Trump annonce des droits de douane de 25% pour les pays commerçant avec l’Iran, exposant la Turquie
Le président américain Donald Trump a déclaré lundi que Washington imposerait des droits de douane de 25% sur tous les échanges avec les pays faisant affaire avec l’Iran, une mesure radicale qu’il a déclarée « effective immédiatement » et qui pourrait exposer la Turquie, celle-ci entretenant des liens commerciaux et énergétiques avec son voisin oriental tout en exportant des milliards de dollars de marchandises vers les États-Unis.
Trump a fait cette annonce dans un post sur sa plateforme Truth Social alors que les manifestations se poursuivaient en Iran. La Maison Blanche n’a pas publié de documentation formelle ni détaillé comment cette taxe serait appliquée, notamment sur la définition de « faire affaire » avec l’Iran ou d’éventuelles exemptions.
La Turquie, membre de l’OTAN et frontalière de l’Iran, entretient des relations commerciales de longue date avec Téhéran, incluant des importations de gaz naturel, malgré les sanctions américaines contre l’Iran depuis des années.
Les exportations iraniennes vers la Turquie ont fortement augmenté récemment. L’Iran a exporté pour 7,3 milliards de dollars de marchandises vers la Turquie sur l’année jusqu’en octobre 2025, contre 4,7 milliards en 2024, selon les données du Trade Data Monitor. La Chine, premier partenaire commercial de l’Iran, a acheté pour plus de 14 milliards de produits sur la même période, suivie par l’Irak (10,5 milliards). Les Émirats arabes unis et la Turquie figurent aussi parmi les principaux clients de l’Iran.
Le risque pour Ankara provient du volume des échanges turco-américains. Le Bureau du représentant américain au commerce a indiqué que les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Turquie s’élevaient à environ 32,1 milliards de dollars en 2024, dont 16,7 milliards d’importations américaines depuis la Turquie et 15,4 milliards d’exportations vers la Turquie.
Si la taxe de Trump est largement appliquée, elle pourrait alourdir les coûts en ajoutant 25% de droits de douane aux frontières pour les marchandises échangées avec les États-Unis par les pays considérés comme commerçant avec l’Iran.
La Chine, principal partenaire commercial de l’Iran, a critiqué cette mesure et laissé entendre qu’elle pourrait réagir. L’annonce de Trump a aussi attiré l’attention dans les pays commerçant avec l’Iran, dont la Turquie, l’Inde, l’Irak et les Émirats arabes unis.
Les responsables turcs n’ont pas immédiatement réagi publiquement à l’annonce de Trump.
L’énergie est au cœur des relations turco-iraniennes. L’opérateur public turc BOTAŞ importe du gaz iranien dans le cadre d’un accord à long terme que les autorités turques ont décrit comme courant jusqu’en 2026. En 2018, après le rétablissement des sanctions américaines contre l’Iran, la Turquie avait affirmé qu’elle continuerait à acheter du gaz iranien conformément à son contrat.
Plus récemment, la Turquie a ajusté ses approvisionnements gaziers pour diversifier ses sources tout en menant des négociations sur des contrats futurs, y compris avec l’Iran.
La déclaration de Trump n’a pas précisé si la taxe s’appliquerait aux achats de pétrole et de gaz, aux activités bancaires et maritimes, au commerce de marchandises ou à une définition plus restreinte. Les échanges turco-iraniens vont du commerce frontalier aux flux énergétiques.
L’annonce soulève aussi des questions sur son fondement légal et son application. La Maison Blanche n’a pas clarifié la base juridique de cette taxe. La Cour suprême américaine examine actuellement la légalité de certaines mesures douanières existantes de Trump.
L’Iran subit des sanctions américaines depuis des années, Washington cherchant à limiter ses revenus pétroliers et son accès au système financier international. Par le passé, les États-Unis ont utilisé des « sanctions secondaires » pour faire pression sur des pays tiers et des entreprises en les menaçant d’exclusion du marché américain. La taxe annoncée par Trump, si largement appliquée, étendrait cette pression des entités ciblées à l’ensemble des échanges d’un pays avec les États-Unis.
Pour la Turquie, ses échanges avec les États-Unis sont en jeu à un moment où Ankara dépend des revenus d’exportation et des entrées de devises. Toute perturbation de l’accès au marché américain pourrait affecter les secteurs turcs exportant massivement vers les acheteurs américains.
L’annonce de Trump ne précise pas de calendrier pour l’application de la taxe par les douanes américaines, ni si des avertissements seraient donnés ou si des exemptions pourraient être négociées. Elle intervient alors que l’Iran réprime des manifestations anti-gouvernementales, faisant selon les rapports des milliers de morts.
Trump n’a évoqué aucune voie diplomatique dans son post et n’a pas lié cette taxe à des demandes spécifiques au-delà de l’avertissement lui-même.




