Les ports turcs ont envoyé 456 navires en Israël durant les neuf premiers mois de 2025 malgré l’embargo commercial
Malgré l’annonce d’Ankara l’année dernière de suspendre ses échanges commerciaux avec Israël en raison de la guerre en cours à Gaza, le trafic maritime entre les deux pays s’est poursuivi presque sans interruption, selon des registres maritimes consultés par des médias turcs.
En mai 2024, la Turquie a interrompu tout commerce direct avec Israël face aux critiques croissantes dans le pays concernant les actions militaires israéliennes à Gaza.
Cependant, le gouvernement turc fait face à des protestations et des accusations pour avoir maintenu, selon ses détracteurs, des échanges commerciaux avec Israël tout en adoptant un discours anti-israélien virulent. Le président Recep Tayyip Erdoğan a à plusieurs reprises accusé Israël de « comportement génocidaire », comparant les actions du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu à celles de l’Allemagne nazie.
Entre janvier et septembre 2025, un total de 456 voyages commerciaux ont été effectués depuis les ports turcs vers Israël, dont 302 à Haïfa et 154 à Ashdod, a rapporté mardi le quotidien BirGün.
Une grande partie du trafic provenait des principaux hubs d’exportation situés le long de la côte méditerranéenne orientale de la Turquie. İskenderun arrive en tête avec 130 voyages, suivi de Mersin avec 103 et du terminal Nemrut d’Aliağa à İzmir avec 80. Quarante-cinq autres navires ont quitté les ports industriels regroupés autour du golfe d’İzmit à Kocaeli, un centre névralgique pour les métaux et les produits chimiques.
La répartition des types de navires reflète la diversité des échanges : 176 porte-conteneurs, 118 cargos polyvalents, 79 navires Ro-Ro, 35 vraquiers et 30 pétroliers. Les porte-conteneurs et les cargos polyvalents représentaient à eux seuls près des deux tiers du trafic total.
De nombreux navires étaient enregistrés sous des « pavillons de complaisance », une pratique mondiale permettant aux armateurs de masquer leur propriété et d’éviter des restrictions. Parmi les voyages enregistrés, 110 naviguaient sous pavillon panaméen, 98 sous pavillon libérien et d’autres sous registres des Îles Marshall et du Cameroun. Au moins huit navires battant pavillon turc ont également fait escale directement dans des ports israéliens.
Des exemples concrets montrent comment des navires appartenant à des Turques restent actifs sur cette route.
Selon le journal Sol, le Şahin 2, propriété de RS Shipping et exploité par Baba Shipping, a quitté le port de Nemrut à İzmir sous pavillon vanuatais le 2 septembre pour atteindre Ashdod un mois plus tard. Un autre navire, le Bozkurt, battant pavillon libérien, a quitté Fethiye le 9 septembre et est arrivé à Ashdod le 27 septembre. Ce bateau, enregistré aux Îles Marshall, est exploité par Kamer Marine, basée à İstanbul. Des arrangements similaires ont été signalés pour des navires comme le Navin Harrier et le Benigane.
Des navires turcs exploités par des entreprises comme Deval — qu’Ankara avait auparavant affirmé mener des échanges « au nom de la Palestine » — ont également été observés à Haïfa et Ashdod, selon BirGün.
Les analystes soulignent que ces voyages ne constituent pas toujours un commerce bilatéral direct, car les navires chargent souvent des marchandises dans plusieurs ports avant de les livrer dans la région. Néanmoins, ces chiffres témoignent de la persistance des liens commerciaux entre la Turquie et Israël malgré les tensions politiques.
Avant le conflit à Gaza, le commerce bilatéral entre la Turquie et Israël s’élevait à près de 7 milliards de dollars par an, faisant d’Israël l’un des principaux partenaires économiques d’Ankara en Méditerranée orientale.
Israël a lancé son offensive militaire à Gaza suite à une attaque du Hamas le 7 octobre 2023, qui a entraîné la mort de 1 206 personnes et la prise d’environ 250 otages.
Selon le ministère de la Santé à Gaza, l’armée israélienne a tué au moins 67 000 Palestiniens, dont 20 000 enfants, et blessé plus de 169 000 personnes depuis le 7 octobre 2023.




