Un ressortissant turc inculpé pour une tentative d’attentat inspirée par l’État islamique près de la résidence du maire de New York
Abdullah Bozkurt/Stockholm
Un ressortissant turc a été inculpé aux États-Unis pour des actes de terrorisme liés à l’État islamique en Irak et en Syrie (État Islamique) après avoir tenté, selon les autorités, de commettre un attentat à la bombe près de la résidence officielle du maire de New York, d’après des documents judiciaires fédéraux.
Le suspect, Emir Balat, a été arrêté le 7 mars 2026 après avoir, selon les accusations, lancé un engin explosif improvisé dans une foule lors d’une manifestation près de Gracie Mansion à Manhattan avant de tenter d’utiliser un second dispositif quelques instants plus tard. Les procureurs affirment que l’attaque, inspirée par l’idéologie de l’État islamique, aurait pu faire de nombreuses victimes si elle avait réussi.
Ce cas s’ajoute à d’autres enquêtes américaines sur le terrorisme impliquant des suspects ayant des liens avec la Turquie et l’État islamique, confirmant le rôle persistant du pays comme plaque tournante logistique pour les réseaux jihadistes opérant entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Amérique du Nord.
Balat a été inculpé dans une plainte pénale déposée auprès du tribunal fédéral du district sud de New York avec Ibrahim Kayumi. Les charges incluent tentative de soutien matériel à une organisation terroriste étrangère désignée, utilisation d’une arme de destruction massive, transport d’explosifs et possession illégale de dispositifs destructeurs.
Un affidavit soumis par Jennifer Gioia, agent spécial du FBI, au tribunal fédéral du district sud de New York détaille l’attentat terroriste inspiré par l’État islamique commis par Emir Balat :
Selon l’affidavit du FBI soutenant la plainte, l’incident s’est produit lors de deux manifestations simultanées devant Gracie Mansion, la résidence officielle du maire de New York, où une protestation s’opposait aux prières musulmanes publiques tandis qu’une contre-manifestation dénonçait les groupes d’extrême droite.
Vers 12h15, Balat aurait allumé et lancé un engin vers la foule de manifestants. Immédiatement après, il aurait couru pour recevoir un second engin de Kayumi. Après avoir allumé ce deuxième dispositif, Balat l’aurait lâché près d’un groupe d’officiers de police avant de tenter de fuir, puis maîtrisé et arrêté.
Les experts du FBI ont déterminé que les engins étaient des explosifs artisanaux de la taille de pots de conserve, équipés de mèches et de boulons collés à l’extérieur pour augmenter leur létalité.
Une analyse préliminaire a révélé qu’un dispositif contenait du triperoxyde de triacétone (TATP), un explosif très instable souvent utilisé dans les attentats et surnommé « Mère de Satan » par les enquêteurs. Les autorités affirment que les engins auraient pu causer de lourdes pertes en cas d’explosion.

Après son arrestation, Balat aurait fait plusieurs déclarations référençant l’État islamique.
Transporté dans un véhicule de police, il aurait déclaré que les croyants devaient passer à l’action plutôt que de rester silencieux : « Nous agissons ! Si je ne le fais pas, quelqu’un d’autre le fera. »
Au poste de police, après avoir renoncé à ses droits Miranda, Balat aurait demandé un stylo et du papier pour écrire un message d’allégeance à l’État islamique.
« Toute louange à Allah, seigneur des mondes ! Je fais allégeance à l’État islamique », a-t-il écrit, ajoutant un appel à la mort des « mécréants », terme utilisé par les jihadistes pour désigner les non-croyants.
Les enquêteurs affirment que Balat souhaitait commettre un attentat plus meurtrier que celui du marathon de Boston en 2013. Interrogé sur son inspiration, il aurait répondu : « Non, encore plus grand. Il n’y a eu que trois morts. »
Lors de son arrestation, Balat portait une carte d’identité turque à son nom ainsi qu’un permis de conduire de Pennsylvanie.

La police a localisé un véhicule lié à sa famille stationné à quelques pâtés de maisons. À l’intérieur, les enquêteurs ont trouvé du matériel compatible avec la fabrication d’explosifs, dont de la mèche, un récipient métallique similaire à celui utilisé et un carnet contenant des instructions manuscrites sur le « TATP » et des ingrédients chimiques.
Ce cas fait suite à une autre enquête américaine impliquant un suspect ayant des liens turcs, confirmant le rôle de la Turquie comme point de transit pour les opérations de l’État islamique.
En novembre 2025, les autorités américaines ont inculpé Tomas-Kaan Jimenez-Guzel, un citoyen américano-turco-espagnol, pour complot en vue de rejoindre l’État islamique après un voyage en Turquie dans le cadre d’un réseau international de recrutement.
Selon la plainte du FBI, les conspirateurs prévoyaient de se rendre à Diyarbakır, décrite comme un hub logistique pour obtenir armes, véhicules et contacts permettant le passage vers la Syrie.

Dans des discussions cryptées, Jimenez-Guzel aurait décrit la Turquie comme la voie « la plus facile » vers les territoires de l’État islamique en raison de ses frontières. Le groupe prévoyait de faire transiter les recrues par le sud-est du pays avant de passer en Syrie.
Les agences de renseignement occidentales identifient depuis longtemps les provinces frontalières turques comme points de transit pour les combattants étrangers et le matériel de l’État islamique.
La plainte du FBI dans cette affaire confirme que les réseaux extrémistes considèrent toujours la Turquie comme un corridor d’accès malgré les déclarations officielles sur le contrôle renforcé des frontières.
L’arrestation de Balat à New York s’ajoute à cette série de cas impliquant des individus liés à la Turquie dans des enquêtes sur l’État islamique aux États-Unis.
S’ils sont reconnus coupables, Balat et son complice présumé risquent de lourdes peines de prison.




