16 interpellations à Istanbul lors d’une manifestation contre un salon de l’armement approvisionnant Israël
Au moins 16 manifestants ont été interpellés à Istanbul mardi pour « insulte au président » turc Recep Tayyip Erdoğan suite à une protestation contre le 17e Salon international de l’industrie de défense (IDEF 2025), qui accueille des entreprises d’armement connues pour approvisionner Israël, selon le site d’information Bianet.
Organisé par le ministère turc de la Défense, ce salon a ouvert ses portes mardi au centre d’expositions d’Istanbul et se poursuivra jusqu’au 27 juillet. Il a provoqué l’indignation des militants pro-palestiniens, notamment du Comité d’action pour la Palestine, à l’origine d’une manifestation tenue sous haute surveillance policière près de la station de métro Yenibosna.
Initialement prévue devant l’aéroport Atatürk, la manifestation a dû être déplacée après que la préfecture d’Istanbul a suspendu les liaisons métro entre le centre commercial DTM et l’aéroport, tout en annulant les dessertes de bus. Les organisateurs ont alors choisi la sortie du métro de Yenibosna.
Les activistes ont accusé les autorités stambouliotes d’entraver l’accès au rassemblement. Malgré un important déploiement policier, la protestation s’est déroulée pacifiquement sur le nouveau site.
Parmi les slogans scandés : « À bas les complices du génocide », « Stop à l’armement d’Israël génocidaire » ou « Pas d’accès aux entreprises alimentant le massacre ». Les manifestants ont aussi crié « Palestine libre du fleuve à la mer », « Le peuple palestinien n’est pas seul » et « Capital génocidaire hors d’Istanbul ». Certains ont visé directement le président Erdoğan et son parti AKP : « Israël assassin, AKP complice », « Israël assassin, Erdoğan complice ».
La police a donné des avertissements pendant la manifestation avant d’interpeller des participants après la dispersion. Selon le Comité d’action pour la Palestine cité par Bianet, les arrestations ont commencé immédiatement après, « dans la rue, dans les bus et lors de raids nocturnes ». Au moins 16 personnes étaient toujours détenues mercredi.
Les interpellés, accusés d’ »insulte au président » pour le slogan visant Erdoğan, ont été conduits au siège de la police stambouliote.
Lors de la protestation, Öyküm Bozkurt du Comité a dénoncé le salon IDEF comme une vitrine pour les entreprises profitant selon elle du « génocide » à Gaza : « Des dizaines d’exposants fournissent l’armée israélienne et commercialisent des armes testées sur les Palestiniens ».

Bozkurt a fustigé la protection accordée par Ankara à des géants de l’armement comme Lockheed Martin ou BAE Systems : « Alors qu’il prétend soutenir la Palestine, le gouvernement permet à ces entreprises d’exposer leurs chasseurs, missiles et blindés, tandis que les Gazaouis meurent de faim ».
Selon le Programme alimentaire mondial, la crise humanitaire à Gaza atteint des « niveaux de désespoir inédits » : 100 000 femmes et enfants souffrent de malnutrition aiguë, et un tiers de la population passe des jours sans manger.
« La Turquie doit rompre toute complicité en expulsant ces entreprises et en imposant un embargo militaire total sur Israël », a exigé Bozkurt.
En mai 2024, Ankara avait suspendu ses échanges commerciaux directs avec Israël face aux critiques sur son offensive à Gaza. Mais le gouvernement turc, dont le président Erdoğan compare régulièrement les actions israéliennes aux « crimes nazis », est accusé de maintenir des relations commerciales indirectes tout en durcissant sa rhétorique.
Les militants pro-palestiniens font l’objet d’une étroite surveillance en Turquie, où beaucoup sont interpellés pour avoir dénoncé ces liens économiques persistants.
Les manifestants devraient être présentés à la justice stambouliote dans les prochaines heures.
L’offensive israélienne sur Gaza, déclenchée après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 (1 206 morts israéliens, 250 otages), a fait selon le ministère de la Santé local au moins 59 000 morts palestiniens et 142 000 blessés.
Un rapport d’Amnesty International du 5 décembre qualifie ces actions de « génocide ».
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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