Le président d’une association culturelle basée en Allemagne interdit d’entrée en Turquie pour assister aux funérailles de son père
Le directeur d’une association culturelle basée en Allemagne et dédiée à l’histoire kurde et alévie affirme s’être vu refuser l’entrée en Turquie et expulsé après 11 heures de rétention à l’aéroport d’Istanbul, l’empêchant d’assister aux obsèques de son père, rapporte l’édition turque de Deutsche Welle.
Ahmet Canpolat, président du Centre culturel et historique de Dersim à Bochum, a déclaré à DW Turc qu’il avait été retenu au contrôle des passeports de l’aéroport Sabiha Gökçen d’Istanbul vendredi dernier alors qu’il voyageait avec sa famille vers la province orientale d’Erzincan pour l’enterrement.
La plupart des expatriés turcs préfèrent être inhumés en Turquie après leur décès.
Il a indiqué que les autorités turques n’ont fourni aucune justification à ce refoulement ni aucun document officiel avant son renvoi vers Francfort.
« J’ai été détenu comme un criminel pendant 11 heures avant d’être contraint d’embarquer sous escorte policière », a témoigné Canpolat, précisant que les policiers l’ont empêché de transmettre documents funéraires ou argent à sa famille à Erzincan.
Le père de Canpolat, Hüseyin Canpolat, émigré en Allemagne dans les années 1960, est décédé la semaine dernière à l’âge de 91 ans à Darmstadt. Son fils a confirmé que les funérailles se sont déroulées en son absence.
« Il est inhumain d’être traité ainsi dans une situation profondément humaine et morale, sans la moindre justification », a-t-il déploré.
Dans un communiqué publié samedi, le Centre culturel et historique de Dersim a qualifié cette décision de « manifestement politique », la liant aux recherches de Canpolat sur le massacre de Dersim en 1937-38, une campagne militaire ayant causé la mort de milliers d’Alévis kurdes.
Selon l’Université de la Ruhr à Bochum, partenaire de l’association pour des projets de documentation historique, le Centre a réalisé depuis 2010 plus de 400 interviews vidéo de survivants et témoins des massacres — majoritairement en langues kırmancki et zazaki. Soutenu par le commissaire allemand à la culture et aux médias, ce projet en cours vise à transcrire, traduire et publier progressivement une centaine de ces témoignages, constituant ainsi un fonds pour la recherche future et des initiatives éducatives.
L’association a précisé que Canpolat s’était rendu à Tunceli (nouveau nom de Dersim) début 2023 avec une délégation d’universitaires, journalistes et défenseurs des droits humains pour documenter les lieux des massacres. Elle souligne que le Centre constitue actuellement en Allemagne une archive pour préserver la mémoire et l’étude historique de ces événements.
Pressemitteilung
Dersim Kultur- und Geschichtszentrum e. V.
Vorsitzender Ahmet Canpolat an der Einreise in die Türkei gehindertBochum den, 11. Oktober 2025
Der Vorsitzende des Dersim Kultur- und Geschichtszentrums e. V. und in Deutschland gewerkschaftlich engagierte Ahmet… pic.twitter.com/uH20Ck2kBE
— Deniz Karakaş (@denizkarakas62) October 11, 2025
« Ces activités académiques et culturelles expliquent probablement le refoulement de M. Canpolat », a estimé l’organisation. « Nous condamnons fermement cet acte politique, nouvelle tentative d’étouffer la recherche historique critique, la mémoire culturelle et la liberté d’expression. »
L’association a appelé la communauté internationale à dénoncer cette mesure et exhorté le gouvernement allemand à interpeller Ankara, qualifiant l’incident de violation des droits humains fondamentaux, notamment la liberté de circulation.
Les autorités turques n’ont pas commenté l’affaire.
Depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016, de nombreux expatriés turcs ont été interpellés ou arrêtés à leur arrivée en Turquie en raison de publications critiques envers le président Recep Tayyip Erdoğan ou son gouvernement.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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