Pas de paix possible en Turquie sans la participation des Alévis, déclare la co-présidente du parti pro-kurde
Tülay Hatimoğulları, co-présidente du Parti pour l’égalité et la démocratie du peuple (DEM), parti pro-kurde de Turquie, a déclaré lors du 13e Festival alévi britannique à Londres qu’un futur processus de paix en Turquie doit inclure la participation active des Alévis, une minorité religieuse historiquement persécutée, qualifiant leur implication d’essentielle pour construire une société démocratique, a rapporté lundi le site d’information Nupel.
S’adressant à des milliers de personnes lors de l’un des plus grands rassemblements culturels alévis d’Europe, Hatimoğulları a affirmé que la démocratie et la paix en Turquie sont impossibles sans répondre aux préoccupations alévies. Elle a souligné qu’une « citoyenneté égale » pour tous – incluant Alévis, Kurdes, Sunnites et Turcs – doit constituer le fondement des nouvelles efforts de paix du pays.
L’arrestation récente du religieux alévi Aslan Uzun a encore exacerbé ces tensions.
Uzun a été interpellé à Istanbul alors qu’il déposait une plainte contre le président syrien par intérim Ahmed al-Sharaa pour crimes contre l’humanité envers la communauté alaouite syrienne. Les autorités turques l’ont inculpé pour « incitation à la haine et à l’hostilité », provoquant l’indignation des organisations alévies.
Les Alévis de Turquie et les Alaouites de Syrie sont des groupes religieux distincts bien que tous deux minorités chiites. Les Alévis, majoritairement d’origine turque et kurde, suivent une tradition spirituelle influencée par le soufisme et les croyances populaires anatoliennes. Les Alaouites, principalement arabes, pratiquent une forme de chiisme duodécimain avec des éléments ésotériques et détenaient le pouvoir politique en Syrie sous Bachar al-Assad.
Des défenseurs des droits et des parlementaires du parti pro-kurde DEM ont condamné cette arrestation, y voyant la continuité de la répression des voix minoritaires, alors même que les violences sectaires dans la Syrie post-Assad alertent la communauté internationale.
Le festival londonien, organisé sous le slogan « Nous marchons avec amour », a inclus des rituels traditionnels, des performances et des débats politiques. Il était dédié aux Alévis tués lors de massacres en Syrie, qualifiés de génocide par les intervenants.
Les déclarations de Hatimoğulları interviennent dans un contexte de relance du discours sur la paix, après l’appel récent du leader emprisonné du PKK Abdullah Öcalan pour une « société démocratique », ayant conduit à un cessez-le-feu puis à l’auto-dissolution du PKK.
Elle a critiqué le traitement réservé par le gouvernement turc aux Alévis et autres minorités, l’accusant de vouloir détacher les Alévis de leur foi en réduisant leurs institutions religieuses à de simples espaces culturels sous tutelle du Ministère de la Culture.
D’autres voix marquantes du festival, comme Hüseyin Mat et Nevin Kamil Ağaoğlu, co-présidents de la Confédération des unions alévies européennes (AABK), ont appelé à la paix, dénoncé le mandat d’arrêt turc visant Ağaoğlu et réaffirmé l’engagement des Alévis en faveur d’une résistance non-violente.
Mat a promis que les Alévis joueraient un rôle actif dans le processus de paix mais a mis en garde contre toute confiance accordée aux « islamistes politiques » ou tout contrôle du processus par le président Recep Tayyip Erdoğan et son allié d’extrême-droite Devlet Bahçeli.
Hatimoğulları a aussi dénoncé la répression croissante contre les figures d’opposition en Turquie, incluant la nomination d’administrateurs spéciaux dans les municipalités du DEM et les poursuites visant des élus du CHP.
Elle a averti qu’une résolution durable doit inclure des garanties sur les droits culturels, l’éducation en langue maternelle et des protections contre les violences genrées, liant ainsi les combats alévi et kurde à des revendications démocratiques plus larges.
Le député britannique Bambos Charalambous a exprimé son soutien à la communauté alévie au Royaume-Uni, condamné les violences en Syrie et promis de porter leurs préoccupations au parlement.
Les festivaliers ont protesté contre la répression politique en Turquie, dansé le halay et le semah traditionnels, et scandé des slogans pour la liberté et l’égalité, tandis que des artistes comme Ayfer Düzdaş et Mikail Aslan clôturaient l’événement avec une musique ancrée dans l’héritage culturel alévi.
Hatimoğulları a conclu son discours en invoquant l’esprit rebelle du poète alévi du XVIe siècle Pir Sultan Abdal, appelant ses partisans à poursuivre la résistance par l’unité et le combat.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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