Les Émirats arabes unis et la Turquie s’accordent pour protéger les données dans des projets de défense secrets
Levent Kenez/Stockholm
La Turquie et les Émirats arabes unis (EAU) ont signé un accord bilatéral pour protéger les informations classifiées dans le cadre de leur coopération industrielle de défense, ouvrant la voie à des projets militaires conjoints plus étroits.
L’accord, intitulé officiellement « Accord sur la protection mutuelle des informations classifiées dans le domaine de l’industrie de défense », définit les procédures de sécurisation des informations sensibles échangées ou générées via des projets de défense communs. Il couvre des aspects tels que le contrôle d’accès, la transmission, la destruction et la protection des documents et matériels liés à la défense. Ce texte s’inscrit dans la lignée des accords similaires que la Turquie a récemment conclus avec d’autres pays acheteurs de ses drones militaires.
L’accord a été finalisé à Ankara le 16 juillet par le ministre turc de la Défense Yaşar Güler et le ministre émirati des Affaires de défense Mohammed bin Mubarak Al Mazrouei, lors de la visite en Turquie du président émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyane.

Le texte établit des définitions et classifications communes pour les informations sensibles, avec quatre niveaux standard — top secret, secret, confidentiel et restreint — et une reconnaissance mutuelle des équivalents nationaux. Il fixe également des règles détaillées pour le traitement des documents, l’habilitation du personnel et l’exécution de contrats industriels impliquant des contenus sensibles.
Les deux parties s’engagent à garantir que les informations classifiées ne seront pas divulguées à des tiers non autorisés et seront utilisées strictement dans le cadre des objectifs convenus. Les sous-traitants participant à des projets classifiés doivent satisfaire aux critères de sécurité définis par les autorités nationales de chaque pays.
L’accord prévoit la reconnaissance mutuelle des habilitations de sécurité des installations et du personnel. Tout accès à des informations classifiées nécessite une vérification préalable par les autorités compétentes.
Les échanges d’informations passeront par des canaux diplomatiques ou des attachés militaires, avec des protocoles spécifiques pour les transmissions urgentes. La reproduction ou traduction de documents classés « confidentiels » ou supérieurs requiert une autorisation écrite préalable. La destruction des matériels sensibles doit empêcher toute reconstitution.
Ce cadre juridique garantit que la coopération de défense entre les deux pays repose sur des protections réciproques, conformément à leurs législations nationales. Il couvre la R&D, les achats de défense et les co-productions.

Cette signature intervient dans un contexte d’amélioration rapide des relations entre Ankara et Abou Dabi. Les tensions diplomatiques, vives depuis une décennie en raison des rivalités régionales et des positions opposées en Libye ou en Égypte, avaient atteint un point bas après la tentative de coup d’État de 2016 en Turquie, Ankara accusant alors les EAU de soutenir des groupes anti-gouvernementaux. Le rapprochement s’est amorcé fin 2021, avec des visites de haut niveau et une coopération économique croissante.
L’isolement du président Erdoğan dans le monde musulman a joué un rôle clé dans cette normalisation. L’image dégradée de la Turquie, en conflit latent avec presque tous ses voisins, a fini par dépasser les intérêts personnels du dirigeant. Le déclin économique turc et son besoin croissant de capitaux étrangers ont également précipité ce revirement.
Les visites croisées entre Erdoğan et Al Nahyane ont consolidé ce processus.
En 2022, les EAU ont promis 10 milliards de dollars d’investissements en Turquie, ciblant notamment la défense, l’aviation et les technologies. Les drones turcs suscitent un vif intérêt chez les États du Golfe, désireux de réduire leur dépendance aux fournisseurs traditionnels.
Bien que l’accord ne cite aucun système spécifique, il jette les bases légales pour une coopération élargie. Des entreprises comme Baykar (détenue par le gendre d’Erdoğan), Aselsan ou TAI sont déjà des acteurs majeurs sur les marchés moyen-orientaux.
Le texte ne couvre pas directement les ventes, mais facilite les partenariats industriels futurs, incluant les co-développements et transferts de technologies sensibles.
Il traite également de la propriété intellectuelle et de la protection des données dans les coopérations transfrontalières. L’utilisation des données personnelles devra respecter les législations nationales.
Ce cadre devrait accélérer les programmes conjoints et sécuriser les échanges techniques, notamment dans des domaines critiques comme la défense aérienne ou la cyberguerre.

Cet accord s’inscrit dans une dynamique de rapprochement militaro-industriel. En 2022, deux mémorandums avaient été signés entre les autorités de défense des deux pays. En 2024, les ministres Güler et Al Mazrouei ont scellé un accord-cadre lors du salon SAHA Expo à Istanbul. Le groupe Edge, géant émirati de la défense créé en 2019, manifeste un intérêt marqué pour les partenariats avec des entreprises turques.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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