Le renseignement berlinois affirme que les services secrets turcs ciblent le mouvement Gülen
Les points importants
- Espionnage avéré : Le rapport du renseignement berlinois confirme que le MIT turque cible les sympathisants du mouvement Gülen via la diaspora pro-gouvernementale en Allemagne.
- Méthodes opaques : Les services turcs utilisent les représentations diplomatiques et un formulaire en ligne pour recueillir des informations, exploitables lors de contrôles aux frontières.
- Répression transnationale : Cette enquête s’inscrit dans un schéma plus large de surveillance, d’enlèvements et de pressions exercées par Ankara contre les opposants présumés, notamment les personnes liées au mouvement Gülen.
Les services de renseignement intérieur de Berlin affirment que les services secrets turcs sont actifs dans la capitale allemande et sollicitent des informations auprès de membres de la diaspora turque favorables au gouvernement sur les partisans du mouvement Gülen.
Cette conclusion, publiée dans le rapport annuel 2025 de l’agence, confère un poids officiel aux craintes de longue date des dissidents turcs en Allemagne, selon lesquelles la surveillance par Ankara de ses critiques s’étend au-delà des frontières turques et au sein de l’une des plus grandes communautés de la diaspora turque en Europe.
Le rapport de l’Office berlinois pour la protection de la Constitution indique que l’Organisation nationale de renseignement turque (MIT) opère à Berlin en partie par l’intermédiaire des représentations officielles turques, notamment les ambassades et les consulats.
Le MIT est un élément central de l’appareil sécuritaire turc, dispose de larges pouvoirs exécutifs et coercitifs et est subordonné au président turc, selon le rapport.
Les cibles du MIT incluent les « opposants au système », tels que les partisans du mouvement Gülen, de nature confessionnelle, d’après le rapport.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les adeptes du mouvement Gülen, inspiré par le défunt prédicateur musulman Fethullah Gülen, depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 qui l’ont impliqué, lui ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle rapproché. Il a qualifié ces enquêtes de complot de sympathisants du mouvement Gülen et a désigné le mouvement comme une « Organisation terroriste » en mai 2016, intensifiant une vaste répression après une tentative de coup d’État en juillet de la même année qu’il a accusé Gülen d’avoir orchestrée. Le mouvement nie toute implication dans la tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.
L’agence de renseignement berlinoise a déclaré que le MIT sollicite activement l’aide de citoyens turcs et de personnes d’origine turque qui soutiennent l’État et le gouvernement turcs. Elle a précisé que le site web du MIT comprend un formulaire de contact permettant aux personnes de soumettre des informations sous promesse de confidentialité.
L’agence a indiqué que ce canal peut être utilisé pour signaler des personnes et des organisations considérées comme des ennemis par la direction turque. De tels signalements peuvent par la suite conduire à des actions contre des personnes lors des contrôles de passeport à leur entrée ou sortie de Turquie, y compris d’éventuelles accusations de propagande terroriste, précise le rapport.
Le rapport berlinois n’a pas nommé de personnes spécifiques prétendument ciblées par le MIT dans la ville.
Le chef du renseignement berlinois, Michael Fischer, a déclaré dans le rapport que les principaux acteurs étrangers du renseignement dans la ville sont la Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie. Leurs méthodes incluent l’espionnage classique, les cyberattaques, les campagnes de désinformation et le sabotage, a-t-il précisé.
Berlin, en tant que capitale allemande et centre politique, économique et scientifique majeur, reste une cible pour les services de renseignement étrangers, indique le rapport.
Ce rapport intervient dans un contexte européen plus large d’allégations selon lesquelles la Turquie a surveillé, fait pression ou cherché le retour à l’étranger de personnes liées au mouvement Gülen depuis le coup d’État manqué.
En 2017, les procureurs allemands ont ouvert des enquêtes sur des activités présumées de renseignement turc ciblant des présumés partisans du mouvement Gülen en Allemagne. Les médias allemands et internationaux ont rapporté que la police avait perquisitionné les domiciles de prédicateurs musulmans turcs soupçonnés d’espionner des personnes liées au mouvement, tandis que l’Allemagne avait également rejeté une demande turque de collecte de renseignements sur les partisans du mouvement Gülen.
La même année, les procureurs fédéraux suisses ont ouvert une enquête pénale pour suspicion d’espionnage étranger au sein de la communauté turque en Suisse, suite à des allégations selon lesquelles des acteurs liés à la Turquie auraient surveillé des critiques du gouvernement, y compris des personnes associées au mouvement Gülen.
En mars 2018, six ressortissants turcs liés à des écoles affiliées au mouvement Gülen ont été arrêtés au Kosovo et envoyés en Turquie. Le Premier ministre kosovar de l’époque, Ramush Haradinaj, a déclaré ne pas avoir été informé de l’opération et a ensuite limogé son ministre de l’Intérieur et le chef des renseignements à la suite de ces expulsions.
En septembre 2018, plusieurs enseignants turcs travaillant dans des écoles liées au mouvement Gülen en Moldavie ont été appréhendés par les autorités moldaves et transférés en Turquie. La Cour européenne des droits de l’homme a par la suite conclu que la Moldavie avait violé leurs droits, estimant que le transfert avait contourné les garanties légales.
Freedom House, dans un rapport sur la répression transnationale, a déclaré que la campagne menée par la Turquie après 2016 contre les opposants présumés à l’étranger a inclus des enlèvements, des expulsions illégales, des annulations de passeports, de la surveillance, du harcèlement et des pressions sur les proches. L’organisation a indiqué que cette campagne a particulièrement ciblé les personnes accusées par Ankara de liens avec le mouvement Gülen.
Cet article est republié du Stockholm Center for Freedom.




