L’ONU estime que 700 000 Syriens retourneront en Syrie depuis la Turquie d’ici fin 2025
Environ 700 000 Syriens devraient retourner en Syrie depuis la Turquie d’ici fin 2025, selon le rapport annuel Global Trends de l’agence des Nations unies pour les réfugiés publié jeudi.
Le rapport, publié par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), attribue ce retour massif attendu au changement politique en Syrie après le renversement de Bachar al-Assad par les forces d’opposition. La chute du gouvernement le 8 décembre 2024 a ravivé l’espoir parmi les Syriens déplacés, beaucoup y voyant une opportunité de retour malgré des conditions de sécurité fragiles.
Selon le HCR, plus de 500 000 Syriens étaient déjà rentrés à la mi-mai, le nombre total devant atteindre 1,5 million d’ici la fin de l’année. Parmi eux, 700 000 devraient revenir de Turquie. Les autres principaux pays de retour comprennent le Liban (400 000), la Jordanie (200 000) et l’Égypte (25 000), avec des nombres plus faibles revenant d’autres pays.
Bien que le rythme des retours se soit accéléré, le HCR souligne que de nombreux rapatriés font face à des obstacles importants. Le logement, les services essentiels et les moyens de subsistance restent limités dans certaines régions de Syrie. L’agence note que 88 % de ceux qui prévoient de revenir dans l’année entendent retourner dans leur lieu d’origine, soulignant les liens émotionnels et culturels qui motivent ces retours.
La Turquie a longtemps été l’épicentre de la crise des réfugiés syriens. Fin 2024, elle accueillait près de 2,9 millions de réfugiés et demandeurs d’asile syriens enregistrés. Bien que les retours soient restés faibles pendant des années, 2025 marque un revirement spectaculaire.
Le gouvernement turc, qui a promu des politiques de rapatriement volontaire et déclaré vouloir réduire la population réfugiée, devrait présenter cette vague de retours comme une validation de son approche. Cependant, les groupes de défense des droits humains ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes quant aux conditions dans lesquelles les Syriens sont encouragés – ou contraints – à revenir, citant des rapports sur des retours forcés, l’absence de consentement éclairé et des environnements de réintégration dangereux.
Le HCR n’indique pas que les retours depuis la Turquie en 2025 sont forcés, mais souligne la nécessité de garanties de protection et d’un soutien international.
Un désir croissant de retour parmi les réfugiés
L’augmentation du nombre de retours correspond aux conclusions du HCR sur les intentions des réfugiés. En janvier 2025, l’agence a mené son dixième « Sondage régional sur les perceptions et intentions de retour des réfugiés syriens », couvrant 3 368 réfugiés syriens en Égypte, Irak, Jordanie et Liban.
L’enquête a révélé que 80 % des répondants espéraient retourner un jour en Syrie, une augmentation significative par rapport à 57 % dans l’édition d’avril 2024. Plus frappant encore, 27 % ont déclaré avoir l’intention de revenir dans les 12 prochains mois – contre seulement 2 % dans le sondage précédent.
Les principales raisons invoquées par ceux qui prévoient de retourner incluent l’amélioration de la situation sécuritaire, le désir de retrouver leur famille et l’envie de participer à la reconstruction de leur pays. Certains ont également évoqué la détérioration des conditions dans les pays d’accueil, comme les difficultés économiques, l’absence de statut légal et la crainte d’arrestation.
La plupart de ceux qui envisagent de revenir (88 %) ont déclaré vouloir retourner dans leur foyer ou ville d’origine. Cependant, beaucoup s’inquiètent de savoir si leur propriété existe toujours ou est habitable. Le manque d’accès au logement, aux services de base et à l’emploi reste un obstacle majeur à une réintégration durable.
Défis de la reconstruction et de la réintégration
Le HCR souligne qu’un retour durable nécessite plus que la cessation des conflits. La restauration des infrastructures, des systèmes de documentation légale, des services publics et des droits de propriété sont essentiels pour permettre aux rapatriés de reconstruire leur vie.
« Il est également urgent d’accroître les investissements en Syrie pour soutenir la reprise, la reconstruction des infrastructures vitales et le renforcement des services publics tels que les écoles et les hôpitaux afin de créer des conditions plus favorables pour les réfugiés et déplacés internes qui choisissent de revenir », note le rapport.
Lors de la Neuvième Conférence de Bruxelles sur la Syrie, tenue en mars 2025, les donateurs ont promis 5,8 milliards d’euros pour soutenir les plans de relance syriens et d’aide aux réfugiés régionaux. Le HCR salue cet engagement mais avertit qu’un financement bien plus important est nécessaire pour répondre aux besoins des rapatriés comme de ceux qui restent déplacés.
De plus, le rapport indique que l’Union européenne et les États-Unis ont récemment annoncé un assouplissement des sanctions contre la Syrie – une mesure probablement destinée à faciliter la reconstruction et l’accès humanitaire.
Tous les réfugiés ne sont pas prêts à revenir
Malgré la recrudescence des retours, une grande proportion de réfugiés syriens ne sont pas convaincus que le moment est venu. Selon le sondage de janvier 2025, 55 % des répondants ont déclaré ne pas avoir l’intention de revenir dans un avenir proche.
Leurs préoccupations incluent l’insécurité persistante, l’instabilité économique, le manque de logements et la nature inconnue des nouvelles autorités dans la Syrie post-Assad. Le rapport avertit que les retours dans un tel contexte d’incertitude risquent d’être prématurés et non durables.
Le HCR observe également que les réfugiés résidant dans des pays plus éloignés de la Syrie – comme en Europe – expriment généralement moins d’intentions de retour. Les inquiétudes concernant le statut légal, la sécurité et l’intégration en Syrie restent des obstacles majeurs.
Les déplacements dans le monde à des niveaux record
La tendance au retour syrien se déroule dans un contexte de déplacement global record. Le rapport du HCR indique qu’à fin 2024, 123,2 millions de personnes étaient déplacées de force dans le monde, dont 31 millions de réfugiés sous mandat du HCR et 73,5 millions de déplacés internes dus aux conflits et violences.
Le nombre total a augmenté de 7 millions par rapport à 2023, bien que des données préliminaires suggèrent une légère baisse début 2025 – en baisse de 1 % à 122,1 millions. Ce modeste recul est largement dû au retour des Syriens, Afghans et Sud-Soudanais ainsi qu’au ralentissement des déplacements dans d’autres régions.
Pourtant, le système mondial des réfugiés reste sous tension extrême. Seuls 188 800 réfugiés ont été réinstallés en 2024, et les quotas de réinstallation devraient chuter drastiquement en 2025. Le HCR estime que 2,9 millions de réfugiés auront besoin d’une réinstallation cette année – dix fois plus que les places disponibles.
Un système humanitaire sous pression
Le rapport conclut par un avertissement : le système humanitaire approche d’un point de rupture. Les pénuries de financement, notamment des pays donateurs traditionnels, affectent la capacité du HCR à maintenir des services essentiels, y compris la nourriture, les abris et la protection.
« Sans financement suffisant, il n’y aura pas assez d’aide alimentaire et de soutien de base en matière d’abris pour les personnes déplacées, leur laissant peu d’options que de recourir à des
déplacements dangereux », met en garde le rapport.
Le HCR appelle à un soutien soutenu et coordonné des partenaires internationaux pour faire en sorte que l’élan des retours en Syrie devienne une base pour une relance à long terme plutôt qu’un nouveau chapitre de déplacement.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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