Le président américain Donald Trump reçoit son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan dans le Bureau Ovale, à Washington, le 25 septembre 2025. (Photo SAUL LOEB / AFP)
Opinion•Turquie•2 min de lecture

[OPINION] Rendez-vous dans le Bureau Ovale : une victoire pour Erdoğan, une défaite pour la Turquie

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Par Bosphorama

Publié le

Abdülhamit Bilici*

La récente visite du président turc Recep Tayyip Erdoğan à la Maison Blanche marque un tournant critique dans la dérive décennale de la Turquie vers une autocratie de style moyen-oriental. Les coulisses, révélées par le chef de l’opposition Özgür Özel, montrent comment cette rencontre a été obtenue. Erdoğan l’a organisée via une réunion secrète avec le fils de Trump, Donald Trump Jr., en utilisant comme levier un méga-contrat avec Boeing. Turkish Airlines a annoncé le vendredi suivant la visite la commande de 225 avions Boeing. Moins de diplomatie qu’un cas d’école de politique transactionnelle, frisant la corruption commerciale.

Un autre signe de cette trajectoire autoritaire vient de l’ambassadeur américain en Turquie Tom Barrack lors du sommet Concordia. Avec une franchise inhabituelle, il a qualifié la Turquie de « démocratie, mais un peu autoritaire », soulignant qu’Erdoğan cherchait avant tout une légitimité que Trump lui accordait habilement. Message clair : le régime puise désormais sa validation non dans son peuple, mais auprès de parrains étrangers.

Plus révélateur encore fut le silence entourant la répression des opposants en Turquie. Aucun journaliste américain ou turc n’a évoqué les médias muselés, l’effondrement de l’indépendance judiciaire ou les opposants emprisonnés. Cette absence de scrutiny a donné à la visite un caractère monarchique plus proche du Golfe que d’un allié de l’OTAN.

Autre parallèle frappant avec les dirigeants moyen-orientaux : le fossé entre discours et actes. Sur 36 minutes à la tribune de l’ONU, Erdoğan en a consacré 26 à Gaza… pour n’en pas souffler mot dans le Bureau Ovale. Sans qu’aucun journaliste ne l’interroge. La rhétorique enflammée pour son public domestique s’est évaporée en pragmatisme silencieux face au pouvoir washingtonien.

Quand Trump a exigé l’arrêt des achats d’hydrocarbures russes, Erdoğan n’a pas résisté. Pire : Trump a moqué son hôte, déclarant qu’Erdoğan « s’y connaît en élections truquées ». Insulte absorbée sans réaction. Plus tôt, lorsque le secrétaire d’État Marco Rubio avait balayé les critiques d’Erdoğan sur Fox TV en raillant les dirigeants « suppliant » de rencontrer Trump, Ankara s’était contentée d’une timide correction traductologique. Le bureau de communication d’Erdoğan a prétendu à une « erreur d’interprétation ».

Depuis dix ans, la Turquie détruit l’État de droit, réduit au silence toute dissidence, asservit la justice et construit un appareil sécuritaire rappelant les moukhabarats arabes. À l’intérieur, le régime prospère par la peur ; à l’extérieur, il achète désormais sa légitimité via des photo-ops et des contrats milliardaires.

Cette visite révèle une réalité troublante : l’alliance atlantique qui jadis accompagnait la démocratisation turque est désormais complice de son basculement autoritaire.

La question est urgente : la Turquie restera-t-elle une démocratie tirant sa légitimé de son peuple, ou scellera-t-elle son destin parmi les régimes autoritaires du Moyen-Orient ?

*Abdülhamit Bilici est l’ancien rédacteur en chef du quotidien Zaman (fermé) et vit en exil à Washington.

Disclaimer : Les opinions exprimées dans cette tribune n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale de Turkish Minute.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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