğlu de se présenter à la présidentielle, a provoqué des manifestations violemment réprimées.
Un diplôme universitaire étant une condition légale pour les candidats à la présidence en Turquie, cette affaire est cruciale pour la candidature d’İmamoğlu, désigné par le CHP peu après son arrestation.
La controverse sur les diplômes de Fidan pourrait compromettre ses chances de succéder à Erdoğan si son diplôme venait à être invalidé, comme dans le cas d’İmamoğlu.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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