Une employée du parlement turc tuée par son ex-mari malgré une ordonnance de protection étatique
Une employée du parlement turc a été poignardée à mort par son ex-mari à Ankara, bien qu’elle ait obtenu une ordonnance de protection judiciaire, dans un cas qui a ravivé la colère publique face à l’incapacité de l’État à prévenir les féminicides, rapporte le site d’information T24.
Saliha Akkaş, 40 ans, employée à la Direction des services de soutien du parlement, a été attaquée au couteau par son mari, Salih Akkaş, en plein divorce. Elle a succombé à ses blessures tôt mercredi dans un hôpital d’Ankara. L’agresseur se serait suicidé après l’attaque.
Les archives judiciaires montrent qu’Akkaş, mère de deux enfants, avait demandé le divorce en mai 2024, invoquant des violences physiques, psychologiques et économiques répétées. Elle avait également obtenu une ordonnance de protection dans le cadre de la loi turque n°6284, censée protéger les femmes contre les violences conjugales.
Sa demande incluait des preuves que son mari l’avait menacée et lui avait envoyé des photos d’armes à feu. Dans un message, il aurait écrit : « Je te poursuivrai jusqu’à ma mort. Sors de là si tu peux. »
Le meurtre d’Akkaş malgré cette protection légale relance les interrogations sur l’efficacité des mécanismes de protection turcs pour les femmes en danger.
Manifestation du personnel et des députés
Après son décès, des employés du parlement et des députés ont organisé un sit-in silencieux sur les marches du bâtiment des relations publiques pour dénoncer les violences sexistes. Des députés du Parti républicain du peuple (CHP), dont le président adjoint du groupe Murat Emir, ont rejoint la protestation.
« Elle a rejoint la liste des femmes que l’État n’a pas su protéger », a déclaré Burhanettin Bulut, vice-président du CHP, sur les réseaux sociaux. Le député Ali Mahir Başarır a qualifié ce meurtre de « violence masculine », non d’un incident isolé. Asu Kaya, présidente de la branche femmes du CHP, a déclaré : « Allez-vous ignorer le meurtre d’une femme travaillant sous le toit du parlement ?… Le nom de Saliha vivra dans notre combat. »
Un schéma récurrent de féminicides
Les féminicides et violences sexistes persistent en Turquie. Selon le site d’information indépendant Bianet, au moins 32 femmes et cinq enfants ont été tués par des hommes en juillet 2025. Le même rapport documente 85 femmes violentées, 20 harcelées, huit enfants abusés sexuellement et 73 femmes contraintes à la prostitution. La mort de 49 femmes et 24 enfants est classée comme « suspecte ».
Selon la Plateforme Nous mettrons fin aux féminicides (KCDP), au moins 394 femmes ont été tuées par des hommes en 2024. L’ONG a rapporté qu’au moins 136 femmes ont été assassinées durant le premier semestre 2025.
Les critiques dénoncent des failles systémiques et une culture d’impunité. Les tribunaux turcs sont régulièrement pointés du doigt pour leurs peines clémentes, invoquant souvent la « passion » ou le silence des victimes comme circonstances atténuantes.
Le retrait controversé d’un traité
La Turquie avait suscité un tollé international en 2021 lorsque le président Recep Tayyip Erdoğan s’était retiré de la Convention d’Istanbul, un traité pionnier du Conseil de l’Europe contre les violences faites aux femmes. Premier pays à l’avoir ratifiée, la Turquie fut aussi le premier à la quitter par décret présidentiel.
Le gouvernement avait justifié cette décision en invoquant une incompatibilité avec les « valeurs familiales traditionnelles ». Les organisations de défense des droits des femmes, l’Union européenne et des observateurs internationaux avaient dénoncé un recul des protections.
Un rapport 2022 de Human Rights Watch critiquait l’approche paternaliste d’Ankara. « En présentant les femmes comme ayant besoin de protection plutôt que comme détentrices de droits, le gouvernement sape tout changement significatif », analysait Emma Sinclair-Webb, directrice Turquie de l’ONG.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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