Turquie : 13 interpellations dans une enquête visant la municipalité d’Ankara tenue par l’opposition
Treize personnes, dont des responsables actuels et anciens de la municipalité métropolitaine d’Ankara, ont été interpellées mardi dans le cadre d’une enquête pour corruption sur des dépenses liées à des concerts organisés par cette municipalité dirigée par le Parti républicain du peuple (CHP).
Le procureur général d’Ankara a affirmé dans un communiqué mardi que 32 événements culturels organisés entre 2021 et 2024 avaient causé un préjudice financier à la ville d’environ 154 millions de livres turques (3,7 millions de dollars).
Les suspects ont été placés en garde à vue pour des accusations de mauvaise gestion et de truquage d’appels d’offres, sur la base des conclusions du ministère de l’Intérieur, du Conseil d’enquête sur les crimes financiers et de la Cour des comptes, selon le parquet.
Parmi les interpellés figurent d’anciens et actuels directeurs du département culturel de la municipalité ainsi que des responsables d’entreprises privées organisatrices d’événements. Les procureurs ont indiqué que les opérations policières se poursuivaient.
La municipalité a publié mardi un communiqué critiquant ces perquisitions, arguant que les responsables auraient pu être entendus sans être placés en détention. Elle a dénoncé une présentation médiatique de l’affaire comme une « opération contre l’hôtel de ville d’Ankara » et insisté sur le fait que ses comptes étaient régulièrement vérifiés par la Cour des comptes sans qu’aucune irrégularité n’ait été constatée.
La municipalité a également souligné que les coûts des concerts provenaient principalement de la construction des scènes et des systèmes sonores, et non des cachets des artistes. Elle a invité à comparer ces prix avec ceux d’autres grands événements pour déterminer l’existence d’un éventuel préjudice financier. L’administration actuelle a contrasté ses dépenses avec celle de l’ancienne équipe municipale du Parti de la justice et du développement (AKP), précisant qu’entre 2014 et 2019, 80 événements avaient coûté 33 millions de dollars contre 426 événements pour 30 millions de dollars entre 2019 et octobre 2024.
Le maire d’Ankara Mansur Yavaş, réélu en mars avec plus de 60% des voix et considéré comme un potentiel rival du président Recep Tayyip Erdoğan en 2028, a défendu sa municipalité.
Il a déclaré au journaliste Ünsal Ünlü que des inspections antérieures des auditeurs de l’État n’avaient révélé aucun préjudice financier. « Maintenant, ils essaient de donner une tournure complètement différente à cette affaire en évoquant des accusations de truquage d’appels d’offres », a-t-il affirmé.
Cette enquête s’inscrit dans une série de procédures judiciaires visant les municipalités dirigées par l’opposition depuis les élections locales de l’année dernière, où le CHP avait remporté d’importantes victoires face au parti au pouvoir.
Le CHP dénonce une enquête politisée et accuse la justice de partialité
L’opération de mardi est intervenue quelques heures après que l’ancien maire d’Ankara Melih Gökçek (AKP) ait posté sur X qu’une « fraude de plusieurs milliards de livres » allait éclater dans la capitale.
HAZIR MISIN ANKARA?
HAZIR MISIN TÜRKİYE?
ANKARA’DA MİLYARLIK VURGUN PATLIYOR… pic.twitter.com/sAlhk9SRpY— İbrahim Melih Gökçek (@06melihgokcek) September 22, 2025
Les députés du CHP ont dénoncé un timing révélant des ingérences politiques et des fuites au sein de l’appareil judiciaire.
Gökhan Günaydın, vice-président du groupe parlementaire du CHP, a estimé que les responsables de corruptions passées semblaient avoir eu connaissance à l’avance de ces perquisitions, tandis que les responsables municipaux actuels étaient pris pour cible. Il a affirmé qu’Ankara avait été « vendue pièce par pièce pendant un quart de siècle » sous les précédentes administrations, sans qu’aucune enquête ne soit ouverte avant 2019. « Bas les pattes de la municipalité », a-t-il lancé.
Gökçek a été maire de 1994 à 2017, d’abord avec des partis islamistes puis avec l’AKP. Il a longtemps fait face à des accusations de corruption et de mauvaise gestion de la part de l’opposition, sans que ces allégations ne donnent lieu à des enquêtes.
Mahmut Tanal, député CHP de Şanlıurfa, a accusé cette enquête de violer le principe de confidentialité des investigations. Il a relevé que des détails avaient fuité sur les réseaux sociaux plusieurs heures avant tout communiqué officiel, y voyant la preuve que des informations judiciaires étaient divulguées, transformées en propagande politique et utilisées pour saper l’indépendance de la justice.
« C’est un coup porté à l’impartialité », a-t-il déclaré, ajoutant que dans un véritable État de droit, les décisions judiciaires devraient émaner des tribunaux et non des politiciens.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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