Le ministre israélien des Affaires de la Diaspora, Amichai Chikli, a appelé jeudi à la fermeture immédiate du consulat général de Turquie à Jérusalem-Est occupée, approuvant une étude qui présente le soutien turc aux institutions palestiniennes comme une campagne progressive visant à prendre le contrôle de la ville.
L’étude, intitulée « Le plan turc en plusieurs phases pour conquérir Jérusalem : ambitions néo-ottomanes et doctrine des Frères musulmans », a été publiée par le Jerusalem Center for Applied Policy (JCAP).
Elle accuse le président turc Recep Tayyip Erdogan de chercher à étendre son influence par le biais de missions diplomatiques, de programmes d’aide, d’organisations religieuses, de diplomatie publique et de contacts avec le Hamas. Le rapport utilise le langage de la « conquête » pour décrire ces activités, bien que le document turc sur lequel repose une grande partie de son analyse ne décrive pas une campagne militaire, selon le site d’information israélien Ynet.
L’étude a été rendue publique lundi au nouveau siège du JCAP lors d’un événement en présence de Chikli, de diplomates et de responsables de Jérusalem. Chikli a déclaré aux participants qu’Israël devrait se préparer à une éventuelle confrontation militaire avec la Turquie et a qualifié Erdogan d’ennemi des États-Unis, de l’OTAN et de la civilisation occidentale, a rapporté le Jewish News Syndicate.
Le JCAP a fondé ses conclusions en partie sur « Notre cause palestinienne », un ouvrage d’environ 760 pages publié par la présidence turque en 2024. Le livre présente le récit d’Ankara sur l’assaut israélien contre Gaza et décrit l’aide humanitaire turque, les appels à des actions juridiques internationales, le soutien à un État palestinien et une proposition de garantie par plusieurs pays d’un accord israélo-palestinien.
Le JCAP interprète ces politiques comme une tentative de sécuriser un rôle turc à Gaza et à Jérusalem. Il affirme également que les programmes d’aide et de société civile turcs promeuvent le Hamas et les Frères musulmans.
Le centre plaide ouvertement pour un contrôle israélien sur l’ensemble de la ville. Son site web décrit le consulat turc comme un « cheval de Troie diplomatique ».
Le consulat se trouve à Sheikh Jarrah, un quartier palestinien de Jérusalem-Est occupée. Sa juridiction couvre Jérusalem, la Cisjordanie et Gaza, et le consul général sert d’ambassadeur de Turquie auprès de la Palestine, selon la description officielle de la mission.
Israël a occupé Jérusalem-Est en 1967 et l’a ensuite annexée, une mesure que l’ONU et la plupart des gouvernements ne reconnaissent pas. La Turquie soutient un État palestinien fondé sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, selon le ministère turc des Affaires étrangères.
Ankara entretient des contacts politiques avec le Hamas et ne le qualifie pas d’organisation terroriste. Erdogan a décrit le groupe comme un mouvement de résistance palestinien, tandis que des responsables turcs ont participé à des négociations impliquant le Hamas, Israël, le Qatar et les États-Unis.
Les politiques turques ont également été critiquées par des défenseurs des droits des Palestiniens. Un rapport de l’ONU de la rapporteuse spéciale Francesca Albanese a inclus la Turquie parmi 63 pays dont les actions ou omissions ont contribué à perpétuer le génocide israélien à Gaza.
Le rapport, « Génocide à Gaza : un crime collectif », a cité les ports turcs dans les chaînes d’approvisionnement au service d’Israël et des preuves que certains échanges se sont poursuivis par intermédiaires après qu’Ankara a annoncé un embargo commercial en mai 2024. Il a également reproché à la Turquie et à d’autres gouvernements régionaux de soutenir des initiatives diplomatiques qui n’ont pas réussi à garantir l’autodétermination palestinienne et la responsabilité pour les crimes israéliens.