Le gendre d’Erdoğan reste le plus gros contribuable de Turquie pour la troisième année consécutive
Selçuk Bayraktar, PDG du fabricant de drones Baykar et gendre du président turc Recep Tayyip Erdoğan, a payé 2,76 milliards de livres turques (84 millions de dollars) d’impôt sur le revenu en 2024, selon le classement annuel de l’Administration fiscale turque publié mercredi. Il conserve ainsi la première place parmi les 100 plus gros contribuables pour la troisième année consécutive.
Son frère Haluk Bayraktar, directeur général de Baykar, arrive en deuxième position avec 2,53 milliards de livres (77 millions de dollars). Le montant des impôts payés par les frères Bayraktar a été multiplié par 18 depuis 2021, selon l’administration fiscale.
Ce classement 2024 confirme à nouveau la puissance financière de Baykar, dont 90% du chiffre d’affaires provient des exportations. Avec 1,8 milliard de dollars de ventes déclarées en 2024, l’entreprise figure parmi les 10 premiers exportateurs de Turquie.
Le drone de combat TB2, fleuron de Baykar, a cumulé plus d’un million d’heures de vol, et la société travaille sur un projet de chasseur sans pilote, selon des rapports sectoriels.
Les contributions fiscales des frères Bayraktar ont connu une croissance rapide : en 2023, Selçuk avait payé 1,95 milliard de livres et Haluk 1,68 milliard. Un an plus tard, leurs versements combinés dépassent 5 milliards de livres.
Selçuk Bayraktar est l’une des figures les plus en vue de l’industrie turque des drones en plein essor. Son statut de principal contribuable et de proche parent du président suscite des interrogations, d’autant que les drones Baykar sont régulièrement mis en avant lors de visites d’État.
Certains analystes estiment que ces importants paiements d’impôts permettent au parti au pouvoir de contrer les critiques sur les privilèges accordés aux entreprises proches du pouvoir.
L’anonymat privilégié par de nombreux contribuables
Si l’Administration fiscale a publié le classement des principaux contribuables, 79 des 100 plus hauts revenus ont refusé de révéler leur identité.
Les observateurs notent une augmentation des contribuables anonymes, reflétant un climat où les chefs d’entreprise craignent d’attirer l’attention des employés, syndicats ou groupes politiques. Certains redoutent que leurs revenus ne soient utilisés contre eux dans des négociations salariales ou fassent l’objet de demandes de fonds.
Ali Babacan, dirigeant du parti d’opposition Démocratie et Progrès et ancien ministre de l’Économie, affirmait l’an dernier que certains contribuables évitaient la publicité par crainte de harcèlement ou de saisies d’actifs par des responsables du parti au pouvoir. Il accusait des figures de l’AKP de faire pression sur les entrepreneurs en leur réclamant une « part » de leur richesse.
Cette réticence se retrouve aussi chez les entreprises : seules les banques ont majoritairement accepté d’être nommées. La banque privée Garanti arrive en tête avec 25,29 milliards de livres d’impôts, devant la publique Ziraat Bank (20,84 milliards) et la banque participative Kuveyt Türk (12,07 milliards).
Autres noms du classement
Le troisième contribuable individuel est resté anonyme.
Mustafa Rahmi Koç, président d’honneur de Koç Holding, arrive en quatrième position avec 757,75 millions de livres (23 millions de dollars).
Les places 5 à 9 sont également anonymes.
Erman Ilıcak, président d’honneur du géant du BTP Rönesans Holding, clôt le top 10 avec 372,7 millions de livres (11,3 millions de dollars).
En 2023, la famille Koç comptait plusieurs membres dans le classement : Rahmi Koç était 3e avec 480 millions de livres, tandis que l’administratrice İpek Kıraç et le président Ömer Koç se classaient 5e et 7e.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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