Turquie : le délégué jeunesse du Conseil de l’Europe arrêté pour un discours sur les maires emprisonnés et les violences policières
Enes Hocaoğulları, militant LGBTQ+ et délégué jeunesse turc au Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, a été arrêté pour un discours prononcé en mars à Strasbourg critiquant les violences policières contre les jeunes et l’emprisonnement de maires d’opposition en Turquie, selon des médias turcs.
Hocaoğulları a été interpellé mardi à l’aéroport d’Esenboğa à Ankara à son arrivée. Interrogé par un procureur, il a ensuite été présenté devant un tribunal où un juge a ordonné son placement en détention. Il est accusé de « diffusion d’informations trompeuses » et « d’incitation à la haine », ces charges étant liées à son intervention devant le congrès strasbourgeois.
Selon ÜniKuir, association de défense des droits LGBTQ+, des enquêtes distinctes avaient été ouvertes contre Hocaoğulları par les procureurs d’Istanbul et Ankara pour ce même discours, avant d’être fusionnées à Ankara.
Dans son allocution du 27 mars intitulée « Les jeunes Turcs disent ‘Assez’ », Hocaoğulları avait dénoncé les brutalités policières, la réduction de l’espace démocratique et l’arrestation de maires d’opposition comme Ekrem İmamoğlu, maire d’Istanbul interpellé puis emprisonné début mars.
İmamoğlu, figure majeure du CHP (Parti républicain du peuple) et principal rival politique du président Recep Tayyip Erdoğan, voit son emprisonnement dans une affaire de corruption – qualifiée de politique par ses soutiens – susciter des protestations nationales menées par des étudiants et jeunes activistes.
Après cette arrestation, les jeunes ont organisé des rassemblements, inondé les réseaux sociaux et manifesté à Istanbul et ailleurs. Plusieurs centaines ont été interpellés, certains placés en détention provisoire pour « insulte au président » ou « violation de la loi sur les manifestations ». Des témoignages font état de mauvais traitements et de fouilles intégrales humiliantes pour près de 2000 détenus.
Suite à son discours, Hocaoğulları – qui participait aux manifestations – et son groupe ont été pris pour cible par les médias et comptes sociaux pro-gouvernementaux.
Son arrestation a provoqué une levée de boucliers parmi l’opposition, les ONG et la communauté internationale.
Murat Emir, vice-président du groupe CHP, estime que Hocaoğulları a simplement exercé son mandat en dénonçant les violences policières et le recul démocratique. Il qualifie son arrestation de politique, soulignant l’absence de risque de fuite ou d’enquête nécessitant une détention provisoire.
« Il s’est présenté volontairement. Les preuves sont déjà rassemblées. Son emprisonnement est une punition anticipée », a-t-il déclaré.
« Ils tentent de gérer leur peur en réprimant la liberté d’expression, le droit d’association et la participation démocratique », a-t-il ajouté.
Sevda Karaca, députée du Parti du travail (EMEP), a vivement critiqué cette arrestation, y voyant une réponse à son discours contredisant la version officielle des événements.
« Que dit Enes dans ce discours ? Alors que la délégation officielle racontait le conte du ‘vent démocratique en Turquie’, Enes a porté la colère des jeunes descendus dans la rue », a-t-elle affirmé.
« Les jeunes n’ont pas peur de vous ! Libérez Enes et toute la jeunesse emprisonnée ! », a lancé Karaca.
Dans une déclaration commune, 14 organisations LGBTQ+ ont dénoncé une atteinte à la liberté d’expression et aux défenseurs des droits.
« Enes Hocaoğulları… a été arrêté pour son discours du 27 mars 2025. Nous exigeons sa libération immédiate », indique le texte.
Les signataires défendent son intervention comme un reflet fidèle des difficultés des jeunes Turcs.
Marc Cools, président du Congrès des pouvoirs locaux du Conseil de l’Europe, a condamné fermement cette arrestation mercredi, y voyant une violation de la liberté d’expression.
Il qualifie les accusations de « représailles politiques » pour une participation légitime aux travaux du Conseil, parlant d’un acte « scandaleux ».
« Cette nouvelle attaque contre un délégué jeunesse pour avoir légitimement exercé son droit d’expression dans un débat public pluraliste est scandaleuse et inacceptable », a-t-il déclaré.
Cools exige l’abandon des charges et la libération immédiate de Hocaoğulları.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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