Trump établit un lien entre Erdoğan et les « élections truquées », ravivant les interrogations sur la sécurité du scrutin en Turquie
Le président américain Donald Trump a relancé le débat sur l’intégrité des élections en Turquie jeudi en déclarant lors d’une réunion à la Maison Blanche que son homologue, Recep Tayyip Erdoğan, « s’y connaît en élections truquées mieux que quiconque ».
Cette remarque, faite alors que Trump était assis aux côtés d’Erdoğan dans le Bureau ovale, intervient alors que le président américain répète sa fausse affirmation selon laquelle des fraudes lui ont coûté l’élection de 2020. « Nous sommes amis depuis longtemps, en fait, même pendant les quatre années où j’étais en exil, injustement, comme il s’est avéré — élection truquée », a déclaré Trump. « Vous savez qu’il s’y connaît en élections truquées mieux que quiconque », a-t-il ajouté, en montrant Erdoğan.
Le commentaire a rapidement fait réagir en Turquie, où la sécurité des élections est un sujet controversé depuis des années. Erdoğan et son Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir sont depuis longtemps critiqués pour avoir affaibli l’indépendance des institutions électorales et utilisé les ressources de l’État pour influencer les résultats. Les partis d’opposition pointent du doigt les listes électorales irrégulières, l’intimidation des candidats et le manque de transparence dans le décompte des voix comme signes de problèmes systémiques.
Des scrutins passés controversés
Un référendum de 2017 qui a concentré les pouvoirs entre les mains du président a été entaché par des allégations de fraude, notamment l’utilisation de bulletins non timbrés. Un rapport du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), rédigé cette année-là, affirmait que cette mesure, officiellement approuvée par 51,4 % des électeurs, avait en réalité échoué mais avait été annoncée comme une victoire pour le gouvernement. Les recours juridiques ont été rejetés.
Les doutes se sont accentués après l’annulation de l’élection municipale d’İstanbul en 2019, où la victoire du candidat d’opposition Ekrem İmamoğlu avait été annulée suite aux objections de l’AKP concernant des irrégularités présumées. Le second tour, remporté par İmamoğlu avec une marge encore plus large, est devenu un symbole des doutes croissants quant à l’équité des élections en Turquie.
De nouvelles inquiétudes sont réapparues lors des élections présidentielles et législatives de mai 2023 en Turquie. Erdoğan n’a pas réussi à l’emporter dès le premier tour, ce qui a conduit à un second tour, tandis que son parti et ses alliés politiques ont obtenu une majorité parlementaire. Les partis d’opposition ont accusé le YSK de sous-déclarer les résultats, de modifier les totaux des bases de données et de permettre des incohérences entre les données électroniques officielles et les procès-verbaux signés des bureaux de vote.
Le CHP a documenté des irrégularités après avoir comparé les registres officiels avec les procès-verbaux des bureaux de vote. Le Parti de la gauche verte pro-kurde a affirmé que des voix destinées à ses candidats avaient été transférées au Parti d’action nationaliste (MHP), l’allié d’Erdoğan. Les groupes de surveillance ont également évoqué un schéma plus large visant à gonfler les voix en faveur d’Erdoğan et de ses alliés.
Les observateurs internationaux de l’OSCE ont relevé des problèmes systémiques, notamment une couverture médiatique partiale, un manque de transparence dans le traitement des plaintes et des lacunes procédurales dans le vote et le décompte. Les critiques ont déclaré que ces problèmes renforçaient les doutes quant à savoir si les élections en Turquie pouvaient être considérées comme libres et équitables.
Selon les critiques, la remarque de Trump allait au-delà de l’humour. Emrah Gülsunar, historien politique à l’Université de Lund, a écrit sur X que ce commentaire était un rappel voilé : « Nous savons ce que vous faites chez vous pour rester au pouvoir mais nous restons silencieux, et en retour vous êtes censé faire ce que nous voulons. »
Yusuf Can, chercheur au Stimson Center à Washington, a déclaré que Trump avait confirmé crûment ce que les critiques affirment depuis longtemps. « Erdoğan s’y connaît certainement en élections truquées », a-t-il déclaré, citant le référendum controversé de 2017.
Erdoğan, au pouvoir depuis 2003, a supervisé une répression massive de la dissidence et l’emprisonnement de rivaux politiques, dont İmamoğlu, arrêté en mars pour des accusations de corruption largement perçues comme motivées politiquement. Les figures de l’opposition affirment que le commentaire improvisé de Trump ne fait que révéler l’érosion des garanties démocratiques sous le règne d’Erdoğan et les risques croissants pour la stabilité politique de la Turquie.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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