[OPINION] Turquie et FDS : ennemis aujourd’hui, partenaires demain ?
Ömer Murat*
Un rapport récent de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) relance le débat sur un possible changement des dynamiques régionales, suggérant que les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les États-Unis, pourraient être ouvertes au dialogue avec la Turquie si les négociations avec le gouvernement de Damas échouent.
Le rapport, publié la semaine dernière, affirme que les dirigeants des FDS envisagent un recalibrage politique qui pourrait inclure un engagement avec Ankara. Le groupe, qui inclut les Unités de protection du peuple (YPG) à majorité kurde, est depuis longtemps considéré par la Turquie comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), désigné comme une organisation terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux.
Selon l’OSDH, basé au Royaume-Uni, des responsables turcs tenteraient de perturber les négociations entre les FDS et Damacs tout en proposant une alternative stratégique ancrée dans la vision nationaliste turque du Misak-ı Milli ou Pacte national. Ce concept des années 1920, historiquement associé aux revendications territoriales turques dans les régions voisines, est généralement perçu comme une rhétorique symbolique plutôt qu’une politique actionable.
Le rapport de l’OSDH indique que les dirigeants des FDS envisagent d’établir des canaux de communication avec Ankara pour gagner en influence politique, face aux allégations selon lesquelles la Turquie entraverait les négociations FDS-Damas, « cherchant à attirer les FDS comme un allié potentiel dans des arrangements pouvant s’aligner avec la vision du Pacte national ». Le rapport établit également un lien entre ce possible changement et le processus de paix en cours entre la Turquie et Abdullah Öcalan, le leader emprisonné du PKK.
Depuis 2006, l’OSDH est une source clé d’informations sur le conflit syrien. Il est fréquemment cité par des médias majeurs comme Reuters, la BBC et The Guardian. Compte tenu de son historique documenté de reportages ultérieurement corroborés par d’autres sources, il serait imprudent de rejeter en bloc les rapports de l’OSDH comme infondés.
Le rapport de l’OSDH contredit sans aucun doute la position publique du gouvernement du président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui a longtemps qualifié la composante principale des FDS, les YPG, d’émanation terroriste du PKK. Les responsables turcs ont répété à maintes reprises que la Turquie exigeait le désarmement des FDS et leur intégration dans la nouvelle armée syrienne sous contrôle damascène. Lors de sa visite à Damas en décembre 2024, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a vivement exhorté le dirigeant intérimaire syrien Ahmed al-Sharaa à dissoudre les FDS. Fidan a averti que la Turquie n’accepterait pas le maintien des FDS en tant qu’entité militaire autonome. Dans une interview en mars 2025, Fidan a réitéré cette position, déclarant que la Turquie « surveille de près » les accords FDS-Damas et considère toute autonomie des FDS comme une menace pour l’intégrité territoriale de la Syrie.
Cependant, un article publié le 3 août dans le journal turc pro-Erdoğan Sabah donne un certain crédit aux affirmations de l’OSDH. Sabah est largement considéré comme un média pro-gouvernemental étroitement aligné sur le Parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdoğan. Le journal publie rarement des contenus critiques envers le gouvernement et amplifie souvent son agenda nationaliste.
Intitulé « L’option Misak-ı Milli des YPG », l’article du chroniqueur Bercan Tutar suggère que, craignant de s’aliéner une puissance régionale montante, les FDS pourraient chercher à s’aligner sur la vision turque d’un front kurdo-turc unifié sous le Misak-ı Milli. L’analyse de Tutar suggère que ce changement est une conséquence logique de l’influence croissante de la Turquie et de l’engagement d’Erdoğan à protéger les Kurdes régionaux des manipulations étrangères.
Bien que Sabah s’aligne généralement sur les récits gouvernementaux et pourrait être attendu de rejeter le rapport de l’OSDH comme infondé, l’article de Tutar présente le possible revirement des FDS comme un triomphe de la domination stratégique turque. L’alignement inattendu du rapport de l’OSDH avec le récit de Sabah suggère la validité potentielle de ses affirmations, bien qu’un examen plus approfondi soit nécessaire pour les étayer.
Il est également important de souligner qu’il serait incorrect de présenter le rapport de l’OSDH comme le principal indicateur d’un rapprochement non médiatisé entre le gouvernement Erdoğan et les FDS, ou que le récent processus de paix relancé soit lié à ce développement. Devlet Bahçeli, leader du Parti d’action nationaliste (MHP) et allié indéfectible d’Erdoğan, a fait une déclaration notable suite à l’annonce de la dissolution du PKK. Bahçeli a souligné la nécessité de superviser « le contrôle et la surveillance de toute transition ou transfert possible du PKK dissous vers le PYD/YPG » conformément à l’opinion publique. Par cette déclaration, Bahçeli a sous-entendu que le gouvernement turc ne s’attend pas à ce que les YPG se dissolvent avec le PKK et que la Turquie pourrait être ouverte à un engagement pragmatique avec les FDS.
Les FDS subissent actuellement une pression croissante du gouvernement syrien, qui s’est récemment renforcé sous la direction d’al-Sharaa. Les FDS expriment également des incertitudes quant au niveau de soutien qu’elles recevront des États-Unis sous l’administration Trump. Face à ces défis, les FDS pourraient explorer des options pragmatiques, y compris l’initiation d’un dialogue intensif avec la Turquie. Alors que le conflit syrien continue d’évoluer, la possibilité d’un rapprochement FDS-Turquie reste spéculative mais pas invraisemblable.
* Ömer Murat est un analyste politique et ancien diplomate turc résidant actuellement en Allemagne.
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